Richard Vallée — Essais

 

La représentation directe

L'un des fondements les plus importants de ma pensée économique, la représentation directe est un nouveau mode de fonctionnement de la société démocratique utilisant les technologies de l'information pour allier les meilleurs avantages de la démocratie et représentative et diminuant leurs effets néfastes. à la base se trouve le pouvoir direct des citoyens sur les votes de l'assemblée nationale avec délégation vers des représentants choisis directement par chaque citoyen. La meilleure analogie de ce système serait la démocratie de marché.

La démocratie se présente sous deux saveurs principales: directe et représentative. Chacune présente des avantages qui sont mutuellement exclusifs l'un envers l'autre. La nécessité de choisir le système représentatif vient de l'absence de communications efficaces sur l'ensemble d'une société. Avec les télécommunications modernes, celles-ci peuvent toutefois être dynamiques pour l'ensemble d'une population, ouvrant le dialogue public et l'information pertinente au pouvoir politique démocratique.

Une concession allégeant les perversions de la démocratie représentative permet de conserver les avantages comparatifs sans ajouter de désavantage. La seule condition est une participation accrue de la population, qui dépend directement de sa pertinence. Les citoyens ne participent généralement pas à la politique parce que leur intervention est insignifiante, n'ayant aucune incidence propre sur le déroulement en raison de la communication limitée et des médias inefficaces.

La représentation directe implique que chaque citoyen a un pouvoir direct à tous les votes de l'assemblée. Chaque citoyen peut toutefois désigner directement un représentant qui assumera responsabilité au nom du citoyen aux votes législatifs. Le citoyen conserve toutefois un droit de veto en tout temps et peut désigner un autre représentant lorsque insatisfait du travail du représentant. Les députés siégeant à l'assemblée seraient ceux qui auraient le support du plus grand nombre de citoyens. La désignation d'un représentant impliquerait une compensation financière, accordant aux représentant un budget directement proportionnel à leur support, de même pour leur importance lors des votes.

Il serait sage d'introduire pour ceci le vote par taux d'approbation, permettant de saisir les nuances du vote de plusieurs millions d'électeurs. Il est toutefois impératif pour cela que la totalité des activités et informations que possède le gouvernement soient ouvertes, sans quoi les citoyens ne pourront prendre des décisions rationnelles. Ce système est plus exigeant des citoyens mais il leur accorde un rôle véritable dans le déroulement des politiques.

La démocratie représentative a toujours présenté des faiblesses inhérentes dans l'absence de responsabilité des politiciens devant la population, faute de moyens techniques, ainsi que le lien faible, voire inexistant, entre les députés élus et les citoyens. Les élections sont un mince pouvoir de responsabilité accordé aux citoyens, dont l'intervention est limitée au strict minimum. Les politiciens ne sont tenus responsables de leurs décisions que lorsqu'ils font face à leur légitimité politique. Cette responsabilité est toutefois faiblement exercée en l'absence d'information des électeurs, qui doivent se fier à l'image publique pour faire leurs choix. Cette compétition est bien amusante mais peu utile dans l'exercice du pouvoir politique. Le secret accorde une déresponsabilisation aux politiciens inefficaces et masque leur incompétence lorsqu'il y a lieu. Plutôt que de procéder par de coûteuses élections, il serait plus efficace d'accorder le pouvoir aux citoyens de voter sur les motions législatives tout en profitant de l'abstraction d'un représentant politique. Il s'agit d'un système à élection permanente qui accorde un rôle important à la responsabilité politique individuelle des citoyens. Chaque citoyen peut toutefois accorder confiance à son représentant dans les votes moins critiques et faire un choix autonome et informé lorsque les enjeux sont importants.

Les modalités de la représentation directe seraient les suivantes :

De façon générale, l'information serait centralisée, bien que provenant de sources nombreuses, alors que le pouvoir politique serait divisé, reposant concrètement dans les mains de la population. Les citoyens seraient pour la première fois une force importante de la politique publique. Ils exerceraient davantage de pouvoir mais devraient en retour assumer davantage de responsabilités. Si leur participation est significative et efficace, les citoyens seront prêts à assumer les responsabilités politiques exigées par le pouvoir démocratique direct. Le rôle des citoyens est traditionnellement nul ou superficiel, il n'y a rien de surprenant à l'apathie politique dans ce contexte.

L'élection des leaders politique est un pouvoir immense mais également une responsabilité fondamentale. Elle n'est toutefois qu'une partie du pouvoir démocratique. L'élection n'assure pas la responsabilité du gouvernement devant la population, d'autres pouvoirs sont exigés pour assurer ceci. Ces pouvoirs sont également des responsabilités pour chaque citoyen et qui doivent être exercées rationnellement pour le bon fonctionnement d'une démocratie :

Cette participation directe des citoyens aux processus politiques accorderait ainsi davantage de pouvoirs aux politiciens, en échange de davantage de responsabilités. Pouvant tout savoir sur le travail de leurs représentants, les citoyens les surveilleraient plus étroitement et leur exigeraient régulièrement des comptes qui ne peuvent être demandés dans les systèmes à élection périodique. Les représentants seraient formellement responsables devant les citoyens qui les représentent. La légitimité des représentants serait beaucoup plus forte et beaucoup d'entraves pourraient ainsi être enlevées de l'exécutif. Ces entraves concernent généralement les abus possibles de la part des leaders politiques sous le couvert de la bureaucratie. Si les activités du gouvernement sont entièrement ouvertes, si l'information est complète, ces abus sont facilement détectés et la responsabilité des coupables beaucoup plus exigeante de la part des citoyens. Le gouvernement a traditionnellement été un gendarme exagérément tolérant envers ses propres activités. La légitimité d'un gouvernement démocratique reposant sur la population, il est pourtant naturel que la responsabilité des politiciens soit assumée par les citoyens qui les appuient directement et distinctement.

L'efficacité du débat politique pourrait également être grandement améliorée par l'information. L'argumentation politique exige un grand volume d'information afin d'être clairement communiquée. L'utilisation de divers supports visuels, auditifs et d'information générale complémentant le langage aiderait grandement à véhiculer sans ambiguïté la réalité et les subtilités d'un enjeu politique. Le langage seul ne peut décrire les besoins d'une société en matière d'éducation ou de santé, surtout s'il est limité au niveau de la rhétorique. La primitivité du discours rhétorique, si fréquemment observé dans les assemblées législatives, est fortement due à cette absence de compléments d'information au langage. La rhétorique sert traditionnellement de complément de façon à masquer les faiblesses, voire la futilité, de l'argumentation. Elle est toutefois un vestige inefficace du passé lorsque confronté avec l'efficacité de la bonne communication politique. Comme la communication unidirectionnelle sera bientôt de l'histoire ancienne, la politique unidirectionnelle le sera également, incapable de faire mieux que de futiles tentatives d'expliquer l'inconnu.

Informer parfaitement les citoyens implique une source d'information efficace et adaptée aux besoins humains. Les développements technologiques permettent une telle communication de l'information. Il ne suffit que de la polarisation d'efforts soutenus à l'ingéniérie politique pour développer le support nécessaire aux communications d'une société. La compréhension du discours exprimé en opinion, l'évaluation de l'argumentation et l'expression de votes peuvent entièrement être traités digitalement et agrégés dans une forme compréhensible à l'humain. Les détails techniques de ce sytème sont présentés dans le texte Le superordinateur qui, bien qu'ayant un nom très marketing, n'est qu'une extension cohérente de technologies déjà en fonctionnement.

Notes

  1. Calcul des votes à l'assemblée législative : advenant que 1,200,000 citoyens votent sur une motion, un citoyen ayant voté 75 représenterait 75 * 1/1,200,000. Un représentant ayant le support de 17000 citoyens et ayant voté 85 représenterait 85 * (17000 - # citoyens ayant exercé leur veto)/1,200,000. Le total formerait un taux d'approbation sur 100, permettant à la fois de trancher par un seuil, établi constitutionnellement, et de fournir une démonstration claire et sans ambiguïté de l'opinion des citoyens.