La
société des outils
par Richard
Vallée
« Vous ne pouvez changer la réalité actuelle en la
combattant. Au lieu de cela, créez un nouveau modèle qui rend l’ancien
désuet. »
- R. Buckminster Fuller
Table des matières
La société des outils...............................................................................................
Ouverture des activités du gouvernement.............................................
Recherche des meilleurs représentants et idées.....................................
Créations d’outils technologiques pour assister la
démocratie...........
Établir un code de conduite sévère pour les politiciens........................
Une justice universelle................................................................................
Autres idées.............................................................................................................
Créer des grands objectifs publics............................................................
Les médias d’information au 21e siècle...................................................
La science optimisée...................................................................................
Améliorer la recherche d’emploi..............................................................
Comprendre la société...............................................................................
Moderniser la bureaucratie.......................................................................
Malade, la
santé?.........................................................................................
Et si le revenu était basé sur le
mérite?....................................................
Démocratiser
l’économie...........................................................................
Systématiser les règles du
travail.............................................................
Le crime
paie...............................................................................................
Repenser le
transport.................................................................................
L’humanité est un choix
conscient.......................................................................
La synergie sociale.................................................................................................
La théorie générale de
science politique.............................................................
La science à la base de
l’économie.......................................................................
L’éducation à la base de
la démocratie...............................................................
Le superordinateur................................................................................................
L’équilibre des pouvoirs.......................................................................................
Les moyens justifient la
fin...................................................................................
Notes........................................................................................................................
La société des outils
Cet ouvrage présente des idées pour la démocratie au 21e
siècle, fruit d’une réflexion de plus de deux années sur la société, le politique
et l’économique. Le fondement premier de la société des outils est que le
gouvernement serait plus efficace et utile à la société en étant une source d’outils
permettant à la population de se diriger elle-même plutôt qu’en essayant de la
diriger au travers de notions idéologiques de pouvoir. Le politique a
historiquement été une source de conflits, guerres et domination. Le
gouvernement de la société des outils cherche à évoluer au-delà de ce cadre et
de créer des nouveaux fondements d’une démocratie.
Cette réflexion n’est que le commencement. Elle sera
revisitée au courant des prochaines années et un deuxième ouvrage sera alors
publié, beaucoup plus élaboré. J’espère, avec cet ouvrage, que cette réflexion
ne sera pas le fruit d’un seul individu mais d’un travail partagé, culminant
par la création d’un parti politique autour de ces bases. Ces idées ne sont pas
simplement lancées en l’air, elles seront suivies par l’acte. L’objectif
initial est toutefois d’introduire de
nouveaux concepts de pensée politique, également une nouvelle notion de
pouvoir.
La société des outils repose sur cinq idées
fondamentales desquelles découlent toutes les autres idées:
Ø Ouverture complète des
activités du gouvernement
Ø Rechercher les meilleurs
représentants, initiatives et idées au sein de la population
Ø Utiliser la science et les
technologies de l’information pour développer des outils servant la démocratie
Ø Établir un code de
conduite pour les politiciens exigeant une intégrité et une justice supérieure
dans l’exercice de leurs fonctions
Ø Travailler pour une
justice universelle
Ouverture
des activités du gouvernement
Depuis les premières civilisations humaines, le pouvoir
politique a toujours été pratiqué sous le privilège du secret. Qu’ils aient été
choisis par la population, en aient hérité ou aient saisi le pouvoir par la
force, les politiciens ont toujours eu le privilège de ne rendre que des
comptes limités à leurs populations. Les citoyens ont toujours dû se fier
aveuglément sur les résultats sans pouvoir connaître les moyens par lesquels
ils ont été atteints. Il n’existe toutefois aucun argument pertinent justifiant
ce privilège alors qu’il est à la source de la guerre, l’oppression, le
génocide et toutes les décisions politiques allant à l’encontre du bien-être général
et de la justice; celles-ci ne pouvant être menées que sous le couvert du
secret. La démocratie représentative abstrait le pouvoir de décision au sein de
ses représentants, mais elle ne retire aucun avantage à abstraire le pouvoir de
l’information.
Dans la société des outils, la totalité des activités,
décisions et connaissances menées par le gouvernement sont entièrement
publiques, ne peuvent être obstruées d’aucune manière et sont présentées et
accessibles aux citoyens aussi facilement qu’à n’importe quel fonctionnaire,
député ou ministre. La création, l’archivage, la gestion, la synthèse, la
présentation et l’accès à la totalité de l’information propre aux affaires
publiques sont de la responsabilité d’un organe indépendant, ouvert et
transparent du gouvernement (voir le chapitre « L’équilibre des
pouvoirs »). Toute l’information à laquelle le gouvernement aurait accès
serait exactement la même que celle à laquelle tout autre citoyen,
fonctionnaire public ou non, aurait accès. Le fondement de cette idée tire en
partie du projet de « Conscience Totale de l’Information » mis en
avant par le Pentagone américain, avec pour seules différences que la totalité
des technologies, institutions et dynamiques concernées sont ouvertes et que
l’objet visé n’est pas la population mais plutôt le gouvernement, ses
fonctions, ses institutions et ses dirigeants. Big Brother à l’envers, visant le gouvernement lui-même et tout ce
qu’il dit, entend et fait. La seule sorte d’information justifiant une
limitation à l’exposition publique concerne les renseignements personnels des
citoyens, les dossiers de nature judiciaire et certaines connaissances
militaires stratégiques. La nature confidentielle d’une information spécifique
exigerait de prouver la nécessité de la rendre confidentielle, non l’inverse.
Une information ne pourrait être secrète que si une raison valable et
importante serait spécifiée et validée par un comité indépendant,
préférablement mobile pour limiter l’influence injustifiée, et d’intégrité
irréprochable.
Ceci impliquerait l’informatisation de la totalité de
l’information administrée par le gouvernement afin de garantir l’accès sans
obstacles physiques. Le gouvernement aurait par le fait même l’avantage de se
débarrasser entièrement, ou presque, de toute forme de paperasse et de
développer, avec des moyens importants, des technologies permettant l’accès de
masse à de grands volumes d’information. Les deux dernières décennies ont vu la
création à l’échelle mondiale d’un gigantesque volume d’information électronique,
en voie de digitaliser la totalité de la connaissance humaine. La prochaine
étape concerne la synthèse de celle-ci et la capacité de trouver exactement
l’information désirée par des moyens intuitifs1. J’explique en
détail le support technologique dans le chapitre « Le
superordinateur », l’idée à retenir ici est que le gouvernement ne doit
pas seulement ouvrir la totalité de ses activités, décisions et connaissances,
il doit également les présenter de façon intuitive et utile à ceux qui désirent
l’utiliser.
Le pouvoir politique est traditionnellement privilégié
par le secret pour des raisons de sécurité, la notion de « sécurité
nationale ». Cette notion n’est toutefois basée sur aucun raisonnement
logique, aucune justification rationnelle et encore moins une observation
empirique. Le concept de « sécurité nationale » est accepté comme
tel, sans questionnement et encore moins de remise en question. Sans
justifications tangibles ou avantages pertinents et étant une cause universelle
de tous les abus de pouvoir politique, les guerres, les génocides et
l’oppression, ces considérations de « sécurité nationale » ne font
pas le poids dans la réalité. Ironiquement, le 11 septembre ne se serait jamais
produit si le gouvernement américain ne détenait pas alors le privilège du
secret2. L’information pertinente, alors confidentielle à un petit
groupe, aurait permis une vigilance suffisante pour rendre impossible
l’opération si elle avait été connue du public. La sécurité nationale est une
nécessité, dans une certaine mesure, mais elle ne retire aucun avantage propre
au privilège du secret accordé au gouvernement.
Recherche
des meilleurs représentants et idées
Traditionnellement, un parti politique cherchant à
atteindre le pouvoir politique essaie de convaincre les électeurs que son
leadership a les meilleures solutions et les meilleures idées pour mener la
société. Bien que ce soit possible, c’est très rarement le cas. La
démocratie représentative place tout son pouvoir politique entre les mains de
députés représentant les intérêts de la population. Dans cette optique, il va
de soi que la démocratie représentative devrait mener des efforts sincères et
importants pour assurer que ce soient les individus les plus méritants et
compétents qui siègent au gouvernement. Cette notion est toutefois totalement
inexistante dans la pensée politique traditionnelle. Il ne s’y trouve que des
notions de représentation des intérêts divers, des minorités ou majorités
mélangées à des notions élitistes, incapables de disparaître, telle que
l’ambition politique ou la destinée nationale. Bien qu’il soit difficile de
convenir sur des critères généraux, il existe des traits individuels faisant
unanimité parmi les citoyens en dehors de considérations idéologiques ou
philosophiques, des caractéristiques objectives de jugement, caractère et
intégrité. Traditionnellement, les citoyens sont attendus de supporter un parti
ou un autre sur la base de sa philosophie et son penchant idéologique.
L’idéologie est toutefois une justification à la paresse intellectuelle,
imposant des bornes de simplicité autour de la réflexion politique. Ainsi, la
société des outils cherche à retirer les bases idéologiques des représentants
politiques et choisir plutôt les individus les plus méritants et compétents sur
une base objective et juste de la fonction politique, laissant les
considérations subjectives à la volonté de la population par des initiatives
citoyennes, dont la coordination serait facilitée par les outils appropriés.
Les critères de
sélection des représentants politiques sont actuellement arbitraires, basés sur
des notions simplistes de marketing et d’image publique. Les moyens par
lesquels les candidats se démarquent déterminent fortement les résultats du
processus démocratique et les processus actuels ne sont pas étrangers à la
faible qualité des représentants élus. Les partis politiques résistent
traditionnellement à de tels changements puisque des processus par lesquels les
individus seraient évalués sur des critères sincères et transparents, tels la compétence,
l’intégrité et le respect, les rendraient désuets. L’environnement négatif,
compétitif et d’ambition qui forme actuellement la politique décourage les plus
méritants de même considérer une carrière politique, où des âneries futiles se
déroulent à l’abri de l’œil public. Les batailles politiques sont menées en
arrière-scène, basées sur des stratégies où les fins justifient les moyens et
sans considération véritable pour accorder à la société les individus les plus
méritants. Trouver les meilleurs représentants politiques requiert un
environnement positif, où les qualités sont sincèrement démarquées et où les
compétences passent au-devant de l’image. Cela requiert également un
environnement où les candidats sont laissés à eux-mêmes, devant démontrer
personnellement leurs capacités, plutôt qu’être préparés par des fabricants
d’image et des stratèges. Peu importe les choix et l’approche, la société des
outils vise à faire tout en son possible pour que parmi la population se
démarquent les individus les plus méritants, compétents et intègres pour
exercer les fonctions les plus importantes de la société.
Le financement des
procédures électorales est certes l’élément le plus important de faillite des
démocraties modernes. Le seul argument accepté en faveurs du financement privé
des candidats politiques est sur la base de la liberté d’expression. Le vote
est toutefois déjà l’expression du support politique alors que le financement
ne fait que corrompre le processus en déséquilibrant les influences publiques
des candidats sur la base du support financier. En comparaison avec les
conséquences du support financier privé des candidats politiques, la
« liberté d’expression » supplémentaire accordée par celui-ci fait
piètre figure et ne résiste pas à une pensée rationnelle. Au-delà du
financement public des procédures électorales, la société des outils ferait
bien plus en établissant un système formel offrant à tous les candidats un
accès uniforme à leurs idées, leurs discours, leur biographie, leurs
compétences, leur dossier politique antérieur s’ils en ont un et tous les
autres aspects pertinents pour la population pour l’élection des individus les
plus importants de la société. Les candidats auraient un accès égal à
l’électorat alors que les citoyens auraient accès à toute l’information
pertinente au travers du système d’information global, essentiellement reposant
sur l’encyclopédie (voir le chapitre « Le superordinateur »). Les
candidats pourraient être aidés, s’ils le désirent, par des assistants
personnels mais ils seraient essentiellement laissés à eux-mêmes durant la
totalité des procédures officielles, devant démontrer leur savoir-faire en
toute transparence. Les objectifs du système d’information électorale seraient
d’assurer que tous les politiciens puissent avoir l’opportunité égale de
démontrer leurs compétences, leurs idées et tout ce qu’ils peuvent apporter à
la démocratie alors que les citoyens puissent savoir absolument tout sur eux de
façon à faire une décision informée. Le processus devrait essentiellement être
un calvaire infranchissable pour les candidats de deuxième ordre et permettre
aux candidats de grande qualité et compétence de se démarquer. Les étapes
officielles de la candidature devraient justement mettre l’emphase sur ces
caractéristiques et essentiellement mettre à nu la personnalité des candidats.
Les attaques directes devraient être découragées pour les candidats, laissées
au questionnement de la population, alors que les candidats devraient
simplement présenter leur candidature dans la meilleure lumière possible.
Plusieurs des étapes de la candidature devraient inclure le questionnement
d’individus, choisis pour leur jugement, cherchant à trouver les failles chez
les candidats. Cette approche est aussi ouverte au système présidentiel et
semi-présidentiel qu’au système parlementaire. L’essentiel est que l’accès à la
fonction politique exige des procédures éliminant les candidats faibles et
amplifiant les compétences désirées telles qu’établies pour le bénéfice de la
démocratie. L’accès aux médias, l’influence financière et autres connexions
seraient essentiellement impossibles, du moins inutiles, sous ce système. Les
candidats devraient prouver d’eux-mêmes leurs compétences, éliminant la
pratique des fabricants d’image.
Trouver les meilleurs
représentants n’est toutefois qu’une étape. Suivant le gros bon sens que deux
têtes valent mieux qu’une, il est évident que dix, cent ou mille têtes valent
encore mieux que deux. Un individu peut avoir une ou deux idées
particulièrement géniales au cours de sa vie, mais rarement plus. Certains
esprits brillants pourront en développer davantage, mais il y a généralement
beaucoup plus de grandes idées sur la base du nombre que sur la base des
esprits savants individuels. Certains individus peuvent être doués pour la
reconnaissance des idées géniales, ayant un excellent jugement, mais imaginer
ces idées est une faculté rare. L’imagination humaine est telle que les
meilleures idées peuvent survenir des plus étranges circonstances. Même si la
vie entière de cent citoyens ne générait qu’une seule idée géniale, ce nombre
serait quand même plus élevé que les efforts soutenus des plus brillants
esprits sur l’étendue d’une population de plusieurs millions. En permettant aux
meilleures idées et aux meilleures initiatives parmi la population de prendre
vie et de se démarquer, la société évoluerait par les efforts de tous ses
citoyens plutôt que devoir se fier entièrement sur celles des représentants
qu’ils élisent. L’initiative personnelle devrait pouvoir s’intégrer au
gouvernement sans nécessiter l’accord explicite de ses dirigeants. Le
gouvernement cesserait ainsi de prétendre qu’il a les meilleures idées et
s’affairerait plutôt à réaliser celles toute la société peut trouver, dont les
siennes si elles sont bonnes. Le gouvernement pourrait ainsi financer des
projets d’initiative personnelle acceptés par taux d’approbation par une
assemblée locale. Tout citoyen pourrait proposer une idée, sa portée et son
financement. Le collège électoral serait les citoyens situés dans la géographie
où serait mené le projet et toute initiative pourrait être introduite par le
support d’un nombre X de citoyens. L’option la plus intéressante à mes yeux est
de choisir un nombre petit, disons dix, et faire confiance au bon jugement des
citoyens que les idées présentées seront pertinentes. S’il y a des abus, on
pourrait doubler jusqu’à ce que les mauvaises idées soient naturellement
écartées. Faciliter les communications entre les citoyens pour la recherche des
meilleures idées serait un moyen efficace de trouver des idées particulièrement
géniales. Il y a amplement d’enthousiastes qui seraient prêts à discuter, à
condition qu’il y ait un cadre positif et incitatif, à la recherche des
meilleures idées. Il y a bien des approches possibles et la meilleure solution
serait probablement souple selon les besoins. L’important est d’assurer une
voie officielle par laquelle les citoyens ayant de bonnes idées à proposer à la
société puissent y parvenir sans devoir en faire leur vie. Il suffit d’assurer que
les bonnes idées reçoivent l’attention qu’elles méritent et qu’elles puissent
se réaliser lorsqu’elles sont jugées favorablement.
Les ressources humaines
pour nombreux de ces idées pourraient être assurées par les nombreux citoyens
inactifs économiquement et aptes à mener de telles fonctions. Les assistés
sociaux, les retraités, les jeunes et autres individus hors du marché du
travail pourraient combler la grande majorité de la main d‘œuvre non technique
pour ces projets. Une critique fréquente de la part de l’aide sociale à
certains individus non intégrés au marché du travail est qu’ils reçoivent un
salaire sans le mériter par le travail. Du travail, pourtant, il y en a
beaucoup plus que tous les citoyens d’une société sont capables de fournir, il
suffit de bien utiliser les ressources disponibles. En plus de l’assistance
pour réintégrer le marché du travail à ceux qui le désirent, des fonctions
diverses permettant la réalisation des projets publics, tant les grands
objectifs publics (voir chapitre 2) que les idées proposées par les citoyens et
acceptées par les communautés, pourraient être menées par ces individus qui
contribueraient alors à leur société en échange de leur rémunération sociale.
Création d’outils technologiques pour
assister la démocratie
Une simple
question: qu’est-ce que la technologie pourrait faire pour aider la démocratie?
Les télécommunications modernes permettent des outils sans précédent dans
l’histoire pour la participation active des citoyens à la vie politique. Les
barrières physiques ne sont plus un obstacle au dialogue de masse, tout comme
le nombre si on canalise bien les voix redondantes. Beaucoup plus loin que les
élections en ligne3, le potentiel de communications de masse des
technologies de l’information permet de créer tous les outils nécessaires à la
participation directe des citoyens. Elle peut créer des outils de
communication, de connaissance, d’assistance individuelle, industrielle ou
commerciale. Elle peut par exemple permettre de canaliser la voix des citoyens,
leur permettant de faire entendre leur opinion sur un sujet précis sans envahir
les rues. La protestation civile n’existe que parce que la population n’a aucun
moyen de faire entendre son opinion autrement. La science peut créer des outils
permettant d’amplifier les voix isolées et créer des médias de masse
fonctionnant dans les deux sens, permettant à des citoyens d’avoir un poids
proportionnel à leur nombre dans les affaires politiques.
Une utilisation
particulièrement puissante pour accroître le pouvoir des citoyens serait
d’offrir une voie d’accès direct au pouvoir à la population. Le bicamérisme signifie
un système législatif dans lequel il y a deux chambres à l’assemblée
législative. Les deux chambres sont traditionnellement formées des mêmes partis
et du même type d’individus, l’une servant à calmer les ardeurs de l’autre. Une
concession entre le pouvoir démocratique direct et le pouvoir démocratique
représentatif serait toutefois la formation de la deuxième chambre par la
population. Tous les citoyens y auraient un droit de vote, qu’ils pourraient
céder à un représentant choisi individuellement avec droit de veto, sur les
initiatives de la chambre des représentants élus. Toutes les communications,
les motions, les débats et les votes pourraient être menés au travers d’un
système de communication global tel que je le décris dans le chapitre sur le
superordinateur. Les « partis politiques » y seraient ainsi formés de
groupes dont tous les membres ont un droit de vote individuel et associés pour
des raisons beaucoup plus diverses que la simple idéologie politique. Le mode
de scrutin pourrait utiliser le taux d’approbation de façon à mesurer les
nuances dans les propositions par une meilleure mesure de la voix populaire. Le
vote de chacun serait ainsi aussi important puisqu’il a exactement le même
effet que tous les autres, contrairement à certains modes de scrutin qui noient
le vote individuel. Le taux d’approbation est une mesure balisée de l’opinion,
particulièrement favorable s’il y a un grand nombre d’électeurs. Il suffirait
d’établir un seuil d’acceptation, servant de référence pour le niveau
d’acceptation. Les citoyens pourraient voter directement sur les propositions
ou déléguer leur pouvoir à un représentant, trouvant un équilibre entre le
pouvoir politique direct et la simplification de la représentation. Les
citoyens pourraient ainsi ne pas avoir à se soucier directement des affaires à
l’assemblée en temps normal mais auraient tout de même le pouvoir de passer
outre le vote de leur délégué et voter directement pour les enjeux plus
importants. Le nombre de citoyens supportant un député pourrait être une base
pour un financement public des X premiers représentants, nombre déterminé par
l’assemblée elle-même, ayant le plus grand support. Ceux-ci pourraient ainsi
dévouer leurs efforts en politique, carrière qui pourrait d’ailleurs former une
base objective et vérifiable pour l’élection à la première assemblée. De façon
à assurer une transition modérée à ce mode, cette deuxième chambre pourrait
débuter sans droit de veto sur la première chambre. Durant cette période de
transition, elle n’aurait que le pouvoir de signifier directement l’opinion
publique à l’assemblée élue. Ce pouvoir serait toutefois important puisque le
gouvernement peut ignorer les sondages statistiques, mais ne peut ignorer la
voix directe de la totalité de la population. Le plein pouvoir de la seconde
assemblée pourrait prendre effet à une date future, une fois la transition en
douceur assurée et les failles inévitables écartées.
Un outil puissant
que la population pourrait utiliser au travers de l’assemblée publique serait
la formulation de questions quotidiennes pour lesquelles elle exigerait réponse
de la part du gouvernement (au sens ici des ministres et autres membres de la
haute administration). Ces questions seraient posées quotidiennement par un
groupe d’individus spécialement choisis pour leur imperturbabilité, la
profondeur de leur questionnement et leur jugement. Il ne serait pas nécessaire
d’avoir de telles questions à tous les jours, l’essentiel est que les citoyens
aient la chance d’exiger de la part des politiciens des questions directes,
qu’ils ne pourraient détourner ou ignorer. Il est trop facile actuellement pour
les politiciens de laisser des questions importantes sans réponse. Cette
approche formaliserait leur obligation de répondre aux questions de grande
importance et sans relâche. Les individus chargés de poser ces questions
auraient le pouvoir explicite de retenir les membres du gouvernement jusqu’à ce
que la question soit répondue avec satisfaction. Le gouvernement aurait ainsi
intérêt à répondre clairement aux questions afin de pouvoir mener les fonctions
normales de la journée.
La science peut
fournir une multitude d’outils pour aider à canaliser le pouvoir politique de
la population. Les pouvoir intégrés d’opinion, d’association et de proposition
peuvent être assurés dans un contexte positif et formant les assises de
l’opinion politique sur la base du nombre plutôt que des moyens financiers. Il
serait ainsi éventuellement possible de faire une transition à un mode
d’influence politique écartant le lobbying traditionnel, essentiellement de la
corruption légale, pour directement associer l’influence d’une demande envers
le corps politique avec le nombre de citoyens la supportant. Tous les acteurs
pourraient influencer la société sur la base du support qu’ils peuvent obtenir,
support facilité par des outils de communications de masse, et auraient ainsi
une influence égale ayant une légitimité démocratique réelle. De tels moyens de
communications de masse seraient justement le support idéal pour canaliser les
meilleures de ces idées futures. L’humanité se sert de la science depuis des
siècles pour accroître son potentiel économique. Il est temps qu’elle se serve
de la science pour accroître son pouvoir démocratique.
Établir un code de conduite sévère pour
les politiciens
« La première
responsabilité de tout citoyen est de questionner l’autorité »
- Benjamin Franklin
« Aucun homme n’est assez bon pour gouverner sans
le consentement de l’autre. »
- Abraham Lincoln
« Nous avons
besoin d’un programme de psychochirurgie et de contrôle politique dans notre
société. L’objectif est le contrôle physique de l’esprit. Tout le monde déviant
de la norme peut être chirurgicalement mutilé. L’individu peut croire que la
plus importante réalité est sa propre existence, mais ce n’est que son point de
vue personnel. Ce genre d’orientation libérale a grand attrait. Nous devons
contrôler électriquement le cerveau. Un jour, des armées et généraux seront
contrôlés par la stimulation électrique du cerveau. »
- Dr. Jose Delgado,
diecteur de neuropsychiatrie, Yale
Medical School
Les politiciens,
par la portée de leurs décisions, par la puissance de leurs fonctions et
l’influence de leurs jugements sont les individus les plus importants d’une
démocratie. Après des siècles de tyrannie, l’humanité a finalement atteint une
forme de démocratie, seulement pour largement l’ignorer et fuir la
responsabilité qu’elle impose. La démocratie pour le peuple ne peut être
autrement que par le peuple, il n’en sera jamais possible autrement. Vu la
nécessité de déléguer certains pouvoirs politiques, il est évident que ces
pouvoirs devraient être accompagnés de responsabilités importantes. L’histoire
humaine est le meilleur témoin des conséquences de l’abus politique, qu’elle a
connu si souvent que c’en est une pathologie que de tomber encore dans le
piège. Les politiciens devraient être des individus de la plus haute intégrité,
jugement et compétence et devraient opérer dans un cadre strict assurant la
transparence totale de leurs fonctions.
Vu le petit nombre
de fonctions politiques élues dans une société, il est tout à fait rationnel
qu’en raison de leur puissance, ceux qui les occupent devraient perdre non seulement
le privilège du secret, dont ils jouissent actuellement, mais également le droit
à la liberté individuelle. Ils devraient répondre à une morale plus élevée que
le reste de la population, devant observer un strict code de vérité et de
conduite à tous points de vue. Les politiciens ne devraient pas accéder aux
fonctions les plus importantes de la société sur la base de qui ils connaissent
mais bien de ce qu’ils connaissent, ce qu’ils accompliront réellement. Les
critères de la fonction politique devraient garantir les compétences réelles
des candidats, pas les prouesses de quelques stratèges, experts en marketing ou
relations publiques.
Pour garantir une
intégrité réelle, les fonctions politiques officielles devraient être soumises
à une séparation stricte des attaches privées. Les pires abus de pouvoir
politiques existent lorsque la corruption financière influence les décisions
des politiciens. Le devoir politique a une séparation stricte avec la vie
privée, les décisions que l’on y prend ne concernent plus uniquement l’individu
et ses proches mais la totalité de la société. Présentement, l’intégrité des
politiciens envers l’influence des intérêts privés est volontaire et dépend
d’une croyance aveugle envers leur morale. Il n’y a toutefois aucun argument
pertinent justifiant cette approche puisqu’une telle corruption devrait être
tout simplement impossible alors qu’elle s’est produite à des milliers
d’occasions dans l’histoire, ancienne comme récente. Un précédent, surtout s’il
est récidiviste, suffit à justifier une action concrète éliminant un
comportement indésirable lorsque les enjeux sont si importants. Sur la base de
la responsabilité énorme des politiciens, des dommages qu’ils peuvent infliger
à la société si leur intégrité est influencée et le caractère récidiviste de la
corruption politique par des intérêts privés, l’accès à une fonction politique
officielle devrait obliger les élus à se délester de toutes leurs possessions
immobilières et financières, incluant et particulièrement les actifs financiers,
pour la durée de leur service public. Leurs habitations seraient tout
simplement fournies par la société. Lorsque ceux-ci quitteraient leurs
fonctions officielles, ils seraient libres de récupérer leurs actifs
immobiliers mais ne pourraient plus jamais posséder d’actifs financiers afin
d’éliminer un cycle traditionnel de va-et-vient entre la fonction politique et
les conseils d’administration corporatifs avec rémunération par actifs
boursiers. Leur pension serait assurée par un fond financé par la vente
initiale des actifs financiers lors de l’accès à une fonction politique
officielle, bien qu’ils seraient évidemment libres de travailler. La fonction
publique pourrait toutefois prévoir des fonctions utiles pour les anciens
politiciens, leur expérience pouvant encore bénéficier la société. La
corruption de l’argent et du pouvoir ne nécessite pas de questionnement. Nous
savons tous parfaitement que tous les humains ont des points faibles et que
l’argent et le pouvoir sont les deux plus récurrents de l’histoire politique
humaine. Couplé au financement public de tout le processus de candidature, ceci
assurerait l’élimination totale de l’argent du processus politique.
Pour rendre le
travail des politiciens aussi difficile que son importance exige, un poste
spécial serait créé dans l’assemblée législative et toutes ses instances (tel
que le conseil ministériel, les commissions parlementaires, etc.) ayant
responsabilité d’assurer que tout ce qui y est dit par quiconque soit la
stricte et exacte vérité, sans ambiguïtés et que toute l’information pertinente
des sujets discutés soit disponible. Ce poste corrigerait les informations
inexactes, clarifierait les ambiguïtés, assurerait la cohérence des
déclarations entre les déclarations antérieures et garantirait la connaissance
complète, logique et claire de tous les dossiers discutés. Bref, cette fonction
garantirait que rien de moins que la plus stricte et limpide vérité ne soit
dite lors de toute déclaration devant l’assemblée législative ou une instance
prenant autorité de celle-ci. Bien loin que des mensonges soient déclarés
devant les assemblées législatives du monde, les ambiguïtés et interprétations
sélectives de certains faits sont toutefois monnaie courante. Lorsque
l’information ne correspond pas au cadre, c’est généralement l’information qui
est changée pour s’adapter au cadre, et non l’inverse. Ce poste assurerait que
peu importe les tentatives de modifier l’information pour les besoins
politiques, toutes les dimensions de ce qui est mentionné serait explicitement
rappelé de façon à être pris en compte.
Il y a bien
d’autres moyens de garantir l’intégrité la plus complète de la part des
politiciens et aucune mesure n’est trop sévère, incluant la perte de liberté
individuelle. Les responsabilités de ces fonctions sont beaucoup trop
importantes pour permettre le moindre écart de conduite, aussi minime soit-il,
et puisqu’il y a peu de ces fonctions dans une société, il est parfaitement
possible de parvenir à éliminer toute possibilité qu’ils se produisent. Jamais
une société ne sera trop sévère envers ses politiciens, jamais elle ne leur
exigera trop de justifications pour leurs décisions et jamais elle ne punira
trop sévèrement un écart de conduite. L’histoire est le meilleur témoin de la
naïveté de ne pas exiger la plus haute intégrité des politiciens et l’absurdité
qu’elle pourra être assurée autrement qu’en rendant toute autre possibilité
impossible.
Une justice universelle
« L’homme, lorsque perfectionné, est le meilleur
des animaux, mais, lorsque séparé de la justice et la loi, il est le
pire. »
- Aristote
« Ne craignez
pas le chemin de la vérité pour le manque d’individus qui l’empruntent. »
- Robert Kennedy
La justice n’est
pas un sujet fréquent de discussion politique. Bien que sans opposition, la
notion de justice demeure un inconfort pour les démocraties modernes. Aucune ne
peut se prévaloir de ne pas abriter d’injustices, mais aucune ne fait une
priorité de les éliminer. Les injustices ne sont qu’une arrière-pensée, un
détail peu important. Pour assurer la justice, éliminer les injustices est une façon
logique de procéder. Celles qui n’existent plus, et elles sont nombreuses, ne
posent simplement plus de problème. Le pouvoir royal et aristocratique était un
paradigme indestructible pendant plusieurs siècles, maintenant un vieux
souvenir pour la plupart des nations, tout comme le droit de vote des femmes ou
la liberté politique. Il y a de moins en moins d’injustices mais il n’y a pas
là une raison pour arrêter de chercher à éliminer celles qui restent. Comment
croire qu’il soit impossible d’atteindre la justice si l’on regarde notre
propre histoire? Il fut un temps où la justice la plus minimale n’était qu’un
rêve fou, une utopie, un temps où le droit à la vie n’existait que dans l’imaginaire
de quelques philosophes. L’humanité a réussi à éliminer la majorité de ses
injustices, pourquoi serait-elle incapable de poursuivre?
La justice est un
effort soutenu, impliquant la responsabilité individuelle de tous les citoyens.
Elle est un de ces objectifs qui ne nécessitent que l’effort et la volonté pour
devenir réalité. Les humains ont trop tendance à être lâches et plier l’échine
devant l’injustice. Un objectif fondamental de la société des outils est de
faire de la véritable justice universelle une priorité permanente qui doit
demeurer à l’avant-plan du débat social. Si le gouvernement n’accorde pas une
attention sincère à l’injustice, le combat est inutilement encombré d’obstacles
qui ne devraient pas être tolérés. Ceci n’implique pas de grands projets ou
efforts autre que la volonté et l’effort sincères de s’assurer que la justice
universelle soit une réalité future en dénonçant de façon appropriée
l’injustice et encourageant la justice. La justice est de ces rares axiomes
sociaux sur lesquels tous s’accordent. Indépendamment de la philosophie ou
l’idéologie politique, personne n’apprécie être victime d’une injustice. La
grande majorité du travail dans cette voie est déjà fait. Il faut simplement
continuer cet effort qui est à l’avantage de tous. Pour ceci le système
judiciaire doit être revisité afin d’assurer la vérité comme base fondamentale
de la justice.
Autres idées
De ces bases fondamentales découlent plusieurs idées
que j’ai formées autour de la société des outils. Ces idées sont présentées
sans prétention de leur perfection et plutôt avec la recherche sincère des
meilleures idées. Je ne cherche pas à avoir raison, ça m’est entièrement égal
en fait. Tout ce que je recherche est de trouver les meilleures idées, qu’elles
soient entièrement miennes ou le contraire total de celles-ci. Je cherche
simplement à en proposer en espérant un débat cohérent sur les problèmes
qu’elles relèvent. La politique peut être objective et se baser sur la réalité
plutôt que le rêve et c’est dans cette optique que j’ai formulées ces quelques
idées.
Créer des grands objectifs publics
Une possibilité
intéressante de la participation collective de tous les citoyens au travers
d’une assemblée publique est de pouvoir faire ressortir les idées et solutions
de grand génie qui autrement ne seraient qu’ignorés par le système élitiste
actuel de démocratie représentative. Il est évident qu’on ne
peut se fier au jugement personnel de tous les citoyens pour tous les sujets
d’un gouvernement. Cela demande des connaissances particulières qui, bien que
simples à acquérir, sont incompatibles avec une vie adulte partagée entre
travail, famille et loisirs. C’est exactement pour les mêmes raisons qu’on fait
appel à des techniciens pour régler nos problèmes quotidiens de plomberie,
d’électricité ou de mécanique. Ce sont tous des problèmes relativement simples
mais exigeant des connaissances particulières. S’il y a toutefois un domaine où
la voix collective d’une société peut créer une sagesse plus grande que celle
dont les meilleurs leaders seraient capables est dans la formulation de grands
objectifs. Les technicités sont un point faible de bien des individus, mais les
idées géniales ayant une portée globale sont généralement reconnues à leur
juste valeur par une société éduquée et informée.
L’assemblée populaire est
un candidat idéal à cet objectif. Ce qui est particulièrement important ici est
que les grandes idées puissent se démarquer et graduellement prendre vie par le
support public. Ce qui importe est que tout individu ait la capacité de
contribuer à proposer des objectifs, dont j’ai déjà mentionné l’importance, et
que de ces propositions puissent se former des grands objectifs ayant le
potentiel de transformer la société future. Ces objectifs publics, de longue
portée, devraient former des guides pour orienter les décisions politiques vers
une vision adoptée par une majorité importante de la population. L’assemblée
populaire y est un candidat de choix puisque tout le système de proposition par
parrainage, de vote par taux d’approbation et de discussion public serait
parfaitement adapté aux besoins. Ces objectifs pourraient être des projets
spécifiques, la recherche d’une source énergétique supérieure par exemple, ou
plus philosophiques, comme l’élimination de la misère. Peu importe ce que la
population décide, ces objectifs devraient être approuvés par un large
consensus, disons 85% de support par la population entière, et favoriser les
projets de long terme. Ils indiqueraient ainsi la direction que la société
désire suivre et la voie désirée pour y parvenir. Ces idées seraient
essentiellement les plus importantes de toutes celles proposées pour les
projets publics. Elles seraient peu nombreuses mais jugées d’une importance
suffisante pour guider la société dans ses orientations. La pensée politique
cherche traditionnellement à étouffer la voix de la population, la jugeant trop
ignorante pour remplir les fonctions politiques importantes. La société des
outils cherche à prouver que la population est parfaitement apte à se prendre
en mains. Tout ce qu’il lui faut sont les bons outils et moyens pour y
parvenir.
Les médias d’information au 21e siècle
« La liberté est quelque
chose qui meure à moins qu’elle ne soit utilisée. »
- Hunter S. Thompson
« Aujourd’hui,
davantage de menaces subtiles à la liberté d’expression viennent de l’intérieur
des médias en résultat de la concentration des médias, la mondialisation et une
culture d’avarice dans l’industrie. Aujourd’hui, une poignée de conglomérats
médiatiques contrôlent beaucoup de l’information à travers le globe. »
- Fédération
Internationale des Journalistes
Les médias d’information
modernes sont incapables de remplir leur rôle pour une raison fondamentale: ils
sont des entreprises à but lucratif, dont les priorités sont incompatibles avec
la recherche de la vérité. La vérité, toute la vérité, n’est pas une priorité
des médias, qui doivent mettre leurs intérêts financiers avant tout,
comportement naturel de toute entreprise. Un côté pervers des médias d’information
est que la vérité est coûteuse à couvrir et est donc un mauvais investissement.
Il est plus avantageux pour les médias d’information de diluer leur contenu
factuel et de diversifier leur couverture vers la culture, les sports, le
divertissement, les finances personnelles et autres avenues d’intérêt pour les
citoyens. Un contenu diversifié n’est pas nécessairement une mauvaise chose,
mais la couverture de l’actualité s’en trouve diminuée. Les citoyens adoptent généralement
une unique source d’information, celle-ci doit donc couvrir un large éventail
de sujets pour atteindre la plus grande audience possible. Les budgets de
couverture politique, économique et d’autres actualités pertinentes à la
démocratie sont ainsi limités et la couverture généralement simplifiée pour
pouvoir être résumée à l’espace limité qui lui est accordé.
Au niveau du
divertissement, de la culture et des sports, les médias font généralement un excellent
travail. C’est seulement au niveau de l’information, dans leur rôle de gardiens
de la vérité, que les médias échouent. Les technologies de l’information
offrent des possibilités nouvelles pour le 21e siècle, le potentiel
énorme des communications interactives de masse ouvre la voie à de nouvelles
façons de faire. Avec l’ouverture des activités du gouvernement et divers
autres outils de vérification et publication des activités politiques, une
grande étape est franchise: la publication de la vérité est systématique et ne
dépend plus exclusivement d’un effort à sens unique de la part des
journalistes. L’agrégation de cette connaissance est toutefois une nécessité,
tout comme la couverture des autres événements de la société qui ne sont pas du
ressort direct du gouvernement. Le rôle des journalistes ne disparaîtra certes
jamais, il sera toutefois appelé à changer grandement. Voici une approche
possible au système de médias d’information du 21e siècle. Il y a
plusieurs variations et approches possibles, celle-ci tente d’éliminer les
failles classiques et d’utiliser les technologies de l’information pour
accroître la couverture.
Les journalistes seraient
indépendants, oeuvrant, à choix, de façon autonome ou en association avec
d’autres journalistes. Tout aspirant journaliste pourrait soumettre un texte au
système médiatique, centre digital des médias d’information. Ce système
d’information serait financé publiquement et basé sur le système digital
global, sans possibilité de censure. Des volontaires effectueraient un tri
initial des textes soumis afin d’en déterminer le contenu. Le tri initial
permettrait de situer le contexte, l’information et la nature des idées
exprimées pour permettre aux lecteurs de trouver l’information qu’ils
recherchent. Le choix de ces volontaires, professionnels ou amateurs, aurait
ainsi un impact important sur tout le reste du système, il serait alors important
qu’ils remplissent des critères d’objectivité et de compétence. Ce qui importe serait
que les textes soumis reçoivent l’attention méritée afin de permettre aux
nouveaux journalistes de faire leur marque et aux textes d’importance de se
démarquer. De telles expériences existent déjà avec succès, notamment le
système de nouvelles de Yahoo!, qui démarque les nouvelles les plus lues ou les
mieux cotées. Sur la base de filtres
d’exclusion, les citoyens pourraient bâtir un curriculum d’information
personnalisant le contenu qui les intéresse. Sur la base des journalistes et
écrivains que les citoyens liraient, les journalistes auraient ainsi une cote,
basée sur une formule prenant en compte des critères pertinents de leur domaine
d’application: lectorat, appréciation populaire, appréciation professionnelle,
compétences, niveau d’information, niveau de vulgarisation ou de profondeur de
la couverture, etc. Je ne mentionne que quelques critères au hasard mais ceux-ci
devront être établis avec beaucoup de soin. Ces critères devraient servir de base
pour permettre aux citoyens de trouver l’information et l’opinion qu’ils
recherchent. Les journalistes seraient ainsi financés sur la base de critères
entièrement déterminés par la population et absents de censure ou ligne
éditorialiste. Tant qu’un journaliste est bien coté du public, il sera payé
pour ses textes. Des honneurs spécialement créés pour récompenser l’excellence
en journalisme pourraient former des incitatifs puissants à la couverture de la
vérité. Les critères de ces honneurs devraient spécifiquement chercher à faire
ressortir les talents des journalistes, anciens et nouveaux, récompenser les
risques, etc.
Des éditeurs
pourraient former des publications officielles sur la base de critères
personnalisés qu’ils établiraient dans le système médiatique. Les citoyens ne
désirant pas accorder des dizaines d’heures à établir leurs critères
individuels pourraient choisir des combinaisons choisies par ces éditeurs, qui
établiraient leur contenu sur la base de critères qu’ils considèrent dignes
d’attention particulière. L’univers médiatique serait alors dominé non plus par
les éditeurs mais par les lecteurs, ayant accès à la totalité du contenu
journalistique, pouvant filtrer selon leurs propres critères l’information
qu’ils désirent accéder. Les éditeurs n’auraient alors plus le choix exclusif
des histoires à couvrir, puisque les journalistes plus autonomes pourraient
combler les lacunes. Le rôle des éditeurs serait alors de trouver, parmi tout
le marché journalistique, les textes qui forment l’information la plus
complète. Tout citoyen pourrait être journaliste, éditeur ou lecteur ou les
trois à la fois. Tous les citoyens pourraient contribuer, soit en étant éditeur,
soit en aidant les meilleurs textes à se démarquer ou en offrant un contenu
qu’ils jugent comblant des lacunes à l’offre actuelle. Les journalistes de
grande envergure ne seraient plus choisis par les éditeurs mais par les
lecteurs. Ce serait ces journalistes qui auraient les accès et l’exposition
publique privilégiée pour couvrir en profondeur l’information.
L’encyclopédie
pourrait être utilisée pour bâtir une représentation visuelle de l’actualité,
récente ou antérieure. Une faille importante du système de médias d’information
actuel est son incapacité à faire les liens entre les événements et leur
chronologie. Le format papier est un obstacle évident à ceci, il est toutefois
possible de satisfaire ce besoin à la fois pour les versions électroniques et
les versions papier. Les précédents, les événements reliés ou les faits
pertinents pourraient tous être rattachés aux histoires d’actualité de façon à
présenter une image complète d’un événement particulier. Prenons par exemple
l’invasion de l’Irak par les États-Unis. Au cours des mois qui ont précédé, une
image floue a été présentée à la population américaine, qui s’est soldée par
une des plus larges campagnes de désinformation généralisée de l’histoire
moderne. À la veille des présidentielles de 2004, il fut sondé que plus de 60%
de la population américaine croyait que Saddam Hussein fut directement
responsable pour les attentats du onze septembre. Avant l’invasion, un scénario
complètement fantastique fut créé, donnant l’illusion que Saddam Hussein avait
des moyens militaires lui permettant d’envahir le territoire américain et y massacrer
des millions de citoyens. Si les grands médias d’information américains avaient
fait leur travail, nul doute que l’invasion n’aurait jamais eu lieu et que la
situation aurait été très différente.
Voici comment le
scénario pourrait se présenter sous ce système médiatique, avec l’exemple d’un
article détaillant que le président Bush aurait mentionné que la situation en
Irak sème les racines d’une démocratie libre et que l’invasion fut justifiée
pour libérer le peuple irakien. Des liens seraient tissés entre les différents
éléments du texte. Un retour sur la période précédent l’invasion dresserait un
cheminement chronologique de la préparation de l’invasion: la menace nucléaire,
les drones pilotés à distance, les unités mobiles de fabrication d’armes
biologiques, l’uranium d’Afrique, les différents discours de la haute
administration, par exemple les assertions du vice-président et du secrétaire à
la défense qu’il n’y avait aucun doute que Saddam fabriquait des armes
nucléaires, chimiques et biologiques et que les services de renseignements
américains savaient où elles se trouvaient. Un retour sur la période plus
ancienne dresserait les événements importants de l’Irak avant et sous Saddam
Hussein: rappel historique tel que l’occupation britannique au début du 20e
siècle1 et accord de la ligne rouge2, support occidental
pour son ascension au pouvoir, support militaire occidental lors du conflit
Irak/Iran3, invasion du Kuweit, Desert
Storm, embargo et bombardements quotidiens pour la décennie suivant Desert Storm4. Des liens
entre les événements distincts seraient également établis: fondements du
conflit Irak/Iran, causes de l’invasion du Kuweit, conséquences et causes de Desert Storm, conséquences de l’embargo.
Des liens entre les justifications initiales de l’invasion seraient établis:
faits connus à ce jour sur les programmes militaires irakiens et sources de
financement, explications sur l’uranium africain, démystification des faits
apportés par Colin Powell à l’ONU. Des faits sur la situation actuelle en Irak
seraient présentés: stabilisation de l’ordre, reconstruction, état des
infrastructures, cohérence entre les prédictions initiales et les faits actuels,
état du système politique. Bref, un portrait global entre tous les événements
et faits et la progression des situations concernées serait présenté à travers
l’encyclopédie. Pour peindre un tel portrait, des titres- et termes-clefs
permettraient de présenter un vaste volume d’information sans surcharger le
lecteur. Des recherches importantes devraient être menées à cette fin: comment
présenter une image globale d’une situation particulière avec le moins
d’information possible sans pour autant perdre le contexte.
Quelle aurait été
la situation suivant un tel article, tout lecteur pouvant d’un seul coup d’œil
se rappeler les faits importants de la situation? Vraisemblablement très
différente de la situation actuelle où si peu de citoyens connaissent la vérité
la plus minimale sur la situation. J’ai bien peine à croire ce que les
étudiants en journaliste peuvent apprendre dans leurs programmes lorsqu’on
regarde l’anémie de la couverture d’actualité. Les intérêts financiers y sont
évidemment fortement responsables, établissant des contraintes pour les
éditeurs. Un cas exposé dans les documentaires « Outfoxed » et
« The Corporation » fut celui des hormones de croissance bovines,
injectées aux vaches laitières5. L’éditeur des journalistes ayant
couvert l’histoire, Fox News Inc., a cédé aux pressions légales de la
corporation Monsanto et a simplement abandonné l’histoire, pourtant importante
au public. Il y a des milliers de cas de manipulation de la couverture
médiatique de l’information par des intérêts privés, notamment l’utilisation
systématique du format de capsule journalistique pour déguiser une publicité en
information6. Les intérêts économiques des médias d’information et
d’entreprises méritant une exposition de la vérité sont contraires aux besoins
de la vérité dans la démocratie. Dans toute occasion où la vérité est
confrontée à des intérêts financiers, ce sont toujours les intérêts financiers
qui l’emporteront puisque tout média d’information est d’abord et avant tout
une entreprise ayant elle-même des besoins financiers, ne pouvant se permettre le
retrait de clients publicitaires ou de procédures légales de la part d’intérêts
ayant trop à perdre par l’exposition d’une vérité choquante. De nombreux médias
alternatifs ont pris naissance grâce à Internet ces dernières années mais c’est
insuffisant. C’est tout l’appareil journalistique qui doit être révisé pour que
les médias d’information servent l’intérêt public sans détour.
La science optimisée
La
science moderne est sévèrement limitée par des institutions et systèmes
davantage pensés en fonction des investisseurs que des chercheurs. La science
croît dans le partage des connaissances et des idées et la coopération, l’économie
croît dans la compétition. La science et l’économie sont ainsi essentiellement
en contradiction fondamentale sur les moyens par lesquels ils progressent. La
diversité des idées et l’innovation sont toutefois des critères communs aux
deux domaines. La science est toutefois essentiellement l’économie (voir le
chapitre « La science à la base de l’économie ») et ainsi favoriser
la science, même au prix des notions traditionnelles d’économie, favorise
l’économie, sous certaines mesures bien sûr. Tous les diagrammes mathématiques
en analyse économique ne peuvent contredire le fait que si l’on parvenait à
maîtriser la fusion nucléaire par un vaste projet public de coopération
scientifique, les bénéfices économiques seraient immensément plus élevés que
des décennies de compétition dans l’industrie pétrolière, qui cherchera bien sûr
à épuiser ses ressources avant de mettre de l’avant une alternative. Malgré
toutes les insistances de ses dirigeants, l’existence de Microsoft en tant que
monopole des systèmes d’exploitation est une plaie pour l’innovation en
informatique. Si le monopole de Windows était remplacé par l’adoption d’un système
à source ouverte globalement utilisé formant la base de l’informatique, Linux
ou un autre entièrement développé à neuf (préférablement), l’innovation en
informatique pourrait progresser plusieurs fois plus rapidement qu’elle ne le
fait actuellement7. Avec les bonnes conditions et les bons outils,
sous une sorte de sélection intelligente, et une standardisation des fondements
de l’informatique, la progression actuelle serait complètement ridiculisée par
une explosion d’innovations qu’une seule entreprise ne peut tout simplement pas
mener. Avec les conditions idéales, un environnement calibré à cette fin et les
bons outils, l’industrie informatique se libérerait d’un énorme boulet créé à
tort.
Là
où la science et l’économie s’affrontent est au niveau du potentiel économique
des découvertes.
Toute découverte scientifique a un potentiel économique et la protection de ce
potentiel fut intégrée au système scientifique moderne par le concept de
propriété intellectuelle. Pour protéger le potentiel économique des découvertes
scientifiques, il fut jugé bon de permettre à ceux qui les ont faites de
conserver l’exclusivité de leur potentiel économique pour une période donnée
(généralement vingt ans). Sur le plan économique, c’est une réussite. Sur le
plan scientifique, un désastre. Le cycle traditionnel suivant une découverte
scientifique importante est l’attribution d’un brevet accordant l’exclusivité
de son potentiel économique à quiconque le possède. La conséquence principale
de ceci est une dépendance complète de toute la société, pour une période de
plusieurs années, sur la capacité du détenteur du brevet à en faire une
utilisation optimale. Si celui-ci est incapable de faire un usage concret de
son brevet, l’humanité doit attendre qu’il soit libéré pour suivre le cycle
optimal du marché.
Si le détenteur du brevet est capable de faire une
utilisation économique du brevet, les industries concernées s’empressent alors
d’entrer dans un cycle de plagiat formé d’espionnage industriel, d’ingénierie
inverse (« reverse engineering ») et d’efforts pour différencier
suffisamment leurs produits du brevet initial pour ne pas empiéter sur
celui-ci. Sur le terme de plusieurs années, tous les produits et services de
toutes les industries finissent par posséder à peu près les mêmes
caractéristiques fondamentales, résultat d’une sélection intelligente des
meilleures idées, sorte de darwinisme économique. Tout le cycle de clonage qui
suit la production initiale d’une technologie brevetée jusqu’à l’expiration du
brevet constitue en fait un vaste gaspillage de ressources qui pourrait être
entièrement évité s’il était possible de satisfaire à la fois les besoins de la
science et les besoins des intérêts économiques finançant la recherche. Le même
résultat pourrait être atteint immédiatement après une découverte, plutôt que
plusieurs années après celle-ci, sans subir les coûts du cycle de plagiat.
Il est pourtant parfaitement possible de satisfaire à
la fois les besoins de la recherche scientifique et des intérêts économiques.
L’attribution d’un brevet ne nécessite pas le privilège de l’exclusivité du
brevet en question. La justification de cette exclusivité est d’accorder le
privilège de réaliser les profits initiaux importants suivant l’introduction
d’une nouvelle technologie. Une entreprise X, ayant développé une technologie Y
brevetée et protégée par la loi est aussi gagnante financièrement si elle peut
générer le profit A par la conception et la production d’un produit Z que si le
profit A est généré par des royautés sur les produits des entreprises E, F et G
conçus au moyen de la même technologie Y. Qu’une entreprise puisse générer un
profit A en concevant elle-même un produit exclusif avec sa technologie ou en
recevant des royautés de produits conçus par d’autres entreprises produit le
même résultat: l’incitatif économique à l’innovation. Dans le système actuel de
brevets, le coût lié à l’obtention du profit A par l’entreprise X est la
stagnation volontaire et le gaspillage dans l’industrie, alors forcée de copier
la technologie initiale tout en fournissant des efforts pour la différencier
suffisamment pour ne pas enfreindre le brevet, pour la durée d’exclusivité du
brevet. Beaucoup d’entreprises choisissent de licencier leur technologie, mais
celles qui ne le font pas imposent un obstacle infranchissable à toute
innovation technologique des industries concernées. Beaucoup de découvertes
peuvent également être volontairement mises au rancart pour protéger certains
intérêts, au coût de la stagnation de la société entière sur cette découverte.
La caricature classique du moteur fonctionnant à l’eau acheté et caché par les
pétrolières est un de ces exemples d’absurdités où l’humanité verrait son
évolution stagner pour les bénéfices de quelques intérêts temporaires.
Comment réconcilier le besoin de partage de
connaissance de la science et le besoin de rentabilité économique d’un
investissement économique? Simplement en établissant,
au niveau du brevet, une formule de rendement assurant que les entreprises
ayant breveté une technologie puissent profiter de l’exploitation de ce brevet
par des tiers partis au moins autant que si elle en faisaient l’usage exclusif
dans le système actuel. L’obtention d’un brevet n’accorderait ainsi plus
l’exclusivité de sa technologie mais plutôt des royautés automatiques générées
par toute utilisation lucrative de celle-ci. Une conséquence importante de ce
système serait une séparation graduelle de la recherche et du développement.
Les industries effectuent traditionnellement toutes les étapes de recherche et
de développement pour la production de produits ou services. Dans un tel
système, des entreprises se spécialiseraient dans la recherche pure, formant
leurs revenus des brevets qu’ils découvriraient, alors que d’autres se
spécialiseraient dans le développement de produits avec les découvertes
provenant des recherches. De nombreuses entreprises continueraient d’œuvrer
dans un travail conjoint de recherche et développement, ce serait en fait un
nouveau marché qui serait créé, ayant pour produit la découverte scientifique.
Les chercheurs amateurs n’auraient également plus à trouver d’acheteur unique
pour leurs brevets puisque toute entreprise pourrait prendre connaissance de ceux-ci,
concevoir des produits ou services et leur générer des royautés. Il suffirait
pour ceci de créer un système de connaissance pour les technologies brevetées,
permettant la prise de connaissance immédiate de tout brevet significatif par
l’ensemble des industries concernées. Aucune innovation ne passerait inaperçue
et la capacité de créer de nouvelles entreprises visant l’utilisation de
brevets, comme tels ou modifiés, serait accrue. Il serait également nécessaire
de prendre en compte les contributions supplémentaires aux brevets initiaux,
générant une spirale de transformations successives aux innovations originales.
Les contributeurs additionnels recevraient une royauté comparative à leur
contribution de l’utilisation du brevet modifié, offrant l’incitatif de
royautés pour des découvertes améliorant le brevet. La gestion de ce système serait
certes complexe mais aucunement hors de portée d’une administration efficace.
Le financement de
la recherche demeure toujours un problème dans ce système. Le potentiel
économique d’une découverte scientifique particulière, surtout si elle n’est
que théorique, n’est pas toujours évident et il est difficile de financer la
recherche si ce potentiel n’est ni prouvé, ni prouvable. La société pourrait
grandement profiter de certaines découvertes sans potentiel économique
particulier justifiant le risque d’un investisseur. L’attribution de
financement pour la recherche pourrait bénéficier une certaine coordination au
niveau de la communauté scientifique. Voici une façon probable de faciliter la
coordination du financement. La branche académique (décrite dans le chapitre
« L’équilibre des pouvoirs ») pourrait servir de base de coordination
du financement de certaines recherches jugées bénéfiques à la société, d’un
point de vue économique ou non. Tout individu ayant un projet de recherche
pourrait trouver le support de quelques individus, disons dix, afin de
bénéficier d’une évaluation officielle du potentiel de celle-ci. Si elle est
jugée favorable, par taux d’approbation, par les comités pertinents de la
branche académique, une recherche de financement coordonnée pourrait être menée
afin de connecter chercheurs et investisseurs. Les investisseurs intéressés à
financer des recherches trouveraient ainsi un marché unifié d’où ils pourraient
évaluer le potentiel de recherche offert par les chercheurs, amateurs ou entrepreneurs.
Les recherches à haut potentiel économique verraient ainsi un marché compétitif
s’intéresser à celles-ci pour les financer. Celles ne trouvant pas de
financement privé pourraient bénéficier d’un financement public lorsque leur
valeur est jugée importante pour la société. La société pourrait également
fixer des récompenses pour l’atteinte de plusieurs objectifs scientifiques
particulièrement valorisés. L’efficacité du X-Prize a démontré le potentiel
d’un incitatif financier pour l’atteinte d’un objectif particulier et de
nombreux objectifs scientifiques auraient grandement à bénéficier d’une telle
motivation.
Un objectif
important de la société des outils est de fournir le meilleur environnement
pour la recherche scientifique. Ce système de coordination et développement
scientifique est un pilier de cet objectif, tout comme l’épanouissement de la
connaissance et l’éducation au sein de l’encyclopédie. Il y a des limites
qu’une société ne peut franchir en matière de pourcentage de son capital qu’elle
peut investir en recherche scientifique. Cette limite peut toutefois être
dépassée, voire oblitérée, si ce capital est utilisé de façon optimale pour les
besoins de la science elle-même.
Améliorer la recherche d'emplois
Le marché de
l’emploi dans un système capitaliste a deux exigences: que les employeurs
trouvent les employés optimaux pour remplir leurs fonctions et que les
travailleurs trouvent les emplois optimaux selon leurs besoins et compétences
individuelles. Si, chaque fois qu’une entreprise désire combler un poste elle
est capable de trouver un employé remplissant exactement les critères que cette
fonction requiert, cinquante pourcent du marché de l’emploi fonctionne de façon
optimale. Si tous les travailleurs sont capables de trouver l’emploi qui
correspond exactement aux critères qui leur permettrait d’être optimaux selon
leurs intérêts et compétences, l’autre moitié des exigences du marché de
l’emploi serait comblé. Ceci sous-entend évidemment la capacité première des
travailleurs à trouver un emploi. Les réalités de l’emploi des prochaines
décennies changeront toutefois énormément avec les changements démographiques
et l’automatisation de la majorité des procédés des secteurs primaires,
secondaires et une grande partie des procédés des secteurs tertiaires. C’est du
vivant de la majorité d’entre nous vivant aujourd’hui que nous verrons le
passage des économies modernes au secteur quaternaire, celui de la connaissance
et de la haute technologie, comme fondement de l’économie. Il n’y a guère plus
que quelques années avant que la main-d’œuvre humaine disparaisse entièrement
des secteurs primaires et secondaires à l’exception de fonctions techniques
directement reliées aux technologies automatisant les processus. Il sera donc
particulièrement important de pouvoir répondre aux besoins des nouveaux emplois
puisque ceux-ci seront de plus en plus spécialisés et le marché de l’emploi
très différent de ce que nous connaissons aujourd’hui.
Je mentionne
explicitement les intérêts et compétences des travailleurs parce que beaucoup
d’entreprises emploient des employés mécontents, voire malheureux, et beaucoup
de travailleurs occupent des fonctions totalement incompatibles avec leurs
intérêts, compétences ou situation personnelle. Beaucoup d’employés sont incompétents
ou malheureux dans leurs fonctions actuelles, alors qu’ils seraient très
compétents dans d’autres. Le marché de l’emploi moderne échoue dans la
satisfaction d’une des exigences les plus fondamentales de l’économie
capitaliste moderne. Toutefois, l’emploi n’est pas un marché, où la concurrence
peut servir de façon optimale les besoins. L’emploi est un fondement, une épine
dorsale de l’économie. Tout ce qui importe à une économie moderne sur le plan
de l’emploi est que les employeurs trouvent les employés correspondant à leurs
critères et que ces employés soient satisfaits des critères de leurs
employeurs. Comment assurer que travailleurs et employeurs trouvent les
conditions optimales satisfaisant leurs besoins? Voici une approche alternative
au fonctionnement actuel.
Sur le support
technologique du superordinateur, un système de communication d’emploi serait
créé, constituant une source unique où tous les emplois à combler de toute l’économie
seraient affichés. Ce système serait à la fois la source unique où les
employeurs désirant combler un poste afficheraient leurs offres d’emploi et la
source unique où les travailleurs en recherche d’emploi effectueraient leur
recherche. Il s’agit en quelque sorte de nationaliser la recherche d’emploi,
bien que le marché d’emploi ne soit pas un « marché » au sens
économique traditionnel et constitue donc une exception. Toutes les entreprises
et citoyens y auraient un profil. Celui-ci serait personnel et donc le contrôle
serait laissé à l’individu, pouvant l’afficher ou le cacher à guise. L’objectif
premier du système serait de faire en sorte que tous les employeurs désirant
combler un poste trouveraient les travailleurs remplissant leurs critères et
que les travailleurs puissent identifier les critères, très approfondis, des
emplois offerts et de leurs compétences propres. Plusieurs outils permettant
d’atteindre cet objectif pourraient être développés, mais essentiellement le
problème est relativement simple et direct. Occuper un emploi occupe une part
énorme de la vie de quiconque et de nombreux aspects sont souvent sous-évalués
lors de la recherche d’emploi. Il s’agit ici d’assurer que les conditions
soient bien connues, des employés comme des employeurs, pour atteindre les meilleures
combinaisons.
L’emploi est toutefois
un objectif de très long terme pour un individu. Plusieurs choix effectués dès
le plus jeune âge ont un impact significatif sur les choix de carrière futurs.
Bien peu d’individus peuvent déterminer à l’avance quelle carrière correspond à
leurs intérêts et compétences et rares sont les adolescents apportant une
réflexion suffisante à cette fin. Ces intérêts et compétences sont toutefois
visibles dès la jeune enfance, où certains talents et champs d’intérêts sont
clairement identifiables. Les individus les plus doués dans tous les champs
d’expertise, sports, arts et toutes professions confondues, sont d’ailleurs ceux
qui commencent tôt à exercer leurs talents. L’éducation peut aider les
individus à identifier ces talents et intérêts et les encourager au long de
l’éducation. Si, dès le plus jeune âge, les citoyens sont capables d’identifier
leurs talents naturels et leurs champs d’intérêts, ils pourraient faire de
biens meilleures décisions à l’approche de leur vie adulte. Beaucoup trop
d’individus dans les sociétés modernes occupent des emplois qui ne les
conviennent pas parce qu’ils n’ont jamais réussi à identifier leurs talents et
intérêts personnels. Il est impossible pour un individu de déterminer ce qui
lui convient le mieux comme cheminement de carrière sans avoir essayé les
possibilités qui lui sont offertes. Il y a des milliers de types, critères et
particularités de carrières dans une économie moderne et pour les identifier,
les citoyens doivent les expérimenter. Ceci prendrait la forme d’expérimentations
individuelles dans les différents champs de compétence. Commençant d’abord par
identifier les champs où un individu n’est pas compétent, chacun pourrait
progressivement, et individuellement, prendre connaissance de ses propres
moyens et surtout fructifier ses talents lorsqu’ils sont identifiés.
L’éducation limite traditionnellement l’expérience en offrant une éducation aseptisée,
marquant une nette séparation entre l’expérience scolaire et la réalité. Les
enfants et adolescents devraient avoir beaucoup plus de capacité à expérimenter
par eux-mêmes la réalité de façon à évaluer toutes les possibilités qui leurs
sont offertes.
Deux conséquences
principales sortiraient de cette approche. D’abord, l’équilibre entre les
besoins des entreprises et les compétences et intérêts des citoyens serait
optimal. Les employeurs auraient les employés qui correspondent à leurs besoins
et les travailleurs occuperaient des emplois correspondant à leurs intérêts et
compétences. Cette conséquence est bien sur très souhaitable puisqu’elle
assurerait un fonctionnement beaucoup plus efficace du système économique. Les
employés seraient plus compétents pour les postes qu’ils occupent et ceux-ci
conviendraient mieux à leurs compétences et intérêts. L’autre conséquence intéressante
serait une mesure exacte, d’une précision sans précédent, de l’emploi. Avec un
profil inscrit des entreprises, des chiffres exacts sur l’emploi actuel et la
création pourraient être établis avec beaucoup plus de facilité. Ironiquement,
ceci est une certaine réconciliation entre la théorie Marxiste et capitaliste.
De chacun selon leurs moyens, avec tous les outils pour identifier les
compétences et intérêts personnels, et à chacun selon leurs besoins; le choix
des moyens et des besoins étant laissé à l’entière liberté des citoyens. La
société ne fait qu’offrir les outils aux acteurs économiques leur permettant de
déterminer eux-mêmes comment satisfaire leurs besoins en utilisant de façon
optimale leurs moyens.
Comprendre la société
« La paix ne
peut être atteinte par la violence, elle ne peut être atteinte que par la
compréhension. »
- Albert Einstein
Une lacune
particulière des démocraties modernes est que la grande majorité des citoyens
ne connaissent que très peu de la société dans laquelle ils vivent. Ils n’en
connaissent pas les institutions, les dynamiques, les fondements, bref
connaissent quelques éléments du puzzle mais sont incapables d’en dresser un
portrait global. Ils voient quelques arbres mais sont incapables de reconnaître
la forêt. L’ouverture sur le monde est minimale. À la sortie du secondaire,
l’horizon de connaissance des jeunes citoyens est plus mince qu’une feuille de
papier. Ils ne comprennent tout simplement pas la société dans laquelle ils
vivent, la connaissent encore moins. Une fois adultes, ils n’ont plus le temps
de la connaître alors demeurent ignorants de celle-ci à moins d’y accorder des
efforts importants ou avoir mené des études supérieures dans des champs
spécifiques. La démocratie exige toutefois des citoyens de prendre des
décisions sur la société. Comment peuvent-ils y arriver s’ils ne la comprennent
même pas? L’éducation primaire et secondaire établit certaines bases de
connaissance mais ne présente jamais leur utilité, rôle et encore moins leur
place parmi tous les autres aspects de la société. Les étudiants apprennent les
mathématiques, les sciences, l’histoire, très superficiellement d’ailleurs,
mais ne comprennent même pas comment ces connaissances s’appliquent dans la
réalité. Comprendre le portrait global de la société est toutefois à la portée
de tous. La tâche est certes imposante mais avec une bonne approche
pédagogique, il est à la portée de tous d’être capable de comprendre les
fondements primaires de la société dans laquelle ils vivent. Les citoyens doivent
être capables de comprendre les liens entre les différents aspects de la
société s’ils doivent exercer la responsabilité de citoyen démocratique.
Beaucoup de soi-disant experts tentent de créer l’illusion que la société est
complexe, la politique en particulier. Il y a beaucoup de choses à savoir,
certes, mais aucune difficulté excédent le niveau de l’algèbre de base. Une
compréhension de la société n’est qu’un curriculum de culture générale,
aucunement complexe et uniquement long à acquérir par le volume important
d’aspects à couvrir.
La
matérialisation de cette idée serait un cours progressif, donné tout au long
des études secondaires, et qui aurait pour objectif de dresser un portrait
global de l’humanité, particulièrement au moyen des connaissances spécifiques
apprises dans les cours normaux. Il s’agit en fait de faire les liens entre les
différentes matières apprises de façon à permettre aux étudiants de comprendre
leur société, ses dynamiques et ses fondements. Ce cours présenterait une image
globale qui permettrait de comprendre le rôle qu’occupent ses différents
aspects au moyen de l’actualité, des événements socio-économiques et ferait une
synthèse progressive de la société, dressant une image générale aux moyens des
outils appris dans les autres cours. Ce serait donc un cours de culture
générale, permettant aux étudiants de comprendre particulièrement la place
qu’ils occupent dans la société et celle qu’ils y occuperont plus tard en tant
que citoyens. Ce cours serait ainsi la colonne vertébrale de toute l’éducation,
formant la synthèse avec tous les autres cours et donnant raison et contexte à
leur existence dans le curriculum d’éducation. Les citoyens en seraient
beaucoup plus préparés au pouvoir démocratique et donc plus aptes à faire de
bonnes décisions. Traditionnellement, les sociétés jettent des barrières
exagérées autour de la vision des jeunes. En conséquence, ils commencent l’âge
adulte avec pratiquement aucune connaissance et très peu expérience. Jusqu’à
l’adolescence, je peux comprendre un certain désir de préserver l’innocence des
enfants. Une fois atteint l’âge de l’adolescence, toutefois, cacher la réalité
aux jeunes n’est que leur causer du tort inutilement, ils devront la comprendre
un jour de toute façon. C’est un processus long, qui est toutefois idéal pour
cette période de la vie, où le cerveau fonctionne à plein régime et où les
soucis de la vie personnelle sont insignifiants sur une longue période,
laissant beaucoup de place à des considérations
plus larges.
Moderniser la bureaucratie
La
bureaucratie est de ces réalités de la vie qui empoisonnent notre existence
mais dont l’absence serait un désastre pire encore. Un problème inhérent à une
bureaucratie est que ses éléments, pouvant être comptés par milliers, sont
individuellement ignorants de la réalité globale que traite la bureaucratie. La
bureaucratie déresponsabilise l’individu en lui permettant de jeter la balle
ailleurs. L’une des conséquences de la bureaucratie est le volume gigantesque
d’information qui y est créé, souvent extrêmement redondante et surtout
difficile à gérer. L’administration de l’information créée par une bureaucratie
peut souvent devenir plus lourde que les fonctions que la bureaucratie est
sensée administrer en premier lieu.
Les
technologies de l’information offrent toutefois la possibilité d’assister la
charge bureaucratique et la rendre beaucoup plus efficace qu’elle ne l’est
actuellement. Depuis quelques années, la réingénierie administrative est
d’ailleurs en vogue chez plusieurs entreprises et même gouvernements. La
réévaluation des processus administratifs mène généralement à la conclusion
qu’en effectuant certains changements, majoritairement relatifs à l’information
à laquelle les employés ont accès, ceux-ci sont capables de faire beaucoup plus
avec les mêmes employés. La voie suivie en entreprise est toutefois généralement
de faire autant avec moins d’employés. Dans le cas du gouvernement, il est
beaucoup plus avantageux de chercher à faire plus avec autant, plusieurs des
activités du gouvernement pouvant bénéficier énormément de l’apport de
fonctionnaires supplémentaires, si ceux-ci peuvent être réaffectés d’un
département dégraissé (de traduction peu élégante), ou encore de toutes
nouvelles capacités. Cette approche étant souvent favorisée pour sa capacité à
couper des postes, elle est peu populaire. Je la considère toutefois
avantageuse pour sa capacité à faire beaucoup plus avec les mêmes effectifs, le
gouvernement étant si souvent à court de moyens pour être efficace dans
plusieurs fonctions importantes.
La
matérialisation de cette approche serait la création d’un groupe de recherche
affecté à créer la bureaucratie du 21e siècle. Sur la base de la
redondance, la répétition et l’accès à l’information à l’intérieur d’un système
administratif, permettre à une bureaucratie de fonctionner à plein régime et de
s’occuper des tâches qu’elle est sensée accomplir sans être embourbée dans les
technicités. J’ai mentionné l’utilité de digitaliser la totalité de
l’information administrative de l’appareil gouvernemental. C’est ici qu’elle
prend tout son sens. Le défi serait de permettre l’accès intuitif et complet à
l’information désirée de façon instantanée à toutes les fonctions de la
bureaucratie8. Les bénéfices vont cependant beaucoup plus loin que
le gouvernement. Les entreprises privées sont également embourbées par la
lourdeur administrative et ont beaucoup de difficulté à en sortir. Dans toutes
mes expériences de travail, je n’ai qu’à une seule reprise eu l’occasion de
travailler dans une entreprise que je considérerais bien gérée. Toutes les
autres furent au sein d’entreprises au mieux gérées dans un chaos permanent, au
pire tout justes capables de survivre. La seule entreprise où j’ai remarqué une
administration efficace fut une multinationale importante oeuvrant dans un
secteur de services simples. Les petites et moyennes entreprises sont étouffées
par la lourdeur administrative la plus primaire et semblent davantage être
victimes de ces complexités que de mauvaises décisions. La bonne gestion d’une
administration, aussi petite soit-elle, pourrait grandement bénéficier d’outils
allégeant le fardeau bureaucratique primaire et permettant aux entrepreneurs de
se soucier davantage des questions importantes que des redondances
administratives. Toutes les administrations, entreprises, ONG et gouvernements
confondus, ont une large part de redondances et de processus identiques. Les bénéfices
potentiels d’une gestion plus efficace et intuitive de la totalité des
administrations sont immenses et représentent un investissement pour la société
entière.
Malade, la santé?
La science a réussi
à combattre un grand nombre de causes de mortalités depuis quelques décennies.
Les humains ont depuis créé toute une panoplie de causes consciemment
provoquées. La science a répliqué en trouvant toutes sortes de remèdes gérant
les symptômes de ces nouvelles causes, permettant de vivre vieux mais malade.
Les coûts de soins de santé sont appelés à devenir la plus importante dépense
de toutes les sociétés industrialisées au cours des prochaines années. La
profitabilité des industries pharmaceutiques croît avec cette augmentation en
cours depuis plusieurs décennies, en même temps que sont remises en question
ses pratiques9. Il faut mettre en contexte la réalité que la
médecine moderne demeure très inefficace, enfance de la science oblige10.
La pratique pharmaceutique mise, par exemple, principalement sur l’évaluation
statistique de certains traitements sur un échantillon donné. L’industrie
médicale, aussi scientifique soit-elle, repose largement sur une méthode
d’essai et erreur. Elle n’est pas à blâmer bien sur puisque les limites de la
connaissance humaine ne sont simplement pas capables de faire bien mieux.
Il y a toutefois
une contradiction criante entre le système capitaliste et les besoins en
matière de santé: la maladie est plus lucrative que la santé. Il est beaucoup
plus lucratif à l’industrie médicale de traiter les symptômes des maladies que
de guérir complètement plusieurs des maladies, infections et troubles
génétiques. Loin de déclarer que l’industrie médicale a l’objectif sinistre de
maintenir les gens dans la maladie, je ne fais que mettre en évidence un fait
qui, hors de tout doute, influence les décisions des investisseurs et
administrateurs de cette industrie. Si une entreprise développe une cure
simple, peu dispendieuse et très efficace à une maladie, infection ou condition
génétique, elle risque de subir des pertes financières importantes si celle-ci
fut développée à grands coûts. Toute la reconnaissance au monde ne peut faire
disparaître les échéances des créanciers ayant financé les recherches, généralement
extrêmement coûteuses. Il est beaucoup plus lucratif pour une entreprise
médicale de prendre la voie qui la mènera à développer un traitement efficace
des symptômes de la maladie ou condition puisqu’elle implique alors une
dépendance des consommateurs envers son produit. Il est pure naïveté que de
croire que cette réalité n’influence pas fortement l’orientation des recherches
médicales. Il ne s’agit pas là d’une conspiration sinistre ou même d’un plan quelconque,
il ne s’agit que de décisions financières, impossibles à négliger pour une
entreprise. La contradiction vient du fait que dans la nécessité de remplir
leurs obligations envers les actionnaires, les industries pharmaceutiques ne
peuvent se permettre que de suivre la voie la plus lucrative possible. Le
développement de traitements efficaces n’est possible que dans le contexte de
moyens financiers importants, les compagnies pharmaceutiques étant généralement
des corporations à haute teneur en capital ne pouvant se permettre d’autres
options que de suivre la voie du plus haut rendement.
La santé, comme
certaines autres industries11, ne retire aucun avantage de l’échange
au travers des marchés12. Les objectifs fondamentaux de la santé
sont contradictoires avec les fondements du système capitaliste et de plus la
science est la seule matière première de cette industrie, beaucoup plus
efficace dans la coopération que la compétition. La santé, ne retirant aucun avantage
d’un marché compétitif, bénéficierait beaucoup plus d’un système entièrement
public, capable de s’attaquer aux causes et sources de la santé avec beaucoup
plus de sérieux qu’une industrie privée. La prévention de la maladie, une
politique qui ne sera jamais suivie par les entreprises privées puisqu’elle
implique des coûts ayant pour effet direct de réduire leurs revenus futurs, est
de loin l’approche la plus économe et efficace pour l’ensemble d’une société.
Si les maladies, infections et conditions génétiques n’arrivent pas en premier
lieu, la société a beaucoup plus de ressources à consacrer à l’éradication des
maladies non provoquées par l’activité humaine. L’approche classique en
économie sur la réduction des sources de création de maladies, infections et
conditions génétiques est qu’elle impose des coûts élevés aux entreprises
concernées (chimiques, industrielles et autres), ce qui réduirait leur compétitivité.
Une société humaine a toutefois une portée temporelle très longue, plusieurs
millénaires s’il en est possible. Tôt ou tard il sera nécessaire de prendre des
mesures s’il s’avère que le danger est plus grand qu’il n’avait été envisagé.
Les coûts étant exponentiellement plus élevés avec le temps, il est évident que
la solution la plus économe demeure la prévention13. L’importance du
cancer comme source de mortalité de nos jours n’est nullement étranger aux
nombreuses molécules chimiques présentes artificiellement dans nos corps14.
Si ces pratiques imposent déjà des coûts importants en matière de santé, il va
de soi que dans l’ensemble, l’économie n’est pas amputée sérieusement par
contrôle des sources de troubles de santé si les coûts de santé représentent un
coût global de toute façon. Que la société paie $1 milliards pour réduire la
toxicité de procédés industriels ou paie ce milliard en soins de santé est
sensiblement comparable. Évidemment la balance n’est pas toujours égale,
parfois positive et parfois négative pour la prévention, mais sur le long terme
il est évident qu’elle est positive sur la prévention alors que la recherche
pour éliminer ou remplacer efficacement les causes de troubles de santé
stimulerait l’innovation scientifique. Ceci est d’ailleurs aussi vrai dans un
système public, financé par les impôts, que dans un système privé, financé par
des versements d’assurances.
L’exercice physique
est une autre de ces méthodes de prévention des troubles de santé qui est très
avantageuse à long terme, tout comme une bonne alimentation. Les mérites d’un
mode de vie sain ne sont pas à remettre en question avec le volume de
littérature scientifique à cet effet. Un système de santé entièrement public
serait beaucoup plus apte à mettre en place des incitatifs positifs à
l’adoption de ces modes de prévention des troubles de santé, de la petite école
au style de vie adulte. L’éducation peut également jouer un rôle important par
l’acquisition de pratiques et connaissances de base en matière de santé. Une
faille importante d’un système de santé public est l’abus de certains individus
courant chez le médecin au moindre prétexte. Pourtant, une éducation minimale
en matière de santé, des symptômes et conditions, ainsi que certains outils de
connaissance pourraient alléger massivement le système de ces abus. La saison
de la grippe est particulièrement problématique, les citoyens allant chez le
médecin simplement pour se faire recommander de prendre du repos et boire
beaucoup d’eau. Une simple éducation pourrait diminuer de telles situations et
permettre l’utilisation optimale des ressources médicales. Des outils
diagnostics intelligents seront également une possibilité d’ici quelques
années, libérant davantage les ouvriers de la santé aux tâches importantes.
L’une des
utilisations particulièrement majeures du superordinateur serait dans sa
capacité à simuler des modèles biologiques identiques à la réalité, capables
d’assister la recherche médicale par l’automatisation de nombreuses étapes de
recherche. Un travail important sur l’évaluation du génome individuel de chaque
citoyen, sur la base de données accumulées par simulation, pourrait développer
progressivement des cures réelles aux maladies, infections et conditions
génétiques que ne peut guérir la médecine moderne à base pharmaceutique. Un
projet de simulation du vivant n’a rien de fantastique, de tels projets sont
déjà existants dans certaines universités.15 Les simulations y sont
beaucoup plus modestes qu’un être humain dans sa totalité, mais les résultats
dépendent des moyens investis. Les ressources libérées par une prévention
efficace des maladies, des coûts de médicaments beaucoup moins élevés et une
éducation minimale des soins de santé pour tous les citoyens pourraient allouer
les ressources nécessaires à un tel projet, promettant de biens meilleurs
résultats que l’approche actuelle.
Et si le revenu était basé sur le mérite?
Un dirigeant
d’entreprise ou athlète professionnel empochant cent fois le salaire moyen des
travailleurs d’un système économique a-t-il travaillé cent fois plus fort que
le travailleur moyen, tous efforts confondus? Quiconque a-t-il déjà investi des
efforts vraiment équivalents à ne serait-ce que dix fois les efforts du
travailleur moyen d’aujourd’hui, qui a en moyenne un diplôme collégial ou
technique, travaille quarante heures par semaine et élève une famille? S’il
existe un critère pour lequel tous, employés, entrepreneurs, syndicalistes,
travailleurs autonomes et investisseurs confondus, s’entendent au niveau du
travail est que le revenu devrait être relatif aux efforts investis dans le
travail accompli, tenant compte des efforts externes comme la scolarité, les
connaissances, les mises à niveau, les responsabilités et autres. Personne
n’affirmerait, du moins publiquement, que le revenu salarial ne devrait pas
être en fonction du mérite selon l’effort accompli. Certains individus n’ont
toutefois jamais travaillé plus de quelques heures par mois, voire jamais,
durant toute leur vie et jouissent d’une richesse équivalente à plusieurs
milliers d’individus. D’autres travailleront toute leur vie dans des conditions
difficiles, travaillant plus d’heures par semaine que certains en travaillent
au mois, élevant également une famille et ne récoltant à peine suffisamment
pour survivre. Valeurs morales, sociales et politiques mises de côté, personne
ne reconnaîtrait que le marché du travail actuel récompense le travail sur la
base de critères tangibles et justes de mérite.
La justice n’est
toutefois pas une valeur ambiguë et idéaliste, elle est ancrée chez tous les
individus aussi fermement que leur besoin de respirer, boire et manger. La notion
de justice est évidemment bien différente chez chaque individu. Celle
d’injustice, toutefois, est universelle chez tous les humains qui la subissent.
Même les plus machiavéliques des réalistes politiques crieraient à l’injustice
s’ils devaient la subir personnellement, même là où ils la considèrent juste si
d’autres doivent la subir. Le fait d’être rémunéré en deçà de la valeur du
travail qu’on apporte à la société fut un point de litige important des
conflits syndicaux du début du 20e siècle. Les ouvriers effectuaient
tout le travail alors que les dirigeants ne semblaient qu’en profiter dans
leurs bureaux luxueux. La réalité est bien entendu plus complexe que cette
caricature, les dirigeants effectuaient bien sur un travail important, quoique
différent et difficile à cerner pour cette époque. Tout travail mérite un
salaire juste, basé sur un mérite reconnu et accepté de tous. Est-ce qu’il
serait alors possible d’établir une échelle de salaire sur la base du mérite?
Une qui ne créerait pas d’absurdités comme le système français, critiqué pour
écarter le mérite au profit du simple critère d’ancienneté? Est-ce qu’il est
possible à des êtres humains d’alunir? Visiter les plaines désertiques de Mars?
Visiter les anneaux de Saturne? Beaucoup de défis semblent impossibles à
première vue, ce n’est que lorsqu’on commence à les aborder qu’on remarque que
tout est possible. L’humanité a présentement des sondes spatiales ayant dépassé
les limites du système solaire, alors que l’être humain le plus débrouillard de
l’histoire humaine pourrait à peine survenir à ses besoins pour atteindre
l’espérance de vie moyenne de nos sociétés modernes, encore moins créer la
moindre chose de valeur pour l’avenir.
Je propose ainsi
l’instauration de critères de revenus établissant des fourchettes, plutôt que
des chiffres fixes, de revenus acceptables à partir d’une formule votée
unanimement en assemblée démocratique et ayant pour seul objectif d’assurer que
tout individu effectuant un travail en retire un salaire basé sur des critères
universellement acceptés de mérite. Que tout gain soit basé sur le mérite juste
et équitable. Des critères potentiels seraient: les heures travaillées, la
régularité ou irrégularité de ces heures, l’expérience, l’ancienneté, la
scolarité, la responsabilité individuelle, la charge administrative, la gestion
d’autres individus, la nécessité de mise à jour ou scolarité, l’effort
physique, l’effort intellectuel et bien d’autres. Les plus critiques envers
cette proposition seront évidemment ceux qui empochent un salaire non justifié
pour leur travail. La justice peut être relative mais l’injustice ne l’est
généralement pas. S’ils y voient un sacrifice, ils doivent comprendre que
celui-ci n’est exigé que parce qu’il y a injustice en premier lieu. De
l’injustice à la justice, les sacrifices sont inévitables pour ceux qui
profitent de l’injustice. À la limite, un individu peut, par une combinaison
incroyable de connaissances, responsabilité, scolarité, expérience et efforts
intellectuels, effectuer l’équivalent du travail de dix êtres humains moyens.
Certains êtres sont exceptionnels et capables d’efforts imposants. Ils n’en
constituent pas davantage une armée. L’humanité s’est bâtie sur la communauté,
sur une intelligence collective qui a permis de bâtir des sociétés, les
sciences, la littérature, les arts et une multitude de réalisations
complètement hors de portée pour un individu seul. Le cœur est beaucoup plus
important que le petit orteil dans le corps humain. Il n’en demeure pas moins
que le petit orteil est vital, aussi insignifiant semble-t-il, à la performance
optimale du corps. Un athlète, pour qui son corps est son outil de travail,
peut en témoigner. La performance optimale requiert le bon fonctionnement de
tous les éléments. La société utilise les corps politique et économique comme
outil de travail. Toutes les parties ne sont pas vitales, mais toutes ont une
raison d’être et une fonction importante, du médecin à l’éboueur, enseignant et
commis inclus.
L’approche
classique des bonus de performance et options sur actions, généralement
réservée aux exécutifs, aurait d’ailleurs avantage à être étendue à tous les
employés d’une entreprise de façon systématique. Tous les employés seraient
ainsi aussi concernés que les directeurs par la performance de l’entreprise et
la propriété de sa propre entreprise résultant d’options sur actions, par
exemple rendre déductible d’impôts l’achat d’actions de l’entreprise où on
travaille, augmenterait le sentiment de société dans les. Il y a une
contradiction incroyable dans le système de rémunération des employés sur la
base du capitalisme moderne. Les employés sont attendus de donner le maximum de
leurs efforts sans pour autant en recevoir de dividendes équivalents. Tout
travail devrait récolter une rémunération proportionnelle et à ceci le partage
de profits est certes l’approche la plus logique.
Démocratiser l’économie
« Vous pouvez
avoir la concentration de la richesse entre les mains de quelques individus, ou
la démocratie. »
- Louis Brandeis, ancien
chef de la Cour Suprême américaine
Le politique ne se
limite pas aux actions et opérations de l’état. Le politique est l’interaction
d’individus aux seins d’une communauté quelconque. Peu importe l’arène
politique, un club social, une assemblée législative, un groupe d’amis, la
démocratie est admissible et largement adoptée. Le système corporatif privé,
cependant, est essentiellement totalitaire. Bien qu’il soit justifié pour des
raisons administratives que certains individus aient préséance sur d’autres, il
est très rare qu’il soit justifié d’agir en autocratie. Les meilleures idées
proviennent toujours de la pensée collective et les erreurs, voire les
catastrophes, sont majoritairement causées par des individus bornés croyant
fermement avoir raison malgré les objections des autres. Dans une situation
d’urgence, où le stress social transforme les réactions individuelles, une
foule humaine peut devenir d’une stupidité exemplaire. Dans une situation
ordonnée, toutefois, la foule est toujours beaucoup plus intelligente que l’individu,
aussi brillant soit-il. Ce qui importe est l’environnement et les conditions
dans lesquels le débat démocratique est mené. La justification de la stupidité
d’une foule est aussi applicable à un individu sur des principes quelques peu
différents mais néanmoins comparables. Les expériences de Pavlov et Milgram ont
démontré que tout individu est prédisposé à être influencé négativement si les
conditions sont idéales. Avec les influences psychologiques appropriées, Mère
Thérésa aurait pu être élevée pour devenir assassin et Winston Churchill pour
être l’idiot du village. Les capacités innées des individus ne sont pertinentes
que dans la mesure où elles sont fructifiées positivement. Quiconque peut être
conditionné pour être un parfait nazi.
Malgré les prétentions
populaires de secret professionnel, la grande majorité des entreprises opèrent
pratiquement de la même façon. Une infime différence dans le code génétique
d’un individu influence radicalement la personnalité, malgré le fait que nous
partagions tous la presque totalité de ce même code. Chaque entreprise opère de
façon différente sur plusieurs sujets, mais la grande majorité de leurs
opérations demeurent parfaitement identiques à toutes les autres. Le secret des
opérations au sein d’une entreprise n’est pas ce qui garantit le succès, c’est
ce qu’elle produit en définitive. Les moyens qu’elle utilise pour y parvenir
déterminent ce résultat mais en finalité c’est le produit ou service qu’elle
offre qui fait la différence, les moyens étant si majoritairement redondants
partout dans l’économie. Le secret dans les opérations corporatives est
toutefois une des plus importantes causes d’instabilité dans les systèmes
économiques. Le secret des opérations est une couverture à l’incompétence et à
l’erreur alors que le système boursier mondial s’est bâti autour de la capacité
à prédire ces mêmes opérations plutôt qu’autour des opérations elles-mêmes. Il
est bien triste d’observer le système boursier mondial, essentiellement un
vaste casino où tous les joueurs comptent les cartes, et constater que tant
d’individus y voient un domaine sérieux. Des économies entières sont jouées sur
la capacité de quelques analystes, armés de logiciels spécialisés, à prédire
comment les autres analystes prédiront ces mêmes résultats.
Plutôt que de baser
le système international de financement sur la connaissance et l’analyse des
opérations réelles, il fut basé sur la capacité à prédire ces connaissances par
l’analyse des réactions que les autres analystes auront face à la connaissance
de quelques pièces du puzzle. La réalité est aussi vague que cette dernière
phrase. Tous savent parfaitement que le système ne tient sur aucune base
logique, mais personne ne s’en retirera volontairement puisque ceux qui en
sortent sont perdants à moins que tous ne s’en retirent, ce qui n’arrivera
jamais sur une base volontaire. Les fondements de ce système économique
permettent aux maillons faibles de survivre en adoptant des comportements
compensatoires. Beaucoup d’entreprises se sont bâties non pas sur la compétence
de ses fondateurs mais sur leur capacité à couvrir leur incompétence, par des
comportements prédateurs ou du bluffe professionnel par exemple. La question
importante à poser est si nous désirons un système où le mérite véritable
détermine ceux qui auront du succès ou si nous acceptons un système où les
incompétents, les tricheurs et les manipulateurs peuvent avoir du succès en
donnant l’illusion de compétence, parfois au détriment de ceux ayant de
véritables compétences. Préférons-nous continuer de prétendre que la toge de
l’empereur est magnifique? Ou serait-il plus avantageux de reconnaître enfin
qu’il n’est qu’en fait habillé de ses sous-vêtements?
Je considère
préférable que le système économique, tout comme le système politique, favorise
ceux qui sont réellement compétents, ceux qui sont capables d’expliquer leurs
actions et décisions sans avoir besoin d’en cacher les justifications ou
comment ils y sont arrivés. Ce sont les moyens par lesquels les individus
parviennent à leurs fins qui déterminent leurs compétences réelles. Trop
longtemps les tricheurs, les menteurs, les manipulateurs ont pu passer entre
les mailles et survivre là où ils n’auraient jamais du mettre les pieds. Sur
cette base, je propose l’élimination graduelle du privilège du secret pour les
compagnies enregistrées, privées et publiques, de façon à baser le système
économique sur un mérite reconnu, ne permettant plus aux maillons faibles de
survivre par le couvert de ce privilège. Le secret en entreprise a quelques
justifications, mais elles sont bien faibles en comparaison avec les
conséquences négatives qui en résultent. Mener ceci n’aura pas les impacts
désastreux que certains sceptiques pourraient prédire. Les industries
automobiles et les pétrolières sont un exemple parfait de ceci. Ces industries
sont carrément incestueuses, partageant opérations, secrets professionnels et
même cadres dirigeants entres elles. Les constructeurs automobiles en ont
récolté une capacité plus importante à innover et absorber les coûts des nouvelles
techniques sans pour autant perdre de compétitivité. De nombreux secteurs des
technologies de l’information travaillent également en étroite collaboration et
en récoltent également une plus grande vitesse d’innovation. Enron est un
exemple pervers de l’envers de cette médaille, où l’immoralité la plus totale a
mené un des plus grands actes criminels de l’histoire économique. La
collaboration de nombreuses entreprises occidentales avec le régime Nazi16
et plusieurs autres dictateurs dans le monde est également une triste réalité
du couvert des opérations secrètes. Il sera certes complexe de procéder à de
tels changements. Les bénéfices à long terme en valent toutefois l’effort. La
façon de procéder sera déterminante pour le succès de cette entreprise,
particulièrement sa transparence.
Systématiser les règles du travail
Lors de l’émergence des économies modernes, les
considérations humaines furent largement ignorées, simple continuation de notre
passé, et les conditions sociales du rapprochement urbain permirent les
premières organisations revendiquant la reconnaissance des droits humains
fondamentaux. Le droit à la vie était utopique à cette époque et les ouvriers
étaient du capital usable et remplaçable par l’élite aristocratique de
l’époque. Les conditions de travail y étaient horribles et les luttes
syndicales qui ont suivi étaient le naturel inévitable de l’être humain,
toujours prêt à se battre pour la liberté et la justice. Les syndicats furent
d'un incroyable bénéfice lors des premières décennies de l'industrialisation.
Sans les syndicats, nous aurions difficilement atteint le niveau de vie que
nous avons présentement puisque aucune organisation n’aurait été assez forte
pour exercer des pressions sur les gouvernements, peu enclins aux considérations
contraires aux intérêts de l’élite ploutocratique17. Les
gouvernements ont constamment été obstacle à l’évolution sociale et c’est en
s’unissant dans une cause commune que les populations occidentales ont pu
revendiquer leurs droits les premiers. Toutefois les syndicats n’ont pas su
échapper à l’influence corrosive du pouvoir et ne sont aujourd’hui que l’ombre
de ce qu’ils étaient autrefois.
Les syndicats ont souvent dépassé leurs mandats et dans
plusieurs aspects la syndicalisation fut un appel à la paresse. Un mot d’ordre
classique dans les syndicats est parfois de chercher à faire le moins possible
et revendiquer pour revendiquer. Les syndicats sont également souvent témoins
de luttes de pouvoir futiles et imposent des conditions souvent néfastes au bon
développement des individus, notamment des règles favorisant l’ancienneté
au-devant de la compétence. Au Québec, où j’habite, le problème a pris une
ampleur presque épidémique avec de nombreux projets empoisonnés par de
manigances syndicales. Des protections sur l’emploi sont évidemment nécessaires
dans un système économique puisque nous connaissons trop intimement les
conséquences de l’abus de la part des employeurs. Il y a toutefois certainement
des manières plus saines et efficaces de protéger les droits des employés sans
avoir recours à un système massif de syndicalisation. Normalement, les règles
de protection minimales des employés devraient être accordées par le
gouvernement, étant des droits fondamentaux rationnels et particulièrement
fondés sur une réalité bien connue dont l’histoire peut témoigner. L’incapacité
de certains gouvernements à faire respecter ces droits témoigne du déséquilibre
social entre les forces économiques des employés et des employeurs.
Le respect des droits des travailleurs ne sera jamais
une préoccupation des entreprises que s’il leur est plus avantageux
économiquement de l’assurer. Une entreprise peut négliger bien des éléments
externes dans les décisions qu’elle prend, mais elle ne peut jamais ignorer les
coûts économiques. S’il est avantageux économiquement pour un employeur d’avoir
des employés satisfaits, elle y mettra tous les efforts en son pouvoir. S’il
est déséconomique pour une entreprise de brimer les droits de ses employés,
elle prêtera une attention très soutenue à éviter de tels choix. Il n’y a aucun
avantage économique au niveau de la production interne et de la santé de
l’économie en général à un environnement de travail négligeant le bien-être des
employés. Des employés heureux et concernés par les intérêts de l’entreprise
seront toujours plus intéressés à sa performance économique et des citoyens
bien rémunérés sont la base de l’économie de masse. Cette réalité est toutefois
difficile à prendre en considération dans un contexte d’entreprise et peut
facilement être négligée. Les entreprises font toutefois partie d’un tout et la
santé générale de l’économie est plus importante à long terme que les bénéfices
à court terme d’une entreprise. Si le bien-être des employés impliquerait des
incitatifs bénéfiques aux entreprises et les abus des pénalités antiéconomiques,
les entreprises prêteraient une oreille bien plus intéressée aux conditions de
travail.
Une entreprise ne prend ses décisions que sur une base
économique et dans le seul et unique but de maximiser ses profits, du moins
selon la théorie économique en vigueur. Si la maximisation des profits passe
par le bien-être et la participation personnelle des employés dans les affaires
de l’entreprise, c’est-à-dire en fonctionnant plus démocratiquement, alors les entreprises
y prêteront autant d’attention qu’à toutes les autres variables impliquées dans
la maximisation des profits. L’un des piliers du système capitaliste moderne
est que chaque acteur économique cherche d’abord à satisfaire ses propres
intérêts économiques. Si les intérêts économiques d’une entreprise impliquent
de fait les intérêts de ses employés, il n’y aura alors plus de conflit entre
les producteurs et les travailleurs puisque chacun profitera de la réussite de
l’autre. Cette satisfaction des intérêts est à la fois une question de justice
et d’efficacité économique.
Je n’encourage pas ici l’élimination des syndicats,
j’encourage une approche cherchant des alternatives dans lesquelles les
intérêts des entreprises seraient tellement liés aux intérêts de leurs employés
que les syndicats deviendraient désuets, les entreprises prenant les décisions
conscientes de respecter les droits de leurs employés pour leur propre
bénéfice. Le parasitisme économique ne bénéficie jamais plus qu’une faible
minorité de la société et son efficacité est dérisoire à long terme. Que les
syndicats soient encore nécessaires dans nos sociétés, que le respect des
droits les plus élémentaires soit encore un combat entre intérêts conflictuels,
est un triste gage de la primitivité de nos systèmes socio-économiques. La
prospérité durable d’une économie est étroitement liée à l’équilibre des forces
sociales et il n’y a pas meilleur équilibre que lorsque les forces en jeu
bénéficient mutuellement de la prospérité comparative des autres. Le
gouvernement a déjà des règles du travail. S’il les applique correctement et
avec justice, les travailleurs ne devraient pas avoir recours à des
institutions externes pour faire valoir leurs droits. Le gouvernement ne
devrait pas travailler contre ses citoyens mais bien pour eux, les servir et
leur assurer de vivre en justice et liberté. Si les employeurs bénéficient du
bien-être des employés et vice-versa, alors les forces seront équilibrées et
motivées par la réussite de toutes les forces. Appliquer ceci pourrait tout
simplement être garanti par une application sévère des normes du travail
imposant des sanctions punitives monétaires très sévères aux entreprises,
relatives à leur chiffre d’affaire, lorsqu’elles font infraction à ces normes.
Alternativement, l’abus injuste de ces normes par des travailleurs devrait les
punir assez pour dissuader de telles situations. L’arbitrage devrait être
assuré de façon indépendante des intérêts politiques et assurant le plus strict
respect de la justice en situation de travail. Si la protection des intérêts
des travailleurs est systématique à l’ordre social et une partie intégrante de
la justice la plus élémentaire, les syndicats mourront d’une mort naturelle
suivant leur désuétude éventuelle, se voyant remplacer par une justice naturelle.
Le crime
paie
« La leçon a déjà apprise avec la prohibition
d’alcool. Nous avons essayé de bâtir une société sans alcool et avons fini avec
une large entreprise criminelle, la corruption du gouvernement, des enfants
attirés vers le crime organisé et une violence aléatoire qui prit la vie
d’innombrables innocents. »
- Kurt Schmoke, ancien maire de Baltimore
Et c’est justement pourquoi il est si omniprésent dans
les sociétés modernes. Il y a bien longtemps que le crime ne fut une priorité
politique. Sa gestion est souvent discutée, mais ses causes sont largement
ignorées. Une particularité du crime est que si on en retire la profitabilité,
il disparaît naturellement, n’ayant plus de raison de vivre. Est-ce qu’il est
si difficile d’éliminer la profitabilité des activités criminelles? À commencer
par les plus importantes sources de financement, on pourrait empêcher plusieurs
milliards de dollars chaque année de passer en main criminelle. Les activités
criminelles les plus lucratives sont le trafic de drogues illégales, la
prostitution et la fraude. Couplé aux paradis fiscaux et autres failles
monétaires dans les banques et bourses permettant de blanchir l’argent, ces
activités forment la majorité des revenus du crime organisé.
Ainsi, si on légalisait toutes les drogues, les
formalisait dans un système similaire aux sociétés gouvernementales des
alcools, environ $400 milliards18 en revenus annuels seraient
éliminés du crime organisé international. Il n’y aurait à peu près aucune conséquence
directe, les drogues étant déjà aussi présentes dans la société que si elles
étaient légales. La seule conséquence directe de la prohibition de certaines
substances est d’amplifier les problèmes par l’absence de traitement, créer les
problèmes d’impureté et subventionner directement le crime organisé d’environ
$400 milliards annuellement. La prohibition d’alcool aux États-Unis au début du
siècle dernier a fourni une preuve concrète de l’échec de la politique de la
prohibition. L’approche de la prévention et du traitement est de loin plus
efficace, étant une option beaucoup plus efficace que l’approche actuelle avec
ses conséquences désastreuses et la pathologie de continuer une politique
d’échec. La marijuana constitue environ 75% de l’usage des drogues illégales et
peut être cultivé sur une base individuelle, rendant complètement inutile
l’existence d’un marché de trafic. La légalisation de la marijuana aurait
également pour effet de remettre le chanvre sur le marché industriel, étant
l’une des plantes ayant les plus larges usages industriels de la planète.
La prostitution est également une réalité de l’humanité
depuis ses touts débuts, surnommée d’ailleurs le plus vieux métier du monde.
Légale ou non, elle existe. Son illégalité ne fait que créer plusieurs
problèmes sans en adresser la nature et gaspillant des ressources policières
qui seraient mieux utilisées ailleurs et évitant souffrance pour les
inévitables travailleuses du sexe. La fraude n’est possible que par des
législations trop faibles sur la propriété monétaire et est facilitée par les
paradis fiscaux. Sans paradis fiscaux et avec l’impossibilité d’utiliser
l’argent illégal dans l’économie tuerait de fait le crime organisé, lui coupant
de fait toute raison d’être. En éliminant les paradis fiscaux, l’humanité
ferait deux pierres d’un coup en éliminant également la fraude corporative. Le
crime corporatif est évalué entre $300 et $500 milliards annuellement aux
États-Unis et de proportion similaire au Canada, soit un montant supérieur à
$1,000 milliards pour l’économie mondiale. C’est pourtant le crime le plus
facile à combattre, pouvant être éliminé par la combinaison de l’élimination
des paradis fiscaux, de lois plus sévères sur les transferts monétaires de
grands capitaux, l’élimination de l’argent comptant et une comptabilité
uniformisée pour l’ensemble de chaque économie.
Éliminer l’argent comptant? Oui, il est grand temps de
faire usage universel d’argent électronique, éliminant de fait tout accès aux
liquidités pour le crime organisé. Le potentiel de risque si souvent mentionné
est nul si le programme en question est entièrement ouvert au public, sur
l’ensemble de ses processus et technologies. Précisons que la sécurité en
informatique ne tient pas du secret mais des algorithmes d’encryptions. Une
conséquence avantageuse est que tous les citoyens auraient un budget
automatique en temps réel relevé par leur institution bancaires, facilitant la
bonne gestion des dépenses personnelles. Éliminer les paradis fiscaux ne serait
pas une difficulté particulière. L’existence de ces absurdités est d’ailleurs
un témoignage vivant du manque de sérieux accordé à l’élimination du crime. Quelques
rares individus existent peut-être quelque part, criminels par choix. La voie
du crime est toutefois choisie pour les revenus immenses qui peuvent y être
gagnés. Si le crime ne paie plus, littéralement, il n’y aura simplement plus de
raison d’y avoir recours. Il y a beaucoup de mesures pouvant être menées
éliminant purement et simplement les revenus du crime organisé. Choisir cette
voie implique toutefois reconnaître certaines erreurs pathologiques et plus de
sérieux quant à l’attaque des causes.
Repenser le
transport
Les récents progrès en énergie ouvrent la voie à
l’évaluation de nouvelles approches aux systèmes routiers actuels. Plusieurs
découvertes permettent de repenser le transport, de développer un système plus
efficace et respectant certaines consignes désirables en matière de pollution, gestion
des congestions et autres aspects problématiques des systèmes routiers modernes.
Ça pourrait prendre une décennie, peut-être même deux, mais il faut bien commencer
quelque part. Les retombées technologiques et économiques d’un tel projet sont
immenses alors que l’objectif en soi, un transport plus efficace, transformerait
positivement nos sociétés. Je propose ainsi un projet international cherchant
les alternatives les plus intéressantes au transport du 21e siècle.
Avec un bon jury et une prime à quiconque trouve la meilleure idée, il est
inévitable que quelqu'un parviendra à trouver des solutions plus efficaces et
économes que l’approche actuelle. Nous ne savons pas quand la fin du pétrole se
matérialisera, mais nous avons à notre portée la capacité de faire une
transition en douceur. Le X-Prize, avec une prime de $10 million, a démontré
l’efficacité d’incitatifs financiers pour atteindre un objectif important.
Cette approche pourrait être étendue à de nombreux autres objectifs
souhaitables à grande échelle.
Des avantages particuliers qu’un nouveau système de
transport pourrait présenter serait la combinaison des avantages des rails électrique,
approvisionnant en énergie le véhicule plutôt qu’il fournisse sa propre énergie,
avec la mobilité des véhicules individuels. Rails électriques et véhicules
individuels. On ne pourrait plus aller hors route, mais pour la grande majorité
des gens ce n’est pas nécessaire de toute façon. Les véhicules hors route,
notamment la machinerie agricole, ne nécessitent que peu de distance et
pourrait probablement être de simples exceptions. Avec une nouvelle source
énergétique, qui pourrait notamment être un objectif du projet, il serait
possible d’approvisionner un parc de véhicules autonomes contrôlés par systèmes
automatiques, éliminant de fait les accidents de la route. De tels projets ont
déjà été testés, notamment en Californie, avec un succès étonnant. L’évolution
actuelle des technologies pertinentes au transport permet pleinement de passer
à des modes complètements repensés, tant au niveau du transport des
marchandises que du transport individuel, de courte et longue distance.
L’humanité
est un choix conscient
« Si la misère de nos
pauvres est causée non pas par des lois naturelles, mais par nos institutions,
grand est notre péché. »
- Charles Darwin
"En politique, rien
n'arrive jamais par accident. Si c'est arrivé, vous pouvez gager que c'a été
planifié de cette façon."
- Franklin D. Roosevelt
« L’humanité doit
mettre fin à la guerre, ou la guerre mettra fin à l’humanité. La guerre
existera jusqu’au jour distant où le protestataire consciencieux appréciera la
même réputation et prestige que le guerrier apprécie aujourd’hui »
- John F. Kennedy
« L’occident a gagné le
monde non pas par la supériorité de ses idées ou valeurs ou religion mais
plutôt par sa supériorité à appliquer la violence organisée. Les occidentaux
oublient souvent ce fait, les non-occidentaux ne l’oublient jamais. »
- Samuel P. Huntington
Toutes les réalités de nos
sociétés modernes, tant les bonnes que les mauvaises, sont le résultat direct
d’une ou plusieurs décisions humaines conscientes. La famine, les arts, la
guerre, l’industrialisation, la dictature, la médecine, la pollution, la
liberté individuelle, l’esclavage, l’égalité des droits, la pauvreté, la classe
moyenne, l’injustice, la justice; toutes ces réalités de notre historique
politique se sont concrétisées suite à des décisions conscientes prises par des
humains et mises en application par d’autres humains. Les conséquences sont rarement planifiées,
mais les décisions qui les ont générées l’ont été. Rien n’est inévitable ou
absolu puisque la société est en soit une création entièrement humaine.
Façonnée depuis des milliers d’années par des milliards d’acteurs, généralement
inconscients des conséquences globales de leurs actions et décisions, la
société humaine a été créée, brique par brique, par des humains et pour des
humains. Une grande partie de ces réalités a été créée par des philosophies
sociales, celles dominant les sphères politiques et économiques cherchant
généralement à satisfaire les désirs de ceux qui les contrôlent et à justifier
l’utilité de ce contrôle.
La nature détermine les
règles les plus fondamentales qui régissent notre univers physique. Les lois de
la physique et de la chimie contrôlent la totalité des phénomènes naturels et
expliquent leurs actions et processus, du photon au volcan en passant par
l’être humain et les plantes. Dès lors que les comportements humains sont politiques, impliquant d’autres
individus en association, les règles de la nature sont contournables,
modifiables voire même négligeables. L’humanité a créé une culture de partage
de la connaissance et de solidarité qui lui permit d’établir les fondations de
sociétés organisées. Dès lors que l’évolution de nos ancêtres culmina par la
communication complexe et son partage à travers la terre et le temps, au moyen
de l’écriture, l’humain commença à maîtriser son environnement et à se délivrer
de plusieurs règles naturelles. La science commença à expliquer les choses avec
précision et objectivité et allait permettre la transformation consciente de
l’environnement naturel ainsi que la création d’un environnement social
complexe.
Tous les aspects de notre évolution
ont été marqués par l’intervention de millions d’individus au fil de décisions
et actions antérieures qui ont guidé
notre cheminement. Les humains ont créé puis transformé leurs sociétés. Certes,
nous sommes encore soumis aux cycles de nos écosystèmes et aux lois de la
nature, mais nous avons la capacité d’adapter à nos besoins pratiquement toutes
ces particularités. Toutefois la grande majorité de ce qui est caractéristique
à nos sociétés est le résultat de décisions humaines, contemporaines ou
historiques. Les humains ont le plein pouvoir de leurs sociétés et décident
d’absolument tout ce qui s’y passe.
Les lois et institutions
d'un gouvernement sont de loin les variables les plus importantes dans une société
organisée puisque ce sont celles qui ont le plus d'impact sur la vie
quotidienne des citoyens et le fonctionnement général de la société. Dans toute
nation, ce sont d'abord les lois et le système politique qui influencent la vie
quotidienne de la société. Aucune action, institution ou citoyen n'est immunisé
des lois et des forces gouvernementales. Tout y est soumis, même si ce n'est que
sous une influence indirecte. Ces lois ont toutes été décidées consciemment par
un ou plusieurs individus, elles sont toutes le résultat de décisions humaines
conscientes. Évidemment, dans la démocratie, ces lois sont toutes sous notre
pouvoir. La plupart des lois importantes de nos sociétés ont d’ailleurs été le
résultat du travail de groupes de citoyens combattant le statu quo à une autre
époque.
Aussi vrai que tout est consciemment
décidé, tout peut être changé à notre guise. Si un monde sans guerre est désiré
de la grande majorité de la planète, il ne s'agit que d'une volonté politique
suffisante pour y parvenir, il n’y a aucun obstacle naturel nous en empêchant.
Il en est de même pour le crime organisé, la pauvreté, la pollution et la
plupart des aspects indésirables de nos sociétés. Les seuls obstacles à la
réalisation de tels objectifs sont humains. Le gouvernement est à la fois le
créateur principal de la dynamique sociale et son plus gros obstacle. La
majorité des humains de la planète voudraient voir la guerre, le crime, la
pollution, la tyrannie et la misère éliminés. La volonté sociale est bien
existante mais seuls les gouvernements sont capables d’y mener les actions
concrètes. Sans ses fonctionnaires et dirigeants, un gouvernement n’est que bâtisses
et paperasse. Ce sont les individus y travaillant qui sont le gouvernement. Le
gouvernement n’est pas une entité quelconque ayant sa propre conscience, le
gouvernement est d’abord et avant tout les individus que nous choisissons pour
y travailler.
Le travail vers la
démocratie n’est pas terminé. Les prochaines étapes seront particulièrement
intéressantes puisque les dynamiques politiques ont aujourd’hui des capacités
impensables, obligeant les gouvernements à réévaluer plusieurs réalités,
surtout avec les nombreuses révolutions en science des récentes années et
toutes celles qui sont à venir. Les fondations de nos sociétés datent de plus
de trois cent ans et n’ont pas évolué assez rapidement pour suivre l’évolution
culturelle. Il est facile d’oublier que la science et la société moderne n’ont
vraiment guère plus que quelques décennies. Les révolutions scientifiques que
nous avons connues sont insignifiantes comparé aux capacités futures de
l’innovation technologique et aux bouleversements possibles sur les dynamiques
sociales. L’évolution scientifique est exponentielle et n’a de limite, encore
une fois, que la volonté politique (ne se limitant pas au gouvernement mais
bien au sens d’association d’individus) de lui fournir tous les outils
nécessaires et de lui retirer les obstacles. Il y a toutefois le danger réel
qu’un gouvernement puisse tourner ces inventions contre la société qui les a
créées et écrive un nouveau chapitre du grand livre du totalitarisme. Le
pouvoir démocratique a des capacités bien supérieures à ce qu’il accomplit
présentement, des capacités qui élimineraient à jamais toute possibilité d’abus
de pouvoir politique. La politique moderne est une moquerie de ce que
représente la vraie démocratie, une caricature amateur qui trébuche sur ses
propres pieds. La responsabilité est toutefois la nôtre puisque rien ne nous
force à n’avoir qu’une semi démocratie. Les humains sont plus habitués à
retrousser leurs manches pour mener des efforts physiques. Ce n’est toutefois
pas là la force principale de l’être humain. Sa force est de créer ce qui
n’existerait pas naturellement pour accroître son bien-être. Ceux qui sont
sceptiques n’ont qu’à comparer notre monde aujourd’hui à ce qu’il était il y a
cinq cent ans. Heureusement, pour y arriver, il suffit d’y penser et d’y mettre
l’effort nécessaire. C’est beaucoup plus facile qu’il ne le parait. Les
politiciens ont réussi à créer l’illusion que la politique est complexe alors
que le bon sens et l’objectivité sont amplement suffisants pour y faire des choses
grandioses. La volonté et le respect semblent difficilement prendre place en
politique, mais ce n’est qu’une question d’évolution.
La démocratie peut faire
beaucoup mieux parce que nous en avons le pouvoir explicite. Il y a toujours
quelqu'un qui choisit, toutes les décisions ont un ou des décideurs conscients.
Si nous, le peuple, ne décidons pas, alors quelqu'un d’autre choisit. On peut
choisir, ou on peut laisser quelqu'un d’autre choisir, mais ça aussi c’est un
choix. Beaucoup des utopies inatteignables d’il y a quelques décennies ou
siècles sont aujourd’hui banalités. Les obstacles peuvent sembler difficiles à
surmonter, mais dans quelques années, ils ne seront qu’un vieux souvenir. Il
est fréquent de mentionner que les humains n’aiment pas le changement et qu’ils
y sont résistants. Pourtant la révolte
sociale est une monnaie courante dans notre histoire et elle vise précisément
le changement. Cette réaction est en fait l’insistance à maintenir au moins les
acquis actuels. La résistance au changement ne provient que de la crainte qu’en
conséquence on y serait perdant. Pourtant la plupart des changements
recherchent exactement le contraire, ils visent à améliorer une situation
inadéquate. Les changements socio-économiques qui ont eu lieu au cours du vingtième
siècle ont radicalement amélioré les conditions de survie des populations
occidentales et il n’est donc pas rationnel de fuir systématiquement le
changement. Toutefois il est essentiellement faux de dire que les humains sont
réticents au changement. Bien au contraire, ils l’apprécient énormément dès
lorsqu’ils voient que leur situation en sera améliorée.
L’humanité a deux guerres
mondiales derrière elle. Entre cent soixante et deux cent millions de victimes
des guerres du 20e siècle en plus d’innombrables autres de la
misère, la dictature, la guerre économique et l’absence de volonté politique à
travailler sur ces problèmes. Devant elle sont les possibilités d’holocauste
nucléaire, de la fin de l’ère industrielle sous la possibilité de l’épuisement
du pétrole et Big Brother prenant une
forme de plus en plus définie, sous l’excuse d’un terrorisme qui n’est qu’une
fraction infime des dangers d’autrefois1. On ne peut pas contrôler
le passé et on n’a qu’un contrôle limité sur le présent, majoritairement un
lègue des décisions passées. Mais nous avons le plein pouvoir sur le futur, ce
sont les décisions qu’on prend aujourd’hui qui décideront si ces réalités
absurdes deviendront réalité ou si nous choisirons un meilleur chemin et de
mettre tous nos efforts là où nous sommes les meilleurs: créer un monde
meilleur. Toutes ces possibilités indésirables sont le résultat de décisions
conscientes prises antérieurement. Elles peuvent toutefois être changées
complètement si la volonté y est.
Les humains baissent trop
facilement les bras sur les questions politiques, alors que si nous regardons
notre passé, rien ne résista à la volonté humaine. Ni la famine, ni la
tyrannie, ni les empires, ni la religion, ni les épidémies ou les génocides.
Trop couramment, le gouvernement est une source d’obstacles à l’évolution de la
société et encore une fois, ceci n’est qu’un choix conscient. L’humanité doit
être cohérente avec son passé et ses capacités et prendre conscience que tout
est en son pouvoir. Ultimement, ce pouvoir repose dans les mains de la
population. Il est trop fréquent dans nos cultures de blâmer le gouvernement de
ne pas agir dans notre intérêt. Nous élisons le gouvernement et n’avons ainsi
que nous à blâmer s’il n’agit pas dans nos intérêts.
Tout le chemin de l’homme
des cavernes chasseur-cueilleur, au paysan médiéval sous l’emprise royale, à
l’ouvrier industriel du début du siècle, et qui a mené à la société occidentale
moderne de confort, de loisirs et de liberté fut mené par des individus qui ont
combattu les obstacles et accompli des objectifs que l’on a, à une époque,
considérés utopiques. Les derniers combats sont les plus difficiles à mener
puisqu’ils ne génèrent pas l’indignation généralisée des luttes historiques.
Ceux-ci sont plus subtils, souvent plus lointains, mais non moins importants.
S’il est banal aujourd’hui que les femmes aient le droit de vote et que tous
aient le droit à la propriété et à la liberté, il va de soit que les combats
d’aujourd’hui seront les banalités de demain. L’excuse de l’utopie ne tient pas
vraiment la route à la lumière de notre histoire. Tout ce que nous désirons, ce
pour quoi nous sommes prêts à investir des efforts importants et pour quoi nous
créons les conditions favorables est à notre portée, que ça semble utopique pour
qui que ce soit à toute époque. L’évolution de la société a toujours fonctionné
ainsi, pourquoi l’oublier si facilement?
Il y a cinq cent ans, le roi
était le seul être humain ayant des droits. La vaste majorité de la population
n’avait ni droit à la propriété, ni droit à l’expression, ni droit de choisir
quoi que ce soit et ni même le droit à la vie. L’espérance de vie était d’à
peine quarante ans, il n’existait ni hygiène, ni médecine, ni justice, la
majorité des humains ne voyageaient jamais plus que quelques kilomètres de leur
lieu de naissance, il n’y avait aucun divertissement, aucun transport, aucune
énergie, la viande était un privilège, il n’y avait aucun réfrigérateur, la
majorité ne savaient pas lire, encore moins écrire, il n’y avait ni télévision,
ni radio, ni centres d’amusement et le seul livre à lire disait que tout ceci
était l’ordre naturel des choses. S’il y a un kilomètre à parcourir entre cette
réalité et la véritable démocratie, où la justice est un droit et non un
privilège, nous avons parcouru neuf cent quatre-vingt dix-neuf mètres. Ce
dernier mètre concerne les devoirs des politiciens, leurs responsabilités
envers nous plutôt que contre nous. Nos politiciens peuvent être une des
sources de nos problèmes ou ils peuvent en être la solution. Comme tout le
reste, ceci est notre choix.
La synergie sociale
« Je suis convaincu que l’humanité est née avec
plus de dons qu’on ne le sait. La plupart sont nés génie et ne sont que
dé-génialisés rapidement. »
- R. Buckminster Fuller
« Ne demandez pas ce que votre pays peut faire
pour vous. Demandez ce que vous pouvez faire pour votre pays. »
- John F. Kennedy
« Vous n’êtes pas ce sur quoi la démocratie compte,
vous êtes la démocratie. »
- Jim Hightower
L’être humain a oublié depuis longtemps pourquoi ses
ancêtres se sont rassemblés pour former des sociétés. Les dialogues sur la
notion de gouvernement ne parviennent que rarement à évoquer son caractère
d’utilité et se penchent presque exclusivement sur sa forme ou des aspirations
philosophiques sur ce qui pourrait être accompli. Individuellement, chaque être
humain est capable de choses extraordinaires. Mais toutes les possibilités qui
nous sont offertes sont énormément amplifiées par la coopération, un principe
qu’on appelle synergie et qui dicte que la somme des efforts coopératifs est
supérieure à la somme des efforts individuels dans les mêmes conditions. Les
possibilités d’une action collective sont toujours immensément supérieures à
toute combinaison d’actions individuelles. Une société, aussi petite soit-elle,
peut ainsi fournir à un individu plus de liberté, justice, confort, sécurité et
chances de survie et de bien-être divers qu’il ne serait jamais possible de
s’offrir seul. C’est en communicant que les humains ont partagé un savoir qui
s’est accumulé au fil des générations et a permis l’émergence des premières
sociétés organisées. Sans cette coopération et la coordination au sein
d’associations politiques, l’humain n’aurait jamais pu dépasser le stade
animal.
Peu importe le domaine ou la nature, toute action
sociale est synergique. Plus la coopération est forte, sincère et efficace,
plus les résultats le sont également. Peu importe l'objectif et le contexte, il
n'existe aucune action consciente humaine où la coopération n'est pas plus
efficace que l’effort individuel. En commençant avec l'éducation sur le feu et
les techniques de chasse, puis l'agriculture, la maçonnerie, le travail des
métaux, etc. Tout ce que l’on considère aujourd’hui comme une trace historique
de notre ascension vers la société libre et moderne n’a été rendu possible que
par des efforts collectifs, directs ou indirects. L’écriture est sans doute
l’invention qui a le plus influencé la création de la société organisée,
puisque les idées furent ensuite plus largement diffusées. Plusieurs de ces
révolutions, comme l’écriture et les mathématiques, sont ordinaires
aujourd’hui, mais à leur époque elles étaient des véritables révolutions. Aussi
banale soit-elle pour nous, la roue était une découverte technologique incroyable.
L’accumulation de ces connaissances est entièrement impossible sans coopération
et partage des connaissances. Einstein n’aurait probablement jamais formulé la
théorie de la relativité sans les travaux précédents en
mathématiques et en physique et encore moins s’il n’avait jamais pu apprendre à
lire et écrire.
La société moderne néglige cet aspect et met une
emphase trop importante sur la compétition, écartant de fait la coopération.
Les deux ne sont pas mutuellement exclusifs, ils sont complémentaires. La
compétition est un bon stimulant individuel, mais si elle devient plus
importante que la coopération elle est néfaste. Quand des individus ayant un
but commun cherchent à se nuire dans l'esprit de la compétition, l’effort
global en est perdant. Dans une compétition individuelle, sportive par exemple,
la compétitivité est justifiée et stimulante. Mais dans le cadre d'une société
organisée, bien peu de choses sont réellement individuelles en dehors de
l’intimité de nos vies privées et sociales. Une société organisée est un
superorganisme où toutes les dynamiques sont interdépendantes. Le gouvernement
est l'incarnation de la synergie sociale dans l'objectif de coordonner les différents processus d'une
société organisée. Si le gouvernement n'est pas bénéfique à nos besoins, il n'y
a qu’à le changer selon nos besoins. Un gouvernement ne répondant pas aux
critères désirés par la population est simplement un échec qui doit être
corrigé. Particulièrement dans le contexte de la démocratie moderne, le potentiel
des technologies de l’information est immense et permet des relations avec la
population autrement impossibles. Le pouvoir démocratique peut désormais
reposer davantage dans les mains de la population et allouer une place plus
importante au partage des idées. Presque toutes les meilleures idées ont été
des combinaisons d’idées antérieures. L’imagination est la seule limite au
potentiel de la démocratie et de la relation entre les citoyens et le
politique. Elle est une des grandes forces et des particularités
exceptionnelles du cerveau humain. Il est tout à notre avantage de nous servir
des meilleurs outils qui sont à notre disposition.
La synthèse de cette pensée façonne la société des
outils. Une simple idée qui part du principe que le gouvernement est plus
efficace quand il agit avec transparence et dans l’intérêt explicite et
incontournable des citoyens. Puisque je tente d’éviter l’idéologie subjective,
j’ai basé ce principe sur l’observation historique et substantielle que le
gouvernement échoue lorsqu’il est une structure de pouvoir mais est un
catalyseur incroyable du potentiel social lorsqu’il agit en transparence et
avec objectivité. Le gouvernement est un créateur très efficace lorsque le
pouvoir est transparent, mais un destructeur tout aussi efficace lorsque les
portes du pouvoir sont fermées et les décisions secrètes. Le gouvernement agit
ainsi mieux lorsqu’il fournit le potentiel à la population que lorsqu’il le
contrôle, c’est à la population de faire les efforts au travers d’un
gouvernement transparent. Le gouvernement serait un outil qui fournit la
coordination et l’infrastructure à la résolution des problèmes sociaux et la
réalisation du plein potentiel offert lorsque des millions de personnes
contribuent à leur société. Le gouvernement des outils serait
ainsi non pas un centre de pouvoir, où des querelles d’ambition empoisonnent le
potentiel, mais le lieu où les meilleures idées convergeraient et les
initiatives prendraient vie. L’adoption de lois, la gestion administrative et
l’application des lois serait évidemment toujours des fonctions premières du
gouvernement, mais son approche serait plus pragmatique et fonctionnelle.
Plutôt que d’être le centre exclusif du pouvoir, le gouvernement fournirait
tous les outils d’éducation, de connaissance, de communication et de
coordination aux citoyens afin de leur permettre d’exploiter efficacement les
efforts partagés. Les individus désirant mettre en œuvre un projet pourraient
ainsi profiter d’une assistance transparente qui faciliterait toute la gestion
permettant de le mettre à terme. Toute action pouvant bénéficier de la synergie
pourrait faire usage d’outils permettant de faciliter les actions entre les
acteurs impliqués. Les gouvernements sont obligés de gérer un volume incroyable
de fonctions puisque des citoyens ayant un emploi et une vie sociale et
familiale ne peuvent tout simplement pas y parvenir. En éliminant les
obstacles, en facilitant les processus et les actions, le gouvernement
permettrait la réalisation de projets ayant une gestion simple mais trop
imposante pour des citoyens ayant un temps limité à y consacrer. Des outils
pour permettre aux bonnes idées ou aux failles de recevoir l’attention qu’elles
méritent, des outils pour permettre aux citoyens de participer à la vie
politique, des outils pour permettre à la société de réaliser son plein
potentiel par la volonté individuelle et l’effort collectif. Bref, un
gouvernement qui assiste le peuple à prendre des actions et des décisions
plutôt que tout faire à sa place.
Les capacités d’une société sont d’un ordre
d’efficacité démesuré en comparaison avec les efforts individuels. Personne
n’est mieux habilité à prendre des décisions optimales pour un individu que
l’individu lui-même. Toutefois un citoyen ne peut bâtir de routes, de ponts, de
barrages ou de science organisée. C’est la coopération qui fait dépasser les
limites d’une société et qui rend accessible des résultats inimaginables pour
un seul individu. Adam Smith avait également observé la puissance de la
synergie il y a plus de deux cent ans. Il avait estimé dans les années 1770
qu’une personne qui travaillait avec acharnement, en se servant des outils
disponibles à l’époque, pouvait fabriquer environ vingt épingles par jour. Il
observa que si l’on décomposait le processus de fabrication en spécialisant les
étapes, dix personnes pourraient fabriquer non plus deux cent mais
quarante-huit milles épingles par jour. Vers l’an 1700, environ 90% de la
population nord-américaine oeuvrait dans le secteur primaire de l’agriculture.
Aujourd’hui, environ 2% y œuvre alors que la production génère des surplus
malgré plusieurs millions d’habitants supplémentaires.
La synergie sociale n’est pas une découverte ou même
une observation particulièrement brillante de ma part. Elle est en fait d’une
évidence enfantine. Pourquoi alors cette observation si évidente n’est-elle pas
mise en pratique en politique? La synergie est ignorée de la politique, les
acteurs y travaillant généralement dans leurs propres intérêts. La procédure
standard y est de se disputer pour remporter absolument son point, en se souciant
davantage que l’idée triomphe qu’elle ne soit bonne. On y choisit de procéder
par foi et de croire fermement que notre idée est la meilleure. Sous quelle
justification? Une société est composée de millions d'individus qui
interagissent de plusieurs millions de façons dans plusieurs milliards d’événements
distincts par jour. Personne ne peut comprendre la société dans son entier et
dire: « Voici comment elle devrait être ». C'est en étant objectif et
en coopérant sur la compréhension des enjeux qu'on peut arriver aux meilleures
solutions, la science en est le meilleur exemple, même si la coopération n'est
pas parfaite. La politique est le pire échec de l'humanité, tout le reste étant
incroyablement plus riche et ouvert que les institutions politiques.
L’être humain est malheureusement paresseux lorsqu’il
lui est permis. C’est une observation triste, mais plusieurs millions de fois
vérifiée dans les foyers occidentaux. Une majorité des efforts économiques
depuis l’industrialisation ont eu pour objectif de simplifier la vie des
individus, d’automatiser les processus de fabrication, de réduire la charge
physique des travailleurs humains. Cette évolution est toutefois normale
puisque l’être humain est beaucoup plus habilité à penser, imaginer et créer
qu’il ne l’est à travailler physiquement. Là où cent personnes pouvaient
s’exténuer à des tâches physiques extrêmement exigeantes, une dizaine de
personnes, voire moins, peuvent maintenant travailler plus rapidement, plus
efficacement, plus proprement et avec un résultat de meilleure qualité.
Utiliser la science, la compréhension que nous avons de l’univers, réduit la
charge de travail physique de la main-d’œuvre en lui remplaçant des tâches plus
intellectuelles. Le résultat est beaucoup plus efficace et facile à mener; il
est ainsi ironique de constater que penser est en fait la voie paresseuse.
Une grande force de l’être humain est de canaliser son
savoir dans la création d’outils qui facilitent le travail subséquent et le
rend plus efficace. Avec la progression des sciences, les outils deviennent de
plus en plus perfectionnés, de plus en plus efficaces en plus de créer des
industries entières. L’informatique est un exemple récent et on verra
prochainement l’intelligence artificielle, les nanotechnologies, la génétique
et l’énergie transformer nos sociétés. La science se trouve ainsi à la base de
l’économie, puisqu’elle est une source de création de richesse alors que le
labeur physique est une source de transformation de la richesse. C’est la
science qui alimente la prospérité économique. La science n’a atteint son
niveau actuel que grâce à la synergie, évoluant par le travail cumulatif des
esprits curieux qui se sont questionnés sur tous les sujets imaginables. Chaque
découverte scientifique s’appuyant sur les innovations précédentes, chaque
contribution à la science ajoutant ainsi aux capacités du savoir scientifique
humain.
L’humanité réapprend lentement à travailler ensemble et
à coopérer suite au virage d’individualisme extrême qu’elle a suivi depuis son
industrialisation. L’émergence de l’Internet, qui a permis des projets massifs
de coopération volontaire comme Linux, la communauté de logiciels à source
ouverte ainsi que le partage de connaissances, dont le projet Wikipedia est un
porte-étendard L’innovation en informatique, et surtout dans le développement
logiciel, est presque exclusivement liée aux nombreuses communautés qui
partagent leurs savoirs sur une base volontaire. L’informatique est encore très
primitive et ses institutions officielles, particulièrement au niveau du
partage de la connaissance, sont négligeables. L’établissement de standards ces
dernières années a permis de réduire la redondance extrême qui afflige ce
domaine depuis sa création, mais le partage des connaissances se fait presque
exclusivement par le biais d’une coopération entièrement volontaire et
majoritairement non rémunérée1. L’assistance et l’apprentissage des
connaissances avancées en informatique se fait majoritairement par le biais de
forums d’assistance et de sites dédiés à des cours et tutoriaux sur les
technologies et problèmes classiques.
L’humanité devra apprendre à intégrer davantage de
processus de coopération synergique dans ses institutions politiques. Ce sont
des champs de connaissances relativement simples mais, comme la science,
nécessitant le travail coopératif de milliers, voire de millions, de personnes
pour générer une évolution. La politique est une discipline très fermée,
restreinte par des élites n’ayant aucune compétence ou qualification
supérieures au reste de la population, et est par conséquent la discipline la
plus primitive de toutes les sociétés humaines. De tous les aspects des
cultures humaines modernes, c’est la politique qui a le moins évolué en raison
de la paresse intellectuelle, l’idéologie et l’incapacité d’intégrer une plus
grande coopération dans ses activités. La démocratie n’est pas seulement un
système politique plus juste, elle est également incroyablement plus efficace
en tirant profit de la synergie sociale. L’idée moderne de la démocratie est
que les citoyens d’une nation choisissent des dirigeants pour penser à leur
place. L’idée démocratique de la société des outils est que les citoyens d’une
nation choisissent des dirigeants oeuvrant à réaliser le plein potentiel
coopératif de la société. Une démocratie dans laquelle les politiciens ne
prennent pas les décisions sans l’apport des citoyens, une démocratie dans
laquelle les politiciens sont les outils permettant aux citoyens de coordonner
leurs efforts individuels pour réaliser bien plus qu’ils n’auraient jamais pu
atteindre individuellement.
La
théorie générale de science politique
« C’est
souvent seulement pour une excuse que nous disons que certaines choses sont
impossibles. »
- François de La Rochefoucauld
« Tout progrès résulta d’individus ayant pris des
positions impopulaires. »
- Adlai Stevenson
« La science est une tentative objective, logique
et répétable de comprendre les principales forces opérant dans l’univers
naturel. »
- « On-Line Biology
Book », de l’introduction
La politique est parfois considérée art, parfois
science. Les institutions d’éducation supérieure semblent la considérer comme
une science puisque le programme en question est généralement nommé science politique.
La science est pourtant la recherche de solutions ou de vérités objectives au
moyen d’une méthode scientifique rationnelle et logique. La
« science » politique enseignée dans les universités consiste
exclusivement en l’analyse et la comparaison d’événements et idées subjectives
antérieurs. L’analyse politique, et de ce fait les politologues, ne s’intéresse
pas aux idées politiques distinctes (à différence d’une théorie dans son
ensemble), leur évaluation, comparaison ou expérimentation dans l’objectif de
prouver objectivement ce qui est connu ou d’en trouver de nouvelles. Il n’y a
aucune méthode scientifique en analyse politique. Toutes les observations sont
donc subjectives, relatives et basées en grande partie sur des opinions où les
faits sont négligeables.
Il y a pourtant une objectivité possible en politique.
La politique inclut des éléments objectifs et subjectifs et ceux-ci peuvent
être dissociés. Il y a également une méthode scientifique possiblement
applicable, simple méthode rationnelle et logique de procéder ne tenant compte
que des faits objectifs. Il y a une différence nette entre les objectifs
politiques et la manière de les réaliser, les fins et les moyens. L’opinion
personnelle subjective s’applique aux fins; ceux-ci sont des buts, des désirs,
à atteindre dans l’idéal d’une société. On parlerait ainsi de la justice, la
sécurité, la prospérité, la santé, la paix, la liberté, etc. Ces objectifs sont
des axiomes, des vérités non prouvables que nous acceptons comme vraies par
consensus et qui établissent les bases de toute la politique. Plusieurs sont
relatives aux individus, certaines sont universelles. Ces axiomes se retrouvent
un peu partout dans les constitutions et documents de la loi internationale.
Les moyens, par contre, sont objectifs, possèdent des vérités connues et
peuvent ainsi être évalués scientifiquement. Il y a des façons de faire plus
efficaces et des conditions à respecter pour qu’elles soient valides, tout
comme on ne peut cuire un pain qu’à la bonne température. On ne peut également
pas conserver les fausses vérités, ces croyances erronées qui sont généralement
acceptés sans condition; la notion que la guerre soit bonne pour l’économie par
exemple1.
La base d’une science se situe dans sa méthode. La
méthode est le consensus universellement approuvé qui établit la voie à suivre
pour évaluer objectivement une hypothèse. Généralement on parle de lois, de
théorèmes et règles dans la méthode scientifique. Ainsi, lorsque la méthode
scientifique est suivie à la lettre, même si une découverte défie tous les
paradigmes en cours, elle justifie son évaluation objective. Dans le cas de
science politique, ce qui nous intéresse sont les faits et les vérités
objectives déjà établis, ce qu’on a déjà établi. Les idées politiques ne sont pas
testées ou expérimentées, on ne peut ainsi se fier qu’aux leçons du passé, du
moins jusqu’à ce qu’on établisse une approche d’expérimentation viable. La
théorie générale de la science politique vise simplement l’établissement des
faits objectifs connus sur les questions d’ordre socio-économique. La théorie
évalue des concepts généraux distincts d’une société et en raffine les
particularités afin de dresser un portrait objectif et comparatif du potentiel
socio-économique de chaque idée. Une idée générale en exemple serait
l’éducation. Pas le système d’éducation ou l’éducation publique, l’idée
générale d’éducation. La santé, la protection civile, l’énergie, l’alimentation
sont d’autres exemples. On évalue ensuite tout ce que l’on peut déclarer être
connu objectivement et on en dresse le portrait. Il ne s’agit pas de tirer une
quelconque conclusion, simplement d’établir les faits pouvant servir de
référence.
Mais sur quelle base affirmer que la politique peut
être une science? L’affirmation est vouée au refus le plus élémentaire de
considération chez la majorité. Les êtres humains sont trop subjectifs pour
laisser leur opinion de côté sur les questions politiques et il est donc
impossible d’être objectifs. L’atome a pendant des siècles été refusé par la
communauté scientifique, jusqu’à récemment. L’existence de l’atome fut d’abord
prouvée, mais l’opinion de plusieurs fut que l’atome soit indivisible. Ensuite
on a prouvé que l’atome est formé du noyau et de l’électron, mais l’opinion de
plusieurs était que le noyau soit indivisible. Ensuite on a découvert que le
noyau est formé de neutrons et de protons, mais l’opinion de plusieurs était
que ceux-ci étaient indivisibles. Ensuite on a découvert qu’ils sont faits de
plusieurs autres particules plus petites. La mécanique quantique a été refusée
pendant plusieurs années, jusqu’à ce qu’elle soit suffisamment prouvée. Ces
opinions erronées dans un champ aussi appliqué que la physique n’étaient jamais
unanimes, mais néanmoins dominantes; elles étaient le paradigme temporaire.
Einstein lui-même refusait la mécanique quantique, opinion basée sur sa
croyance que « Dieu ne joue pas aux dés ». La science physique a
longtemps été un fief d’opinions et de subjectivité sur la nature de la matière
et ses propriétés. Ce domaine a beau être ancré sur les mathématiques et viser
l’observation des phénomènes les plus fondamentaux, la subjectivité y a régné
sur de longues périodes et sur à peu près tous les sujets que la physique
étudie. Maintenant, les physiciens ont prouvé une majorité de ses théories et
réduit de plus en les inconnues. Sa base fondamentale est largement hors de
questionnement et constitue des repères universellement reconnus. La
subjectivité a de moins en moins de marge de manoeuvre et l’opinion respecte
les notions observées. Ce qui était autrefois un domaine très subjectif est
devenu objectif.
Les opinions sur la nature et les propriétés de l’atome
ne valent guère plus que les opinions sur les meilleures politiques en matière
d’éducation ou de croissance économique si elles ne sont pas ancrées sur des
faits vérifiables, ces opinions ne sont que des probabilités subjectives. Pour
retirer la subjectivité des différents aspects de la physique, les
scientifiques se sont contentés d’observer les propriétés isolées et de dresser
objectivement celles qui sont vérifiables. Les propriétés électromagnétiques,
les réactions avec les autres éléments et les autres propriétés fondamentales
des éléments formant la matière sont bien connues. Elles sont connues parce
qu’elles ont été étudiées avec objectivité et selon une méthode scientifique
tenant compte des découvertes précédentes et minimisant l’interprétation. Il
n’y a rien de magique à la science. La science n’est pas une entité, elle est
simplement une méthode faisant preuve de rationalité logique face aux
observations et agrémentée de l’imagination de penser ce qui n’a
jamais été pensé avant. Tout champ d’étude commence subjectif et irrationnel et
devient progressivement plus objectif et rationnel à mesure que les
connaissances s’y accumulent.
La politique peut-elle être science alors? S’il lui
suffit d’adopter une méthode d’analyse scientifique, de faire preuve de
rationalité, de tenir compte des connaissances précédemment accumulées,
considérant toutefois qu’elles ne sont pas absolues, et de faire preuve
d’imagination, alors bien sur que oui. Encore une fois, les obstacles sont
simplement humains. Parce que les humains s’obstinent à maintenir l’opinion que
la politique ne peut être objective alors il n’y a aucun effort dirigé pour en
établir les connaissances objectives. Bien sur tous les humains ont des
opinions politiques et elles sont parfaitement valables, voire vitales, dans la
démocratie. Mais elles sont importantes dans l’établissement des fins, des buts
qui sont désirés et qui sont généralement faciles à établir. Il suffit de
regarder les constitutions et documents de la loi internationale pour les
trouver. Elles ne sont toutefois plus pertinentes lorsqu’il s’agit de trouver les
moyens pour parvenir à ces fins, car personne n’en possède seul les
connaissances requises. La théorie générale de science politique vise à séparer
la portion objective et la rendre complémentaire à la portion subjective de
l’opinion politique. Elle cherche simplement à offrir un cadre scientifique
dans lequel les connaissances accumulées servent à la réflexion et la
recherche. Son objectif principal est de séparer les faits pertinents,
objectifs et observables des opinions subjectives. Elle dresse pour ceci un
portrait des connaissances accumulées par le biais de propriétés permettant une
vue d’ensemble de tout ce qui est connu sur un concept ou idée
socio-économique.
La théorie est divisée en trois catégories: l’idée
générale, les particularités pour chaque possibilité individuelle et des
stratégies d’innovation perpétuelle. Dans le cas de l’éducation, tous
s’accordent sur sa nécessité dans la société. L’éducation est nécessaire, étant
une base fondamentale d’un système économique reposant sur l’innovation. Ce qui
est l’opinion partagée est le fait que cette éducation soit nécessaire, le fait
sur lequel les citoyens peuvent tous s’accorder, indifféremment des opinions.
Une fois l’idée générale et les fins subjectives établies, il nous faut dresser
un portrait objectif des connaissances sur l’idée d’éducation dans une société.
Les particularités que j’ai relevées sont une première esquisse cherchant à
établir le concept général. Il est certain que d’autres aspects s’ajouteront
alors que certains changeront ou disparaîtront. Les connaissances importantes
me semblent toutefois bien représentées et permettraient une approche beaucoup
plus sérieuse aux questions politiques. Aucun individu seul ne pourrait établir
les faits pour une quelconque idée. Ceci sera un travail coopératif et de
grande envergure pour des milliers d’individus et sur une longue période.
Progressivement, la société en saura toutefois davantage sur elle-même et
pourra, sinon faire les meilleurs choix, au moins cesser de faire les mauvais.
La
théorie
Pour chaque idée, on doit connaître:
Pour chaque idée, on établit les possibilités et solutions
possibles, dont on doit connaître pour chacune:
Une fois l’idée mise en application:
·
Partiellement
à tous les ans avec recommandations.
·
Au
complet à tous les cinq ans. Le délai peut varier selon le cas.
·
Toutes
les nouvelles idées formulées.
Le diagramme stratégique apporterait simplement une
représentation visuelle des différentes possibilités de façon à faciliter leur
évaluation. Chaque idée distincte aurait un arbre de possibilités où les
niveaux représenteraient les alternatives possibles avec leur propre arbre de
possibilités. J’ai une idée bien formulée sur comment établir ce diagramme,
mais je préfère m’y attarder plus en profondeur avant d’en relever des
observations ou propositions. Le concept est relativement simple et
particulièrement propice à l’imagination, condition plus favorable au travail
coopératif qu’au travail individuel.
Cette théorie ne fournirait aucune réponse ni aucune
solution aux problèmes de la société. Elle n’établirait que ce qui est connu,
formant une base pour trouver ces réponses, solutions et idées et faciliterait
les idées nouvelles, ayant alors une base de référence. Elle ne fait que mettre
les cartes sur table de façon à ce que toutes les options soient considérées,
que la politique puisse davantage se baser sur des faits tangibles pour guider
les décisions. Bien que je ne l’aie pas appliqué intégralement dans mes
réflexions, un défi trop complexe pour un seul individu, ces questions les ont
guidées et influencées énormément. L’approche que j’ai choisie est celle de
poser des questions plutôt que de chercher les réponses.
La
science à la base de l’économie
« La sagesse est savoir combien
peu nous savons. »
- Socrate
« L’ignorance entraîne plus souvent la confiance
que ne le fait la connaissance; ce sont ceux qui savent peu, et ceux qui ne
savent pas beaucoup, qui si assurément affirment que ceci ou cela ne sera
jamais résolu par la science. »
-
Charles
Darwin
Bien entendu, la science ne répondra
jamais à toutes les questions, ceci n’est pas un point de dispute. Mais il
devient de plus en plus évident que tout problème tangible auquel suffisamment
d’effort est canalisé peut être résolu, si non au moins adapté, quand une
méthode scientifique y est appliquée. La science n’est qu’une méthode par
laquelle nous cherchons à comprendre la réalité. La méthode scientifique n’est
pas nécessairement suivie à la lettre, mais la preuve exige une rigueur
minimale pour être acceptée. Aucune théorie ou idée ne bat une expérience
réussie et une grande partie des découvertes scientifiques de l’histoire ont
d’ailleurs été trouvées par hasard, pour ensuite être prouvée par
l’expérimentation et la démonstration.
L'humanité a connu plusieurs étapes tournantes au cours
de son histoire, des étapes marquant particulièrement une augmentation
importante du potentiel de productivité économique. Des exemples évidents sont
les améliorations de l'agriculture à travers les âges, la machine à vapeur, l’exploitation
du pétrole, l'électricité, l'électronique, etc. Toutes ces révolutions ont été marquées
par une cause commune: elles ont toutes été rendues possibles grâce à la
découverte de nouvelles connaissances scientifiques. Ces connaissances n’ont
été possibles que par le partage des connaissances et l’éducation. Cette
réalité se poursuit encore aujourd'hui avec l'émergence de l'économie virtuelle
sur Internet et des prochaines révolutions économiques potentielles de
l'intelligence artificielle, les nanotechnologies et les télécommunications.
Si on fait une comparaison directe entre le potentiel
économique mondial à chaque tournant de siècle, la différence majeure entre
chaque période repose presque exclusivement sur la différence au niveau des
connaissances scientifiques. On parle ainsi de l’âge de bronze, l’âge de fer,
l’âge du charbon, de l’électricité et pourrait en nommer bien d’autres. Les
capacités de l’humanité progressent exponentiellement par l’accumulation
constante de connaissances qui permettent elles-mêmes de faire davantage de découvertes.
L’électronique n’aurait jamais existé sans l’électricité, qui n’aurait jamais
été découverte sans des connaissances minimales sur les métaux, qui n’auraient
jamais pu prendre forme sans l’écriture, etc. Chaque innovation de nos sociétés
possède un long arbre généalogique qui repose sur les efforts antérieurs de
penseurs curieux et des outils qui ont permis de les concrétiser.
Un estimé du PIB mondial, produit par J. Bradford
Delong du département de science économique de Berkeley, relève les estimés
suivants (selon 3 calculs potentiels):
1600: 77.01 285.70 76.41
1700: 99.8 370.26 104.67
1800: 175.24 650.11 189.00
1850: 359.9 945.6 359.9
1900: 1102.96 2052.38 1102.96
1950: 4081.81 5379.21 4081.81
2000: 41016.69 38281.97 41016.69
Si ces estimés sont suffisamment justes, le PIB mondial
en 1800, quelques années avant l'invention de la machine à vapeur, était entre
0.4% et 1.6% du PIB mondial de 2000, selon le calcul utilisé. Considérant que
l'explosion de population qui a eu lieu dans les deux derniers siècles, passant
de 900 millions en 1800 a 6.2 milliards en 2000, ne fut possible que par le
développement de technologies pouvant accommoder l'explosion démographique, on
peut conclure que la science développée entre 1800 et 2000 est responsable
d'entre 98.4% et 99.6% de la richesse mondiale annuelle, sans compter la
richesse résiduelle. On peut conclure ceci dans la considération où le PIB
mondial n'aurait probablement pas évolué entre 1800 et 2000 si aucun changement
technologique n'avait eu lieu, l’humanité continuant de produire autant de
biens et services que sa technologie lui permettait alors. La croissance
démographique aurait ainsi certainement stagné puisque le potentiel des
technologies de 1800 aurait été incapable de soutenir une population aussi
considérable que celle de 1900 ou 2000 avec les moyens de l’époque. Il faut en
plus tenir compte qu'en 1800, l'humanité avait déjà accumulé un volume
considérable de connaissances scientifiques contribuant au potentiel économique
de l’époque. La période entre les années 1950 et 2000 a vu l’explosion de
l’électronique, des télécommunications et des technologies de l’information qui
ont augmenté considérablement le potentiel de toutes les activités économiques
et académiques. Dans cette période, le PIB mondial a vu une multiplication
d’entre sept et dix fois, une croissance sans équivalent historique et qui
semble suivre la loi des rendements accélérés, avancée par Ray Kurzweil1,
par les retours exponentiels de technologies permettant la création de toujours
plus de potentiel.
Dans cet ordre d'idée, la valeur de la science dans nos
économies modernes est de plus ou moins 99.9% de toute la richesse mondiale. Pour
ceci, il faut évidemment tenir compte du fait qu’à une époque, toute révolution
est relative et comparativement importante. L’invention et l’utilisation
massive de la roue a probablement eu un impact aussi majeur que la machine à
vapeur et l’électricité à une autre époque. L'hypothèse que je veux avancer est
que la science est essentiellement l'économie. La science n'est pas un facteur
de l'économie, elle est l'économie. Du moins elle représente près de 100% de
celle-ci. Toutefois il faut comprendre l’origine de la science: l’éducation et
l’imagination. Les seules limites qu’offre la science sont celles de
l’imagination et du partage de connaissances. Tant qu’il y aura quelqu'un pour
imaginer de nouvelles choses, nécessitant une éducation avancée, l’humanité
évoluera. La volonté et la capacité de l’humanité sont considérées comme axiomes,
on sait tout simplement que tout est à notre portée si l’effort y est. Pour
cela il faut considérer le fait négligé que la moindre technique mise au point
par des humains depuis qu’ils ont dépassé le stade de chasseur-cueilleur
constitue de la science en soi, rendue possible uniquement grâce aux
possibilités du cerveau humain. L'agriculture organisée était une science, la
maçonnerie et le travail du fer également. La méthode était simplement l'essai
et l'erreur, mais de nombreuses découvertes importantes ont été faites ainsi.
La prospérité d'une économie dépendrait ainsi de sa
capacité à faire progresser sa science le plus rapidement possible, tant au
niveau de sa création que son absorption -ci. L’absorption requiert une
éducation universelle, facteur également de la création de science, et surtout
du temps. L’éducation serait ainsi le centre de la société et la démocratie:
l’éducation est nécessaire à la démocratie et à la science, elle-même
nécessaire à l’économie. La stabilité des facteurs primaires de production est
évidemment un pré-requis de cette prospérité, mais elle est une condition et
non une cause. Ce sont ainsi les conditions les plus propices à l'évolution de
la connaissance scientifique et son enseignement qui seraient les plus propices
à la croissance économique. Cette observation relève également du constat, déjà
établi en science économique, que le capital humain, la capacité de la
main-d'oeuvre, soit le seul facteur infini. Une population ne sera jamais trop
éduquée, il y aura toujours place à la croissance par l'évolution des
connaissances scientifiques. Les experts d’un domaine de connaissance ne sont
pas toujours des sources fiables pour évaluer l’état réel de la science. Les
physiciens ont longtemps combattu la théorie quantique et les biologistes ont
longtemps refusé la théorie d’évolution génétique. En 1875, le directeur du
bureau des brevets américain a envoyé sa lettre de démission et recommandé que
son département soit fermé, selon lui, il n’y avait plus rien à inventer. Il
reste beaucoup plus à inventer à l’humanité qu’il n’en ait même été imaginé,
encore moins étudié ou expérimenté. L’avancement de la science ne requiert
toutefois pas tant de financement supplémentaire mais une révision des
fondements visant à éliminer les obstacles institutionnels à la science. Les
conditions optimales ne sont pas en place pour assurer la meilleure évolution
de la connaissance scientifique et peu d’efforts politiques existent dans cet
objectif. Ne serait-ce que d’un point de vue économique, les bénéfices en
vaudraient largement la peine.
L’éducation
à la base de la démocratie
« Un gouvernement populaire
sans l’information populaire, ou les moyens de l’acquérir, est le prologue
d’une farce, une tragédie ou encore les deux »
- James Madison
« Le test ultime d’une société
morale est le sorte de monde qu’elle laisse à ses enfants. »
- Dietrich Bonhoeffer
« Le pire ennemi de la
connaissance n’est pas l’ignorance, c’est l’illusion de la connaissance. »
- Stephen Hawking
« Quand les gens n’apprennent
aucun outil de jugement et ne font que suivre leurs espoirs, les graines de la
manipulation politique sont semées. »
-
Stephen Jay
Gould
« La démocratie est inutile
quand l’ignorance est célébrée. »
-
Nofx
L’humanité a, pendant des générations, accepté des
sacrifices temporaires pour le bien du futur. Depuis quelques décennies,
l’humanité accepte des sacrifices futurs pour le bien du présent; les
générations futures faisant partie du sacrifice. On accepte ainsi de polluer et
détruire notre environnement pour des bénéfices immédiats. Pourtant ces
bénéfices sont ridicules en comparaison des gains de long terme par la
combinaison de l’absence de destruction environnementale et de technologies
créées pour l’éliminer. L’humanité devrait retourner à son habitude de mettre les
générations futures en première priorité. Gagner un dollar aujourd’hui pour
devoir en repayer dix dans quelques années n’est pas une approche rationnelle
pour une société ayant un horizon temporel de plusieurs siècles, voire
millénaires. Les jeunes sont une des priorités où l'humanité a le plus échoué.
L'éducation moderne est lamentable, le développement des enfants négligé et les
conséquences indésirables abondent. L’éducation et la place des jeunes
dans la société ont beaucoup de nouvelles réalités à adapter et leurs besoins
pourraient être beaucoup mieux satisfaits. Une société devrait être prête à
faire des sacrifices importants pour le bien de ses enfants. Même si elle
échoue dans absolument tout ce qu’elle fait sauf à éduquer les générations
futures, elle aura au moins contribué positivement à l’humanité car elle
lèguera des générations plus aptes à vivre en démocratie.
On peut jouer avec le présent et faire des erreurs.
Mais on ne devrait jamais accepter de donner un futur plus pauvre, taxé ou
autrement handicapé à nos générations futures. L’éducation est en fait ce que
l’économie de la nation sera dans quelques décennies et elle est également la
démocratie que nous aurons dans quelques décennies également. Si ce n’est que
dans ces intérêts, il y a amplement de raisons pour supporter la meilleure
éducation possible puisqu’elle assure plus de prospérité et de stabilité
politique dans le futur, lorsque ceux qui décident ou travaillent actuellement
seront retraités. La nécessite morale de léguer à nos descendants un monde plus
riche et plus adapté à nos besoins devrait toutefois suffire à justifier un tel
intérêt puisque c’est grâce à ce même comportement que nous avons aujourd’hui
une société moderne où le confort, la liberté et la sécurité abondent comme
jamais auparavant. Le prix est toutefois très élevé et il est surtout imposé
aux générations futures. Depuis quand est-ce que l’éducation et ses réalités
fondamentales n’a pas été à l’avant-plan d’une motivation politique sérieuse?
L’humanité peut faire beaucoup mieux pour préparer ses générations futures et
garantir la prospérité de l’humanité sans le risque de l’autodestruction et
pour cela il y a besoin d’une véritable et sincère volonté politique.
J’ai passé onze ans à l’école standard pour parvenir à
choisir une carrière sur la base de ce que j’ai appris par moi-même, en-dehors
de l’école, parce que c’est tout ce que je connaissais. Je répète pour ceux au
fond de la salle qui n’ont pas compris: j’ai assisté à des cours pendant
environ 1,500 heures par année pendant onze ans pour qu’à la fin de ce périple,
je choisisse une carrière sur laquelle je ne connaissais rien et sur laquelle
les seules choses que je connaissais avaient été apprises en-dehors de l’école
parce que je ne voyais aucune autre possibilité. J’ai choisi une carrière où
les compétences et critères étaient totalement l’opposé de tous mes talents et
intérêts individuels parce que je n’avais pas pu les identifier. Beaucoup
diront que c’est ma faute, que j’aurais du porter plus attention à mes choix de
carrière. À seize ans, toutefois, je ne m’intéressais aucunement à quoique ce
soit portant plus de quelques jours dans le futur, tout comme la grande
majorité des adolescents terminant le secondaire. À cet âge, il fut en fait
identifié que le cerveau ne considère pas les implications de long terme chez
la plupart des individus. Un enfant ou adolescent ne voit pas les conséquences
à long terme de ses décisions parce que son cerveau n’est simplement pas encore
préparé à s’y intéresser1. L’école n’aurait jamais pu choisir à ma
place, une idée absurde. Elle aurait toutefois pu me permettre d’identifier non
pas un choix de carrière mais mes compétences, talents et intérêts et me
permettre de connaître ce qui est disponible dans le monde, ce qui était à ma
portée.
L’école devrait être une expérience beaucoup plus
enrichissante et intéressante qu’elle ne l’est présentement. Si l’éducation
n’intéresse même pas les étudiants en premier lieu, il est évident que les attentes
devront être réduites, l’intérêt n’étant tout simplement pas présent.
L’environnement scolaire est majoritairement négatif à l’apprentissage,
favorisant plutôt l’indifférence et l’apathie à l’éducation. Par des méthodes
pédagogiques ou des moyens technologiques, il y est plus que possible de rendre
l’éducation beaucoup plus intéressante pour les étudiants et surtout proposant
beaucoup plus d’expérimentation. L’école standard dresse une barrière nette et
distincte avec l’école de la vie alors que les deux devraient pourtant se
compléter. Ce que j’ai personnellement appris à l’école est insignifiant en
comparaison avec ce que j’ai appris par moi-même en une période encore plus
courte. L’école a davantage eu pour effet de me décourager de l’éducation et me
laissa complètement indifférent à ce qu’elle m’imposait. L’éducation moderne
doit radicalement être changée pour satisfaire les besoins de la société
moderne, elle ne parvient à remplir qu’une infime fraction de son potentiel.
Une éducation de qualité est nécessaire à la démocratie, sans quoi il est
impossible aux citoyens de faire des choix rationnels. L’économie est
généralement la première priorité de tout gouvernement. Tel que j’ai démontré,
la science est la base de toute l’économie. Puisque l’éducation est également
la base de toute la science, l’éducation est de fait la priorité économique la
plus lucrative de toute société. L’éducation est le point central de toute
société, elle détermine la société qu’elle lèguera à ses descendants, détermine
la santé de la démocratie, l’évolution de l’économie. L’éducation devrait être
la première priorité de toute société, tant pour des considérations futures
qu’actuelles.
Le superordinateur
Le superordinateur est l’utilisation du potentiel
technologique actuel pour en décupler les capacités au profit de l’ensemble de
la société. J’y explique ici comment il serait possible de réaliser le défi
d’un support technologique pour une société démocratique formant une révolution
à la fois pour la science et la démocratie. Le superordinateur fournirait la
base de tous les outils de nature technologique pour les relations politiques
entre les citoyens et le gouvernement, le gouvernement et les citoyens, le
gouvernement avec ses diverses parties et les citoyens entre eux. Il fournirait
les outils technologiques permettant l’implémentation d’une démocratie beaucoup
plus directe et participative ainsi qu’une base académique, informative et
scientifique digne des plus grands rêves de science fiction. La capacité technique
existe pleinement pour parvenir à ce projet, possible à un coût raisonnable,
dérisoire en comparaison des bénéfices qui pourraient en être tirés. Le
superordinateur contiendrait toute la connaissance d’une société humaine, la
connaissance qu’elle peut amasser des autres sociétés, une encyclopédie
académique universelle et tous les outils démocratiques et de communication
permettant d’accorder un pouvoir sans précédent aux citoyens des démocraties
modernes.
Commençons d’abord par définir ce qu’est un
superordinateur. Un superordinateur est en fait une abstraction logique, gérée
au niveau logiciel. Un superordinateur est en effet constitué de plusieurs
centaines ou milliers d’ordinateurs ordinaires gérés par un logiciel partageant
les tâches entre les ressources disponibles. Les ordinateurs n’ont pas besoin
d’être physiquement connectés par plus qu’un moyen de communication, Internet
par exemple. Le projet SETI1, Search
for Extra-Terrestrial Intelligence, fut le premier à utiliser ce principe
et a depuis effectué l’équivalent de plusieurs millions d’années de calculs
grâce au travail distribué de millions d’utilisateurs. Le projet World Grid Community2 vise à
étendre le concept à plusieurs tâches, le premier projet roulant sur le système
travaillant à la recherche médicale par l’identification du protéome (les
protéines formant le matériel génomique) humain.
Lorsque vous utilisez votre ordinateur, chaque action
requiert généralement une série de calculs par le processeur pour déterminer la
réponse appropriée. Tout le reste du temps, cependant, le processeur est peu,
voire carrément pas, sollicité et fonctionne à une capacité réduite. La
puissance de calculs des processeurs modernes permet de calculer presque
instantanément les résultats appropriés à la plupart de vos actions. Mais
lorsque vous n’exigez aucune réponse instantanée du processeur, celui-ci est
essentiellement en hibernation. Ce temps, au cours duquel le processeur
fonctionne à une fraction de ses capacités totales, constitue environ 99% du temps
pendant lequel il est allumé et fonctionnel. Un superordinateur distribué
utilise les capacités inexploitées de votre processeur à des tâches autres,
celles attribuées par le logiciel d’exploitation du superordinateur, tout en
laissant la priorité à vos tâches personnelles. Vous ne voyez ainsi aucune
différence visible, votre processeur n’effectuant des calculs pour le
superordinateur que lorsqu’il n’est pas occupé à servir les vôtres. Voyez ceci
comme si vous conduisez un autobus pour faire vos courses. Un autobus dans
lequel les passagers entrent et sortent uniquement lorsque vous arrêtez. Pour
vous, cela ne fait aucune différence puisque l’espace et la puissance du moteur
sont présents, qu’ils soient exploités ou non. Les passagers entrent et sortent
du véhicule uniquement lorsque vous êtes à un feu rouge et vous ne les voyez ni
entrer, ni sortir. Il s’agit tout simplement d’un potentiel inutilisé, qui
pourrait servir à trouver des cures pour des maladies ou simuler des
expériences bénéfiques à l’humanité. Le calcul de la contribution d’un
ordinateur se fait sur la base du nombre de cycles de processeur contribués à
la tâche. Sur la base du nombre de cycle de processeur contribués, les
citoyens, entreprises et organismes pourraient recevoir un crédit d’impôts afin
de fournir un incitatif à l’utilisation du système. Si ce crédit d’impôts était
couplé à des incitatifs encourageant l’utilisation des connexions haute vitesse
à Internet, la puissance du superordinateur pourrait être décuplée tout en
procurant des incitatifs positifs à la société.
Le projet du superordinateur vise à étendre le concept
et à connecter tout le potentiel de calcul informatique d’une société pour
créer un superordinateur massif capable de fournir des outils à vocation
politique, par une participation coordonnée des citoyens au système
démocratique, scientifique, académique et médiatique. Je commencerai par
expliquer la topologie potentielle d’un tel système (son implémentation
physique) puis détaillerai le potentiel de chacun des aspects nommés ci-haut.
Cette idée n’a rien de nouveau, plusieurs projets similaires existent déjà.
Aucun ne vise toutefois l’utilisation du potentiel global de tous les
ordinateurs d’une région donnée. Les projets se limitent à la connexion de
plusieurs centres, académiques et gouvernementaux par exemple. Tous les projets
actuellement existants sont limités dans leur portée et manquent surtout une vision
globale et la volonté politique pour réaliser le plein potentiel. Ceci est
évidemment naturel, les politiciens ayant généralement peu de connaissances en
technologies de l’information. Ce projet est tout simplement l’amplification
d’idées existantes pour créer quelque chose de plus grand et surtout ayant un
vaste potentiel politique.
Topologie
du superordinateur
Le défi technique est la meilleure utilisation possible
du potentiel physique, des ordinateurs et installations de télécommunication,
au moyen de la meilleure solution logique possible. À la base du
superordinateur doit se trouver une ou plusieurs unités centrales gérant
l’utilisation du potentiel de calcul existant dans le parc informatique d’une
société. Le noyau du système se situerait ainsi dans des unités centrales
sécurisées situées dans les centres urbains importants. Connectés physiquement
à ultra haute vitesse à l’épine dorsale des communications Internet (qui sont
connectés aux autres réseaux physiques par des communications à ultra haute
vitesse) seraient des mini superordinateurs constitués de quelques centaines ou
milliers d’ordinateurs connectés physiquement entre eux. Ces nœuds,
stratégiquement choisis pour être situés dans des centres industriels de haute
technologie, feraient la coordination des requêtes du système central aux
ordinateurs personnels ou de bureau qui y seraient connectés et formeraient la
base première du potentiel de calcul. Les calculs et informations importants y
seraient effectués et gérés et les calculs secondaires seraient distribués
parmi le potentiel informatique connecté au travers d’Internet.
Les logiciels d’opération fonctionneraient sur ces
systèmes, qui assureraient également la sécurité, la sauvegarde et l’archivage
des informations importantes comme le contenu académique, scientifique et les
communications à travers la société. L’encyclopédie, le système de
communication politique ainsi que les autres logiciels fondamentaux y
rouleraient, sécurisés du monde extérieur par une sécurité personnalisée aux
besoins. En étant connectés physiques aux fournisseurs d’accès Internet et à
l’épine dorsale des communications Internet, un réseau de communication
physique de très haute vitesse assurant les liens entre les différents nœuds
physiques à travers le monde, ces superordinateurs auraient accès directement
aux usagers connectés sur Internet sur le territoire géographique de la
société. Les citoyens, entreprises et gouvernements mettraient ainsi à la
disposition du système central des millions d’ordinateur ayant un potentiel de
calcul, d’archivage et de mémoire plusieurs milliers de fois plus élevé que le
plus puissant des superordinateurs actuellement en utilisation dans le monde.
Les mini superordinateurs, situés dans les centres
urbains, seraient connectés entre eux à travers les réseaux de communication de
l’épine dorsale d’Internet, formeraient ainsi un superordinateur plus large,
agissant de façon coordonnée pour les opérations importantes. Google Inc. a
développé un système technologique, le Google
File System3, pouvant fournir de base technologique à plusieurs
éléments du système, auquel s’ajouterait des fonctionnalités plus étendues de
calcul distribué et de logiciels à fonction spécifique. Globus
Alliance a développé une multitude d’outils déjà utilisés dans les projets
de systèmes distribués à travers le monde4. Les mini
superordinateurs pourraient être constitués d’environ mille ordinateurs
connectés physiquement, à un coût d’entre un et dix millions de dollars par centre,
dépendamment des choix sur l’implémentation. Le contrôle des coûts serait
particulièrement assuré par une transparence totale des opérations et
l’utilisation de licences technologiques de type ouvert, rendant impossible
toute utilisation abusive. Tout ce que le gouvernement produirait en matière
technologique devrait être produit sous une telle licence garantissant
l’ouverture totale des technologies utilisées.
Pour le développement du système d’opération, des
technologies et des logiciels, un groupe indépendant de chercheurs, ingénieurs
et autres spécialistes pertinents pourrait travailler en comité, absent de
hiérarchie décisionnelle. Les décisions y seraient faites par consensus entre
les experts pertinents et justifiées publiquement selon les coûts, les
alternatives et les complémentarités. Vu l’ampleur du projet, la recherche
scientifique dans plusieurs champs académiques bénéficierait d’une poussée
importante en matière de télécommunications, calcul distribué, intelligence
artificielle et gestion de l’information.
Les coûts initiaux seraient principalement attribués à
la création des mini superordinateurs, qui seraient les portes d’entrée au
superordinateur, et la création du système logiciel initial. En comparaison
avec le potentiel politique, social, économique et scientifique du projet,
ceux-ci seraient modestes puisque le système peut être développé
progressivement. Grâce à la base technologique déjà existante avec Internet,
les mini superordinateurs n’auraient qu’à être branchés physiquement aux lignes
à ultra haute vitesse de l’épine dorsale d’Internet pour être en fonction. Le
développement du système d’opération et de la plate-forme logicielle est dans
une mesure raisonnable et parfaitement possible avec le niveau actuel de
connaissance scientifique.
Le superordinateur aurait la faculté particulièrement
intéressante d’augmenter en puissance naturellement par l’achat de matériel de
nouvelle technologique par les citoyens, entreprises et gouvernements. Le
potentiel physique est déjà existant et est tout simplement sous-utilisé, il
suffit de donner cohérence au potentiel pour qu’il soit en fonction. En
fonctionnant par comité ouvert, les idées évolueront par le partage des
opinions par les experts concernés. Trouver les meilleures façons de procéder
seront un objectif inhérent de la communauté scientifique qui aura à sa portée
le plus incroyable outil technologique de l’humanité. Puisque plusieurs
millions de tête valent mieux que quelques centaines, le projet pourrait
intégrer l’écoute active des idées et propositions de quiconque y serait
intéressé. Ceci pourrait être assuré par l’écoute des suggestions et idées de
quiconque soumettant une idée au comité et l’évaluation publique du leur
potentiel. Il y a amplement d’enthousiastes de la technologie pour assurer que
les meilleures idées prennent forme par ce moyen et accélèrent l’évolution du
potentiel du superordinateur.
Le
potentiel démocratique
Un des éléments de reproche de la démocratie directe au
travers d’Internet est la crainte de l’insécurité et du piratage. Ces craintes
sont fondées en relation avec Internet mais pas dans un contexte indépendant du
réseau des réseaux. Le superordinateur peut parfaitement être connecté à
Internet sans en subir les failles potentielles. Des trillions en capitaux sont
transigés chaque jour par des réseaux informatiques sécurisés par les
gouvernements, banques, bourses et firmes financières. Il est parfaitement
possible d’assurer la sécurité totale du système si celle-ci est une base
fondamentale de sa technologie.
Il serait alors possible de créer un système
technologique ayant le potentiel d’offrir aux citoyens un accès direct au
processus démocratique. Beaucoup plus que de simples élections en ligne, les
citoyens pourraient participer systématiquement au processus politique en
votant directement sur des enjeux, donnant leur opinion sur certains sujets,
formant des coalitions publiques canalisant l’opinion politique de la
population sur la base du nombre. Les citoyens pourraient collectivement
déclarer leur opinion sur la base du nombre sans avoir besoin de recourir à des
mesures de protestation. Si la moitié de la population conteste vivement une
décision du gouvernement, qu’elle puisse déclarer
cette opinion facilement et directement. Il serait alors possible de mettre en
place l’assemblée législative publique, une seconde chambre formée des citoyens
eux-mêmes, pouvant intervenir directement dans le processus politique si elle
le désire, laissant cette responsabilité aux représentants pour la majorité des
décisions politiques mais permettant la formulation directe et collective de
l’opinion de la population.
Les différents
acteurs politiques, citoyens et députés, y auraient un accès personnalisé à
leur rôle politique et canalisant les différents pouvoirs et outils essentiels
à la démocratie. Les citoyens pourraient avoir un accès permanent au système
politique et tous les services du gouvernement pourraient y être disponibles
sous forme d’outils spécifiques. Les portails gouvernementaux sur Internet
pourraient ainsi prendre une vocation encore plus poussée en permettant un
accès plus direct aux services publics de la part des citoyens. Toute l’information
sur le gouvernement, ses décisions, opérations et budgets pourrait assurer la
totale transparence des activités gouvernementales et la responsabilité entière
du gouvernement et des politiciens envers la population. Le superordinateur
serait le portail des citoyens par lequel ils pourraient exercer tous leurs
pouvoirs politiques aussi facilement qu’ils vérifient la météo ou payent leur
comptes en ligne.
Le potentiel académique
Le potentiel
académique du superordinateur est immense. La totalité de la connaissance d’une
société pourrait être amassée, classée, synthétisée et accessible par tous les
citoyens au travers d’une encyclopédie générale. Un système technologique qui
fournirait un portail intelligent à toute la connaissance accumulée par une
société et offrant ainsi un outil académique sans précédent. La base logicielle
du superordinateur pourrait intégrer tous les outils pertinents permettant de
donner cohérence à cette connaissance, par l’utilisation d’intelligence
artificielle et autres technologies pertinentes, sous la forme de matériel
académique capable d’enseigner à quiconque le désire toute matière académique
pertinente. La totalité du matériel académique du système d’éducation pourrait
ainsi être conceptualisée dans une présentation autodidacte accessible à tous
les citoyens. Quiconque désirerait apprendre la biologie y trouverait le
matériel académique, les outils et la cohérence permettant d’apprendre cette
matière de façon entièrement autodidacte. Ce matériel pourrait alors fournir la
base de la pédagogie de l’éducation et faciliter grandement le travail des
professeurs. Les professeurs pourraient alors se concentrer sur la
compréhension de la matière, la logique derrière les idées et auraient à leur
portée des outils pédagogiques, qu’ils seraient libres d’utiliser ou améliorer.
Les ingénieurs et
spécialistes de la base logicielle du superordinateur fourniraient la base et
les outils technologiques pour amasser, synthétiser et présenter l’information.
Ils créeraient les outils utilisés par les experts de tous les domaines
académiques pour former la matière connue par la société dans ces domaines
ainsi que les outils utilisés par les individus désirant connaître cette
matière, soit pour fin d’éducation ou de référence. Les experts pertinents de
tous les domaines académiques contribueraient volontairement, au sein de comités
à participation ouverte dans la branche académique (voir chapitre
« L’équilibre des pouvoirs ») à établir la connaissance contemporaine
de leur champ d’expertise. L’éducation ne devrait pas être bâtie autour de
l’encyclopédie, la progression vers une bonne utilisation de ses outils devrait
se faire graduellement et volontairement. Si l’encyclopédie n’est pas
suffisamment pertinente pour être utilisée volontairement et avec enthousiaste
par les experts académiques et les professeurs dans leur profession c’est
qu’elle ne répond pas aux besoins. Les dernières décennies ont vu
l’accumulation d’un volume de connaissance immense par l’humanité au travers de
banques d’information et de publications diverses. Le projet de l’encyclopédie
vise à donner une cohérence intelligente à la portion objective et académique
de ces connaissances. La totalité de la connaissance scientifique humaine
pourrait y être accessible par tous dans un objectif de référence mais
également de pédagogie. Le rôle de l’école changerait alors passablement
puisque les citoyens auraient la capacité de s’éduquer par eux-mêmes dans tous
les sujets qu’ils désirent. L’utilisation volontaire et progressive du
superordinateur à des fins pédagogiques verra de nouvelles façons de procéder
en éducation, qui sera alors davantage axée sur la compréhension derrière les
connaissances spécifiques et ouvrira un univers de possibilités inimaginable
actuellement en permettant aux citoyens d’apprendre comme il leur convient le
mieux.
Le potentiel scientifique
Une encyclopédie
générale offrant l’accès à la totalité de la connaissance humaine offre des
possibilités incroyables au niveau scientifique. Le partage de connaissance est
une base fondamentale de la progression scientifique et des outils spécialisés
pourraient être développés pour assister la coordination de la recherche
scientifique. Le système actuel de révision scientifique est critiqué pour
plusieurs aspects et le support technologique de l’encyclopédie pourrait offrir
des possibilités sans précédent pour le partage et la révision des idées
nouvelles. Un système de communication pourrait permettre de relier les
chercheurs entre eux en plus d’avoir une base objective de connaissance, au
sein de l’encyclopédie, permettant l’évaluation des idées et théories proposées
par les différentes communautés scientifiques.
Le potentiel de
calcul distribué offert par des millions d’ordinateurs offre également un autre
niveau de recherche scientifique. Plusieurs problèmes scientifiques nécessitent
le traitement de données astronomiques. Le superordinateur offrirait des millions
de fois le potentiel de calcul, potentiel augmentant naturellement, de
n’importe quel superordinateur actuellement en utilisation et pourrait ainsi
résoudre plus rapidement des problèmes scientifiques qui normalement
prendraient plusieurs années de calculs et de traitement. Une base logicielle
pour une simulation du vivant pourrait progressivement être développée et
fournir la capacité de simuler des expériences de nature physique, chimique,
voire éventuellement biologique, offrant des retombées énormes dans tous les
champs de la science. Un univers virtuel pourrait être développé capable de
simuler les lois de la nature et éventuellement être capable de simuler des
systèmes aussi complexes qu’un être vivant, offrant des possibilités inouïes en
médecine, tout comme en énergie, aéronautique et autres. À grande échelle, ce
système pourrait éventuellement avoir suffisamment de puissance de calcul pour
résoudre des problèmes autrement impossibles à résoudre et de faire des
découvertes de pareille envergure.
L’utilisation à des
fins commerciales du potentiel de calcul du superordinateur pourrait faciliter
le financement du projet en plus de fournir d’énormes retombées économiques
grâce aux découvertes possibles par la puissance du système. Avec une situation
géographique stratégiquement choisie, les immeubles voisins aux mini
superordinateurs pourraient servir à abriter des entreprises et organismes
nécessitant un accès privilégié à la puissance de calcul du système. Des
centres de recherche avancée pourraient voir le jour en offrant des retombées
économiques importantes aux endroits choisis à cette fin. Une fois la base du
système établie, ayant accès à une puissance de calcul augmentant
exponentiellement avec le temps, les possibilités ne sont limitées que par
l’imagination. La science aurait à sa portée un puissant outil de calcul tout
usage qui ouvrirait des possibilités encore impossibles à imaginer aujourd’hui.
Le potentiel médiatique
Le superordinateur
pourrait offrir des solutions aux failles des médias d’information modernes en
fournissant un support technologique pour l’ouverture totale de l’information
concernant le gouvernement. Il ne suffit pas que le gouvernement agisse dans la
transparence et l’ouverture totale, cette information doit exister dans un
format compréhensible pour ceux qui sont à l’extérieur des institutions
politiques. Le volume d’information généré par les activités d’un gouvernement
est énorme et souvent volontairement dilué pour être difficilement
compréhensible par un tiers parti. Le support technologique offert par la
synthétisation de l’information au travers de l’encyclopédie et des outils de
connaissance permettrait de faire de même avec l’information générée par le
gouvernement et systématiquement assurer que toute information de pertinence
reçoive une exposition publique pertinente.
Si le système est autant
la source d’information du gouvernement que celle de la population, il y aura
un soin véritable à assurer la pertinence de l’information. Il s’agit
simplement de systématiquement traiter et coordonner cette information au
travers de l’archive publique et de simplement empêcher la génération
d’information et de communications contournant la voie officielle. Le superordinateur
serait ainsi la réalisation technologique du projet de conscience totale de
l’information tel qu’envisagé par le Pentagone américain, avec pour seule différence
que le sujet observé serait le gouvernement et ses activités. Celui-ci ne
pourrait tout simplement plus cacher la moindre information à la population
alors que celle-ci saurait exactement tout ce qui est fait au sein d’une
institution qui, après tout, est publique. Big
Brother veillerait, le gouvernement est toutefois celui qui est surveillé.
L’équilibre
des pouvoirs
« Le peuple est le gardien ultime de ses propres
libertés. Dans chaque gouvernement de la terre est une trace de faiblesse
humaine, quelque germe de corruption et dégénérescence. Tout gouvernement
dégénère lorsque dans les seules mains des dirigeants du peuple. »
- Thomas Jefferson
« Nous devrions garder même nos ennemis de
l’injustice »
- Thomas Paine
En démocratie représentative, le pouvoir politique
repose entre les mains d’une assemblée législative élue, d’un gouvernement
responsable à cette assemblée ou au peuple et d’un appareil judiciaire. Ces
pouvoirs, reposant majoritairement entre les mains d’un groupe sélect de
quelques centaines d’individus, sont énormes et accordent à ces représentants
du peuple une influence individuelle supérieure à des milliers de citoyens. Ces
pouvoirs sont beaucoup trop importants pour ne pas être équilibrés par
différentes mesures assurant que ceux-ci ne sont pas abusés et servent
exclusivement les intérêts de la population. Les démocraties modernes ont
accordé un grand souci à l’équilibre de certains pouvoirs au sein du
gouvernement mais ont systématiquement négligé l’équilibre des pouvoirs entre le
gouvernement et la population. Les fameux ballants sensés assurer l’intégrité
du travail des politiciens sont généralement si pathétiquement faibles et
inefficaces qu’ils n’ont aucun effet dans certains cas. Ils requièrent un
niveau d’intégrité et de justice qui ne sera jamais atteint dans des systèmes
politiques où les intérêts sont si étroitement liés.
Dans la société des outils, l’équilibre des pouvoirs serait
beaucoup plus sévère et exigerait une intégrité beaucoup plus réelle que dans
les démocraties actuelles. La transparence totale des activités des
politiciens, la perte de liberté individuelle, l’abandon des possessions
privées, les fonctions de vérification générale, les postes aux assemblées
officielles assurant la véracité et l’intégrité totale des déclarations, etc.
Les pouvoirs traditionnels de ces fonctions n’y changent pas initialement mais
ils deviennent beaucoup plus exigeants. De façon à compléter la réflexion sur
les pouvoirs du gouvernement, je présenterai ici deux équilibres supplémentaires,
matérialisés dans des branches officielles du gouvernement agissant avec
indépendance et servant à assurer l’intégrité complète des différents pouvoirs
interagissant dans une société. Ces deux pouvoirs sont: le pouvoir de la
connaissance et le pouvoir de l’opposition.
Le
pouvoir de la connaissance: la branche académique
Un pouvoir important et largement négligé est le
pouvoir de la connaissance. Le privilège de l’information peut se révéler un
pouvoir plus puissant que tout autre dans certaines situations, surtout dans
les mains de l’autorité gouvernementale. Le privilège du secret accordé à
certaines fonctions politiques ne vise pas la protection de la « sécurité
nationale » mais bien la sauvegarde du dernier pouvoir important du
gouvernement: l’exclusivité de certaines informations importantes. Ce privilège
ne sert évidemment aucune nécessité autre qu’une liberté d’action permettant la
corruption ou l’influence illégitime du pouvoir politique et n’a ainsi aucune
justification pertinente. À l’exception des informations personnelles des
citoyens, des informations relatives aux procédures et enquêtes judiciaires et
quelques informations militaires, toutes les actions, décisions et
connaissances du gouvernement doivent être entièrement publiques.
Qui se chargerait de ceci? La branche académique.
Entièrement indépendante de toute hiérarchie politique, la responsabilité de la
branche académique serait d’assurer cette ouverture totale de l’information et
son accès garanti à tous les citoyens. Elle serait une branche officielle du
gouvernement qui assurerait les moyens techniques, les procédures et la
synthèse de cette information de façon à ce qu’elle soit cohérente pour tous.
Ses responsabilités ne s’arrêteraient pas là toutefois, ce serait également la
branche académique qui se chargerait de la coordination de l’information
contenue dans l’encyclopédie et des projets scientifiques publics. La
structure de la branche académique serait sous forme d’arbre, ayant à ses
racines les grandes branches académiques et à leurs pointes les champs de
spécialisation. L’optique y serait ainsi une branche spécialisée de la physique,
tout comme la physique des matériaux. Les comités décidant du contenu de
l’encyclopédie seraient alors formés des branches pertinentes aux domaines
d’application et tout le contenu serait formulé dans un objectif de référence
et de pédagogie pertinent. La présentation et les outils pédagogiques et de
visualisation de l’information seraient créés indépendamment par les
spécialistes du superordinateur, de la connaissance et de la pédagogie,
laissant aux experts académiques la totalité de leurs efforts à la formulation
de la connaissance dans leur champ d’expertise. L’étendue de la connaissance
dépasserait évidemment le savoir scientifique et inclurait le savoir culturel
et social de toute la société. La formulation de ce savoir ne serait ainsi pas
limitée aux seuls académiques, tous pourraient y contribuer dans un cadre
cohérent s’ils ont un savoir particulier. Les technicités d’un tel objectif dépassent
évidemment la complexité initiale d’archiver le savoir scientifique d’une
société, mais sur plusieurs années il serait parfaitement possible d’y
parvenir.
La connaissance est
un pouvoir propre et probablement le plus puissant. La seule bombe atomique, et
les moyens de la faire parvenir à destination, est plus puissante que toutes
les armées de la Terre d’avant le 20e siècle mises ensemble.
L’exclusivité du savoir a été un outil systématique de domination dans tous les
régimes totalitaires et est encore plus efficace que la violence armée. Sans
l’invention de l’imprimerie, la démocratie n’aurait probablement jamais pu voir
le jour, incapable de coordonner les aspirations de liberté d’une population
entière. Les individus contrôlant véritablement le pouvoir ont toujours été
ceux qui avaient l’accès exclusif à l’information critique. Dans une monarchie,
si le roi ne peut garantir son accès à cette information, quelqu'un d’autre
dirige à sa place et ce n’est qu’une question de temps avant que son pouvoir ne
soit renversé. Dans une démocratie, si la population ne peut garantir son accès
a toute l’information, quelqu'un d’autre dirige à sa place. Nos représentants
ne sont pas sensés diriger à notre place, ils sont sensés diriger en notre nom
et tirent leur légitimité de notre support. Sans l’accès total à toute
l’information pertinente, c’est-à-dire à l’exception des renseignements
personnels et des rares exceptions pour besoins judiciaires et militaires, une
véritable démocratie ne peut exister. La branche académique est l’institution
qui garantira l’accès total à toute l’information permettant à la population de
contrôler véritablement le pouvoir politique, comme il se doit.
Le pouvoir de la responsabilité: la
branche d’opposition
Traditionnellement,
la démocratie établit le pouvoir autour d’un parti dominant et d’une opposition
officielle chargée d’assurer un contrepoids contre le parti formant le
gouvernement. Cet arrangement néglige toutefois la proximité des partis
politiques sur plusieurs intérêts communs et ne permet qu’une opposition
politique, subjective, ayant la liberté de s’abstenir de faire son travail si
les besoins politiques se présentent. Le contrepoids au pouvoir est toutefois
un besoin essentiel de la démocratie. Le gouvernement n’est pas élu pour
diriger le pays comme bon lui semble, il est élu pour diriger le pays au nom de
ses citoyens. En vertu du pouvoir qui lui est accordé, le plus puissant de
toute société, le gouvernement devrait constamment voir ses actions et
décisions surveillées, analysées et critiquées s’il y a besoin. Dans ce
contexte d’actions, le gouvernement réfère à la branche exécutive, le chef
d’état ou du gouvernement, président et/ou premier ministre, et ses ministres.
Ce contexte ne réfère guère plus qu’à une vingtaine de personnes, cinquante en de
rares cas et les quelques centaines de représentants de l’assemblée législative.
En vertu de l’influence immense de ces individus et de la portée de leurs
actions, tout ce qu’ils font dans le contexte de leurs fonctions devrait être
scruté à la loupe par une opposition apolitique, indépendante et tout
particulièrement sévère et inébranlable.
Cette
responsabilité reposerait entre les mains de la branche d’opposition, une
opposition officielle dépolitisée, ayant les pleins pouvoirs d’analyse,
questionnement et requêtes auprès du gouvernement, de ses actions et des moyens
utilisés pour parvenir à ses résultats. Cette branche du gouvernement, petite
mais aux responsabilités importantes, serait entièrement indépendante et ses
fonctionnaires devraient répondre à des critères extrêmement sévères
d’intégrité et de compétence. Elle évaluerait tout ce que le gouvernement fait
et présenterait une opinion objective, aussi scientifique que possible, afin
d’assurer que la parole et l’action ne soient qu’une, cohérentes et
transparentes. Elle serait le pire cauchemar des mauvais gouvernements mais le
plus grand allié des bons gouvernements, assurant pleinement de préciser leurs
succès et compétences lorsqu’il y a lieu.
Les moyens justifient la
fin
« Nous sommes ce que nous faisons constamment.
L’excellence, alors, n’est pas un acte mais une habitude. »
- Aristote
« Il n’y a pas de façon honorable de tuer, pas de
façon douce de détruire. Il n’y a rien de bon dans la guerre. Excepté sa
fin. »
- Abraham Lincoln
« La paix n’est pas simplement un but distant que
nous recherchons, mais des moyens par lesquels nous arrivons à ce but. »
- Martin Luther King Jr.
Le vieux dicton que la fin justifie les moyens a la vie
dure, malgré les rudes leçons qu’il impose. En politique, il est
particulièrement populaire, dommageable également. Il est particulièrement
utilisé dans les périodes d’instabilité civile, alors que des individus aux
intentions douteuses, voire criminelles, sont ardemment supportés pour rétablir
la paix. Lorsque la fin justifie les moyens, ceux-ci peuvent être totalement
contraires à l’objectif et être acceptés pour l’atteinte de la fin. Si ces moyens sont contraires à la fin, comme
il est souvent le cas en politique, ils amènent inévitablement des conséquences
indésirables. La fin inclut toutefois les moyens et toutes leurs conséquences,
bonnes ou mauvaises. Le monde vit actuellement sous l’effet pervers de
certaines décisions prises au courant de la guerre froide, alors que le
gouvernement américain a choisi de supporter des soi-disant « combattants
de la liberté » au nom de la guerre contre le Communisme et l’Union
Soviétique. Ces combattants ont été supportés dans le cadre de l’opposition à l’invasion
soviétique de l’Afghanistan, débutant en 1979. Provenant de plusieurs pays du
Moyen-Orient, ils ont été armés, entraînés et financés avec l’accord des
présidents Carter et Reagan et assistance saoudienne pour atteindre la fin de
retirer les troupes soviétiques du pays. Ils étaient les moyens choisis pour
atteindre la fin.
Quelques années plus tard, certains d’entre eux ont
formé le groupe extrémiste des Talibans alors que d’autres ont poursuivi la
route de la conquête islamique, forts des armes et entraînements militaires
qu’ils ont suivi, à travers le monde. Osama bin Laden était un de ces hommes.
Chassés de tous les pays du Moyen-Orient en raison de leur extrémisme et leur
usage systématique de la violence, ils ont trouvé refuge là où ils ont trouvé
leur premier objectif d’importance: vaincre les infidèles victimes du
Communisme. Le reste de l’histoire d’Al Qaeda est bien connu. Le terme, en
jargon militaire, de ce retour de situation est « blowback », conséquence indésirable d’une mission militaire.
Sous le couvert du privilège du secret, le gouvernement américain a pu prendre
une décision stupide, ne se souciant que de la fin et jugeant qu’elle justifie
tous les moyens, qui causera autant de problèmes qu’elle n’en régla. Saddam
Hussein fut une autre de ces fins, supporté ardemment par certains
gouvernements occidentaux pour l’ordre qu’il a apporté à une région qui n’a
jamais pu être stabilisée depuis la chute de l’empire Ottoman.
La société des outils clame plutôt que les moyens
justifient la fin, que ce sont les moyens utilisés pour parvenir à une fin qui
justifient et apportent légitimité à un objectif. En toute situation, la fin
est pratiquement toujours inconnue. La société moderne n’a que quelques
décennies d’expérience et est encore largement incapable de faire preuve d’objectivité
dans plusieurs situations. Il est impossible de prédire exactement où nous
mèneront les décisions que nous prendrons, le mieux que nous pouvons faire est
de nous assurer qu’elles sont menées par les moyens les plus appropriés, dans
le respect de la justice, l’intégrité et la rationalité. La seule manière de
garantir que les moyens utilisés soient les plus appropriés est que toutes les
activités du gouvernement soient entièrement transparentes, surveillées comme
le mérite leur importance dans la société. Peu importe comment nous parvenons à
un objectif, tant que nous y soyons arrivé de la bonne façon nous sommes
garantis d’être satisfaits du résultat, au moins plus que si nous tentons de le
prédire. L’ampleur des décisions politiques est telle que tenter de prédire
leurs conséquences est inutile, mieux vaut assurer leur bon déroulement.
Notes
Fondements
primaires
1. Plusieurs projets ont été mis de
l’avant pour digitaliser les bibliothèques de plusieurs universités, notamment
des millions de livres de l’université Stanford, alors que plusieurs autres
bibliothèques offrent déjà cette capacité. L’intelligence artificielle devrait
atteindre, d’ici environ une décennie, la capacité de comprendre, cataloguer et
synthétiser cette connaissance.
2. Le 6 août 2001, le président Bush
reçut un briefing de sécurité pour le PDB (President
Daily Briefing), l’une des procédures de sécurité nationale les plus
secrètes du pays. En dehors du président Bush, du vice-président Cheney, du directeur
de la CIA Tenet et de la conseillère à la sécurité nationale Condoleeza Rice,
peu d’individus en ont probablement pris connaissance. Le titre de ce briefing
était « Bin Laden déterminé à attaquer à l’intérieur des
États-Unis ». Comme en témoigne l’histoire, aucune action concrète ne fut
prise et il est peu probable qu’il n’y aurait pas eu une mobilité plus sérieuse
autour de cette information de la part de certains fonctionnaires affectés à la
sécurité, aux douanes et aux investigations. Compte tenu du risque, de la
situation historique de bin Laden et du sérieux de ce mémo, il aurait été
presque impossible de mener un scénario aussi prévisible, particulièrement aidé
par une réponse maladroite de la sécurité nationale. En ne prenant aucune
action, l’administration Bush a fortement aidé les actions du onze septembre à
se dérouler. Il n’aurait suffit que d’une vigilance accrue pour limiter
énormément les dégâts, surtout provenant du fait que plusieurs des terroristes
étaient connus du FBI.
3. Les dangers du vote électronique
tels que vécus pendant les élections américaines de 2004 ne sont liés qu’à des
éléments humains. Des trillions de dollars sont échangés chaque jour en
transactions électroniques par les grandes banques, les bourses et autres sociétés.
Un système électoral électronique ne reposerait pas sur les standards
ordinaires d’Internet mais sur des voies de communications indépendantes,
hautement sécurisées. Des traces de papier seraient une obligation absolue pour
les premières quelques élections et la totalité du code informatique serait
entièrement public. Contrairement aux déclarations des entreprises américaines
chargées de développer les machines de vote électronique, il n’y a aucune
propriété intellectuelle dans un système de vote électronique. Les implications
politiques font également en sorte que les législations normales en matière de
propriété intellectuelle ne s’appliqueraient logiquement pas sur de telles
technologies. Les technologies développées par le gouvernement, ou commandées par
celui-ci, devraient être enregistrées sur une licence particulière assurant
l’ouverture totale de celles-ci et donc l’impossibilité d’en abuser. Une
parenthèse intéressante est que les cas où des machines ont enregistré des
votes par erreur dans certains comtés lors des élections américaines de 2004,
tous en faveur du candidat républicain, sont complètement impossibles sans
action délibérée. Plusieurs problèmes peuvent survenir dans un tel système,
l’enregistrement d’une entrée et son traitement est toutefois l’un des premiers
traitements que tout étudiant en programmation informatique apprend et est donc
à la portée de n’importe quel étudiant de deuxième année au collège. De telles erreurs
ne pouvaient être autrement que délibérées.
Autres
idées
1. Le Royaume-Uni a connu une
expérience similaire à la présente en Irak en occupant le territoire de 1919 à
1932, alors taillé à partir des ruines de l’empire Ottoman, suivant la première
guerre mondiale. Le « peuple irakien », alors un amalgame d’ethnies
sans gouvernance propre, ne fut guère plus réceptif à cette occupation qu’à
celle actuellement en cours.
2. En 1928 furent signés les accords
de la ligne rouge, donnant propriété du pétrole de l’Irak à raison de 23.75%
chacune à des sociétés pétrolières britannique, française, néerlandaise et
américaine, avec le 5% restant donné à un certain Calouste Gulbenkian. Le
gouvernement irakien ne détenait ainsi aucune propriété de ses réserves
pétrolières, jusqu’à la révolution de 1958, qui détrôna du pouvoir la monarchie
installée par le Royaume-Uni en 1921.
3. Au cours de la guerre opposant
l’Iran à l’Irak, de 1980 à 1988, le gouvernement Reagan supporta les deux pays,
supposément dans l’espoir d’une annihilation mutuelle. Sur le plan de la
philosophie politique du réalisme (voyant la communauté internationale comme
une lutte de pouvoir et de domination où seuls les gouvernements et leurs
actions sont importants), une telle stratégie est rationnelle. Sur le plan de
la justice internationale, cette stratégie est fortement condamnable.
4. Bien que les médias d’information
aient ignoré la suite des événements, les forces américaines et britanniques
continuèrent le bombardement quotidien de l’Irak après Desert Storm et jusqu’à l’invasion de 2003. L’embargo est estimé avoir
tué plus d’un million d’irakiens alors que les forces militaires de Saddam
étaient martelées, assurant par ailleurs leur faiblesse lors de l’invasion de
mars 2003. Sur ces faits, on peut comprendre facilement pourquoi la communauté
internationale a largement ignoré les plaidoyers américains sur la
« menace » de Saddam Hussein, sachant que sa situation militaire
était négligeable.
5. La compagnie Monsanto Inc. a
développé un traitement aux hormones de croissance bovines pour les vaches
laitières, supposé augmenter la production. Ce traitement a toutefois causé des
malformations, infections et plusieurs autres troubles chez certaines vaches
injectées alors qu’en réalité, la planète produit plus de lait qu’elle n’en
consomme. Ces hormones sont donc inutiles, causent des souffrances aux vaches
laitières en plus de poser des risques pour la santé des consommateurs suite
aux infections du pis. Il est évident qu’une telle histoire constitue
précisément la raison d’être du journalisme: protéger le public en exposant la
vérité cachée. La compagnie Fox News Inc.
a toutefois cédé aux pressions légales de Monsanto
Inc. et n’a jamais diffusé l’histoire. Monsanto
Inc. est un client médiatique de Fox
News Inc., notamment pour des publicités sur les produits de jardinage,
dont Roundup est le produit de file.
6. Pour plus de renseignements sur ce
sujet, consultez « Trust us, we’re
experts » de Sheldon Rampton et John Stauber, de même que leurs autres
ouvrages et leur excellent travail pour PR
Watch, une publication trimestrielle pour le Center for Media & Democracy. http://www.prwatch.org/
7. Le progrès en informatique dépend
de l’ouverture et d’une standardisation des technologies utilisées. J’estime
personnellement qu’environ 70% à 80% de tous les efforts des développeurs
logiciels de tous genres sont gaspillés dans la redondance extrême des langages
primitifs, le manque de compatibilité entre les milliers de combinaisons
possibles de langages, versions, systèmes d’exploitation, et une approche
monolithique au développement logiciel. Cette situation évoluera
éventuellement, éliminant nombreuses des failles, mais là où l’industrie privée
pourrait y mettre deux ou trois décennies, il serait possible de régler tous
ces problèmes en moins de cinq ans par un effort coopératif de standardisation
à travers toute l’industrie informatique.
8. De telles approches ont déjà été
appliquées dans certaines entreprises, permettant à tous les employés d’avoir
accès à un grand nombre de documents exécutifs et d’information sur les
affaires de l’entreprise. Une approche courante au Japon, notamment chez les
grands industriels comme Toyota, est que tous les employés participent
activement à toute fonction en tout temps. Les employés ont certes des fonctions
attitrées, mais une fonction universelle à tous les employés est d’assurer le
rendement maximal de toute la production. Un exemple, cité dans « Reengineering the corporation » de
Michael Hammer et James Champy, est celui de IBM Credit. Jugeant les délais trop longs pour l’approbation d’une
demande de crédit, une tâche administrative très commune et ayant des
équivalents administratifs dans presque toutes les bureaucraties, pouvant
prendre jusqu’à deux semaines, la suite des procédures fut évaluée afin de
déterminer combien de temps une demande exigeait des employés si on ne tenait
pas compte des délais administratifs. L’approbation de crédit en soi n’exigeait
en fait que quatre-vingt dix minutes de travail réel, tout le reste n’était que
délais administratifs. La solution fut de remplacer la série de spécialistes,
éliminant ainsi tous les délais, et créer des postes de généralistes,
effectuant toutes les tâches à l’aide d’outils informatiques automatisant les
tâches plus complexes.
9. La période d’écriture de ce
chapitre correspond à l’exposition des données sur les médicaments Celebrex et
Vioxx ainsi que de documents internes de Pfizer attestant de la pleine
connaissance des dirigeants des dangers causés par la prise du médicament. Une
étude mené par les Dr. Gary Null, Carolyn Dean, Martin Feldman, Debora Rasio et
Dorothy Smith, pour la « Nutrition
Institute of America » en octobre 2003, « Death by Medicine », estime les morts causées directement
par le système médical américain à
environ 780,000 par année.
10. Pour mettre ceci en contexte,
notons que la presque totalité des découvertes scientifiques de l’histoire ont
été eu lieu au courant du 20e siècle. Certes, elles n’auraient
jamais été possibles sans les siècles de découvertes précédentes, c’est
toutefois au courant du 20e siècle que la science a vraiment atteint
sa vitesse de croisière. S’il était possible de dénombrer la totalité des
découvertes possibles pour une espèce intelligente, l’humanité n’en aurait
probablement pas encore découvert plus de 1%. La naissance de l’informatique
dans les années quarante a marqué un tournant, celui où la loi des rendements
croissants de Ray Kurwzeil (voir « The
age of spiritual machines ») embarque à fond de train, les humains
prenant eux-mêmes contrôle de l’évolution par la création d’une intelligence
supérieure, alors que les véritables révolutions de la science n’ont pas encore
eu lieu. La science moderne n’a de fait guère plus de soixante ans et n’est
ainsi qu’à sa jeune enfance.
11. L’énergie est un autre exemple
concret. La production énergétique est une base fondamentale de la société
industrielle moderne. Si l’humanité parvenait à trouver une source énergétique
1000 fois plus efficace, abondante et moins dispendieuse que le pétrole, son
potentiel industriel se multiplierait presque par ce même facteur. Les marchés
concurrentiels favorisent toutefois la rareté, plus lucrative. Les industries
énergétiques privées n’ont pratiquement pas contribué à l’effort de découverte
d’une alternative, presque entièrement financée par des fonds publics. Prenons
toutefois l’hypothèse que la maîtrise de la fusion nucléaire nous permette de
générer 1000 fois plus d’énergie électrique qu’actuellement, à un coût
comparablement moins élevé au kilowatt. La production des pays industriels
décuplerait par cette abondance d’énergie alors que les pays en développement
pourraient accélérer dramatiquement leur évolution. La valeur d’une telle
découverte est inestimable, pourtant les industries énergétiques privées
cherchent plutôt à retarder leur arrivée, comportement naturel pour toute
entreprise. La société est toutefois beaucoup plus importante dans son ensemble
que quelques intérêts industriels et financiers. Le système actuel accepte de
retarder l’évolution humaine au bénéfice de quelques individus, une réalité
absurde. Certaines industries fondamentales ne devraient pas être privatisées
puisqu’elles créent davantage de richesse en détruisant qu’en produisant.
L’exemple d’Enron est plus que révélateur de cette réalité. En quelques mots,
les stratégies d’Enron et leurs co-conspirateurs étaient de limiter
l’approvisionnement énergétique dans le système californien, de sorte que sa
rareté créée une surenchère, estimée atteindre jusqu’à 10,000% du prix avant la
dérégulation du marché. Comme si ce n’était pas suffisant, quelques jours avant
l’effondrement de l’entreprise, les dirigeants de l’entreprise ont vendu des
centaines de millions en actions alors que le fond de pension de la compagnie
fut réduit en miettes et les employés littéralement lavés de leurs économies.
Une parenthèse intéressante est que Ken Lay, l’ancien PDG d’Enron, est le plus
important contributeur politique à vie de George W. Bush. Il fut l’un des
membres de la Energy Task Force, un
comité présidé par le vice-président Dick Cheney, ancien PDG d’Halliburton,
plus grand fournisseur de services pétroliers au monde et titulaire de
plusieurs milliards en contrats pour la reconstruction de l’Irak, malgré des
activités criminelles notées telle la vente de gazoline à l’armée trois fois le
prix du marché. La Energy Task Force
fut chargée, peu après l’inauguration de George W. Bush, de définir la
politique énergétique du pays pour les années à venir.
12. La justification fondamentale des
marchés concurrentiels en économie est leur capacité à réduire les coûts au
niveau de la production. La médecine, cependant, n’est pas reliée à la
production mais à une science servant une cause fondamentale à l’humanité: la
survie. Une étude du New England Journal
of Medicine, « Costs of Health
Care Administration in the United States and Canada », publiée le 21
août 2003, cite une différence de $752 annuels ($1059 aux ÉU contre $307 au
Canada) par habitant uniquement sur les coûts administratifs reliés à la santé.
Les États-Unis dépensent plus de 14% de leur PIB en frais médicaux, la plus
haute proportion de tous les pays industrialisés. Le système médical américain,
le plus privatisé parmi les pays industrialisés, est également le plus cher.
13. La prévention industrielle est
refusée en bloc et férocement combattue par des groupes de pression financés
par des groupes industriels. Pour une mesure informée de cette réalité, je
recommande l’ouvrage « Trust us,
we’re experts » de Sheldon Rampton et John Stauber. Ils y expliquent
comment l’industrie de l’influence de l’opinion publique opère. Une grande
partie du livre est dédiée au principe de précaution, si fortement attaqué et
contre lequel existe un immense lobby. Pourtant, suite à une simple prise de
connaissance de l’histoire, il devrait être apparent qu’il est carrément
stupide de faire aveuglément confiance aux entreprises privées pour gérer les
dangers de leurs activités, nommés externalités en économie. Depuis les touts
débuts de l’ère industrielles, des entreprises ont, à des milliers de reprises,
mis sur le marché des produits dangereux avec la pleine connaissance des
dangers qu’ils posaient ou mis en danger la vie de leurs travailleurs en
n’appliquant pas les règles minimales de sécurité. La loi laisse à la société
de faire la preuve du danger posé par un produit. L’industrie abuse toutefois
de cette situation en faisant usage du poids immense que les entreprises
possèdent par la création de faux groupes de pression et de recherche. Sur
l’ensemble de la société, cette approche est extrêmement coûteuse puisqu’elle
favorise les revenus des entreprises privées avec conséquence de coûts futurs plusieurs
fois plus élevés pour la société. On peut citer notamment l’exemple de
l’addition du plomb à l’essence. Le plomb est une neurotoxine connue depuis des
siècles, le danger posé par cette pratique était évident. Des recherches
additionnelles ont permis de régler autrement les problèmes originalement
réglés par l’addition du plomb à l’essence, sans les dangers pour la santé
causés par la présence environnementale du plomb.
14. Plusieurs études ont été menées
dans les dernières années sur la présence de chimiques dans le corps humain.
L’exposition à une multitude de chimiques dans la production industrielle et
agricole a mené à un questionnement sur la présence résiduelle de ceux-ci dans
le corps et leur effet. L’une des études les plus importantes à ce sujet fut
menée par le Center for Disease Control
(CDC), du Département des Services Sociaux et de la Santé américain. L’étude la
plus récente à ce jour est la deuxième menée par le CDC et fut publiée en août
2003. La troisième étude devrait être publiée au début de 2005. La toxicité
réelle de ces chimiques est largement inconnue. La médecine moderne est tout
simplement ignorante de la majorité des effets créés
par ceux-ci mais de nombreux chimiques à toxicité connue ont été relevés dans le corps de
plusieurs des individus évalués. Les plus courants sont ceux utilisés dans
l’industrie et les produits ménagers, particulièrement les cosmétiques et
produits nettoyants. http://www.cdc.gov/exposurereport/
15. Le Systems Biology Research Group de l’Université de San Diego en
Californie a débuté des recherches avancées sur la simulation d’organismes in silico (simulés artificiellement par
computation). Je n’ai pas les connaissances biologiques pour attester de
l’avancement de leurs recherches, toutefois le site Web du groupe fait état de
données simulées sur E. Coli, Helicobacter pylori, Haemophilus influenzae, la levure, le
globule rouge humain et les mitochondries cardiaques humaines. http://gcrg.ucsd.edu/
16. Plusieurs entreprises occidentales
ont étroitement collaboré avec le troisième Reich. IBM aurait notamment fourni
la puissance de calcul nécessaire au tri des populations indésirables. Ford et
GM sont également soupçonnés, quoique les évidences sont largement en propriété
propre des compagnies et difficiles d’accès. Le grand-père de l’actuel
président Bush, Prescott Bush, a vu plusieurs de ses avoirs financiers saisis pour
ses connexions financières avec le régime nazi au travers de la banque Brown Brothers Harriman, important lien
financier nazi avec Wall Street.
Plusieurs compagnies occidentales ont été retracées avoir vendu d’importants
volumes de matières premières, notamment des minerais, et établi des liens
financiers importants avec le régime nazi.
17. Je ne connais pas d’ouvrage
équivalent pour un autre pays, mais pour retracer l’importance phénoménale à l’établissement
de la société américaine et au respect véritable, à l’opposé de symbolique, des
droits constitutionnels, des syndicats, je recommande fortement « A people’s history of the United States »
de Howard Zinn. Cet ouvrage relève fortement le rôle que les syndicats ont joué
dans la société américaine pour l’avancement des droits.
18. Le chiffre de $400 milliards fut établi
par une étude publiée en 1998 par le Bureau des Drogues et du Crime (ma
traduction, « Office on Drugs and Crime »)
des Nations Unies. La même étude, « Economic
and social consequences of drug abuse and illicit trafficking » fait
état d’études similaires estimant le même montant entre $100 et $1,000
milliards par année. Le chiffre semble donc difficile à établir, mais néanmoins
de proportions astronomiques. Un montant annuel de $400 milliards (environ 8%
de tout le commerce international) serait comparable à toute l’industrie
mondiale du textile (7.5%), du pétrole et gaz (8.6%) et comparable aux
industries du fer, de l’acier et de l’automobile combinées (2.8% pour le fer et
l’acier et 5.3% pour l’automobile). Toujours selon cette étude, 90% des revenus
impliqués iraient directement aux trafiquants, ce qui signifierait que les
budgets d’opération du crime organisé sont enrichis d’environ $360 milliards
annuellement uniquement par la prohibition en vigueur, une fois déduites les
coûts de production.
L’humanité
est un choix conscient
1. Des grandes guerres européennes,
aux conquêtes coloniales en passant par les empires tyranniques, l’humanité a
souvent eu à craindre des catastrophes majeures, jusqu’à la menace
d’annihilation mutuelle entre les États-Unis et l’Union Soviétique. Si la
menace la plus importante qui nous afflige est celle du terrorisme,
majoritairement de petits groupes extrémistes impopulaires, l’humanité est très
près de la paix mondiale. Des groupes terroristes ne sont essentiellement que
des soldats sans armée, insignifiants contre la puissance militaire d’une
nation ayant chars, avions, bombes et satellites. Croire que cette menace est
immense est une insulte aux horreurs du passé, des cinquante millions d’humains
morts au cours de la deuxième guerre mondiale aux génocides politiques ayant eu
lieu au Rwanda (~800,000), au Congo (~3.5 millions), en Corée du Nord (~4 millions)
et au Soudan (~2.5 millions), qui ne sont d’ailleurs pas tous terminés.
Historiquement, ce sont toujours les gouvernements qui ont créé et exécuté les
guerres. Si ceux-ci peuvent être maîtrisés et la menace limitée au terrorisme,
il ne restera qu’un pas à franchir pour la paix. Le terrorisme mourra
naturellement par la fin de l’oppression politique, n’ayant aucun support civil
en dehors de telles considérations. Avant le onze septembre, Al Qaeda n’était
qu’un petit groupe chassé de tous les pays du Moyen-Orient. Ce sont les actions
militaires américaines qui ont accru sa menace. Le problème est similaire en
Russie avec les groupes séparatistes tchétchènes, ne cherchant que l’autarcie politique libre de
la Russie. Comme tous les conflits historiques, ce sont les gouvernements qui
sont responsables du terrorisme. Contrôler les gouvernements aura raison du
problème terroriste.
La synergie
sociale
1. Lorsqu’un programmeur informatique
cherche à résoudre un problème dont il sait existe une solution existante mais
ne sait pas où chercher, ce n’est pas dans son éducation ou dans des livres
spécialisés qu’il trouvera réponse généralement. Sur Internet, il existe des
milliers de sites et de forums de discussion sur toutes les technologies de
l’information où la connaissance est partagée volontairement. Il existe des
milliers de tutoriaux disponibles gratuitement expliquant des façons de faire
que les concepteurs des technologies n’ont pas nécessairement abordé. Il est en
fait entièrement possible, en quelques mois et sans jamais suivre le moindre
cours formel, d’apprendre à programmer par les innombrables tutoriaux gratuits,
les forums de discussion et le partage de connaissance formant l’épine dorsale
du progrès en technologies de l’information.
La théorie
générale de science politique
1. La guerre ne créée par de richesse,
elle ne fait que la déplacer. L’épargne est retirée de la consommation pour
être redirigée vers la production industrielle. La production industrielle créée
le plein emploi et l’innovation technologique est accrue par l’injection de
capitaux en recherche et développement pour l’effort de guerre. Tout
cet argent provient toutefois d’une réduction de la consommation actuelle et
d’emprunts gouvernementaux, n’étant en fait que la redistribution de la
richesse de la population vers les industries. Dans un tel contexte, il est
évident que la production économique soit maximale puisque la consommation est
freinée pour servir la production globale. Toutefois la production destinée à
la guerre est essentiellement détruite, la logistique et les équipements de la
guerre étant détruits au sens littéral. Tout ce qui est détruit dans les pays
assiégés doit également être reconstruit. Tout l’argent utilisé pour
reconstruire aurait pu autrement être utilisé pour construire par-dessus ce qui
existait déjà. Il s’agit donc de détruire pour construire, la destruction étant
inutile et la construction réduite de moitié. La société ne profite du cycle
que d’innovations technologiques importantes, rendues possibles par la
coopération scientifique. Cette situation est toutefois une contradiction
intéressante avec la société de consommation puisqu’on observe que l’économie
progresse énormément lorsque la société accepte de faire des sacrifices sur la
consommation pour le bénéfice de l’ensemble. La nécessité n’est pas la mère de
toute innovation, c’est la capacité qui l’est. En temps de guerre, la nécessité
accorde la capacité de mener une économie davantage coopérative. Ce sont
toutefois les citoyens qui paient directement pour tout ce cycle, tant par le
contrôle de la consommation immédiate que par le paiement d’intérêts futurs sur
les emprunts de guerre. Ainsi en temps de paix, la production économique est
maximale par la compétition, alors qu’en temps de guerre, l’innovation
technologique est maximale par la coopération. Il serait alors intéressant
d’évaluer la possibilité de séparer le système économique de la production du
système économique de la science.
La science
à la base de l'économie
1.
Voir « The age of spiritual machines »
de Ray Kurwzeil.
L'éducation
à la base de la démocratie
1. Une équipe du US National Institute of Mental Health a publié les conclusions
d’une étude portant sur le développement de treize individus au long de leur
développement. Une des conclusions que l’étude a formulé est que les parties du
cerveau impliquées dans le raisonnement étaient les dernières à terminer leur
développement vers le début de l’âge adulte. Une conséquence est qu’avant cet
âge, les individus sont peu enclins à « mesurer les conséquences de leurs
actions et d’intégrer et organiser plusieurs entrées » d’information. http://news.bbc.co.uk/2/hi/health/3724615.stm.
Le
superordinateur
1. http://setiathome.ssl.berkeley.edu/
2. http://www.worldcommunitygrid.org/
3. La système global sur lequel
fonctionne Google est constitué d’un parc de milliers d’ordinateurs peu coûteux
et répondant parfaitement à plusieurs aspects des besoins techniques d’un
superordinateur distribué. Google Inc. a présente les détails du système dans
un document de recherche publié par Google Labs, l’unité de recherche de Google
Inc. http://labs.google.com/papers/gfs.html
(document technique)
4. Globus Alliance est un projet de
recherche international dédié à évoluer les capacités technologiques des
systèmes distribués. Le Globus Toolkit est présentement l’un des plus utilisé à
travers le monde pour les projets de calcul distribué. http://www.globus.org/.